L'Amérique latine à bout de souffle dans la lutte contre le Covid-19

Des manifestants réclament davantage de matériel médical au Mexique.
Des manifestants réclament davantage de matériel médical au Mexique. © Alfredo Estrella, AFP

Si, en Asie et en Europe, la pandémie de Covid-19 semble sous contrôle, elle continue sa progression et ses ravages en Amérique latine que l'OMS qualifie de "nouvel épicentre". France 24 effectue un tour d'horizon de la situation dans ces pays qui cherchent l'équilibre, entre mesures sanitaires et besoin de relancer l'économie.

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C'est "le nouvel épicentre" de la pandémie de Covid-19, selon l'OMS. Le continent américain est désormais le plus touché au monde. Alors que l'Europe est sur la voie d'une lente normalisation et du déconfinement, l'Amérique latine, elle, enregistre une progression inexorable de la pandémie, avec de terribles conséquences prévisibles en matière d'économie et d'emploi.

"L'Amérique du Sud est devenue un nouvel épicentre de la maladie. Nous voyons le nombre de cas augmenter dans de nombreux pays sud-américains", a déclaré le responsable des situations d'urgence de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Michael Ryan, lors d'une conférence virtuelle depuis Genève.

Selon l'OMS, l'Amérique latine est désormais l'"épicentre" de la pandémie de Covid-19.
Selon l'OMS, l'Amérique latine est désormais l'"épicentre" de la pandémie de Covid-19. © Studio graphique FMM

Le Brésil, le Mexique, le Pérou vivent des situations alarmantes en concentrant la majorité des décès d'Amérique latine. Le Chili quant à lui est au bord de la rupture, selon son président, tandis que l'Équateur et notamment la ville de Guayaquil se remettent doucement.

France 24 fait un tour d'horizon non exhaustif des différentes situations.

• Au Brésil, populisme et pandémie font mauvais ménage

Le Brésil, avec ses 210 millions d'habitants, est aujourd'hui le deuxième pays le plus touché au monde, derrière les États-Unis, en nombre de cas confirmés. Le nombre d'infections et de décès pourrait cependant être plus important, car le pays a tardé à mettre en place les tests de dépistage.

Et pour cause, le président populiste d'extrême droite Jair Bolsonaro minimise par tous les moyens l'épidémie depuis le début de la crise. Avec ses partisans, il dénonce "la dictature du coronavirus" et relativise ses effets. Lors d'un meeting dans la capitale Brasilia, il n'a pas hésité dimanche à prendre un bain de foule en tombant le masque, en serrant des mains et même en portant un enfant sur ses épaules.

Pour protéger la population, les autorités locales adoptent toutefois des mesures de confinement contre l'avis du président.

 

• Au Mexique, un déconfinement trop précipité ?

Le Mexique est le deuxième pays le plus endeuillé d'Amérique latine avec plus de 6 000 décès liés au Covid-19. Pourtant, le président Andrés Manuel Lopez Obrador pense déjà au déconfinement et explique en conférence de presse que "la pandémie a été domptée", permettant "le retour à une nouvelle normalité".

S'il estime qu'une “saine distance” entre tous doit être maintenue, son gouvernement a commencé à plancher sur le déconfinement. S'appuyant sur un code à quatre couleurs, en fonction de l'intensité de la circulation du virus, il veut relancer au plus vite l'activité économique. Celle-ci est notamment mise à mal par la fermeture de la frontière avec les États-Unis, partenaire commercial dont le pays aztèque est très dépendant.

Pour Guillermo Torre, recteur de la faculté de médecine de l’université Tec de Monterrey, interrogé par Le Monde, "la campagne de distanciation sociale a permis d’aplanir la courbe épidémiologique pour moins saturer les hôpitaux. Mais son empressement (celui du président, NDLR) à déconfiner risque de provoquer une seconde vague de contagions", d'autant que le nombre de cas seraient grandement sous-évalués dans le pays.

• Le Pérou à la peine

Le 16 mars, alors qu'à peine 86 cas étaient officiellement recensés, le Pérou a été le premier pays d'Amérique latine à adopter des mesures restrictives pour tenter de contenir l'épidémie. Pourtant, neuf semaines de confinement plus tard, les chiffres de contaminations explosent. Le Pérou est désormais le deuxième pays d'Amérique latine le plus touché, après le Brésil, et le troisième en nombre de décès, après le Brésil et le Mexique.

Une propagation, malgré le confinement, qui s'explique par plusieurs facteurs. Le premier est la fragilité du système de santé péruvien. Quelque 7 500 patients atteints du Covid-19 sont hospitalisés au Pérou. Cependant, en raison du manque d'équipements de protection ou du non-respect des protocoles de sécurité sanitaire, le virus s'est propagé parmi le personnel de santé. Au moins 635 médecins et 1 200 infirmières ont contracté la maladie, et 33 membres du personnel soignant sont morts.

 

 

De plus, les marchés et les banques ont agi comme vecteurs de propagation. En décrétant le confinement, le gouvernement a maintenu des activités économiques essentielles, dont la vente de denrées alimentaires sur les marchés. Ces derniers sont devenus des foyers de contamination, jusqu'au moment où le gouvernement a réagi en les faisant fermer. Même problème avec les banques, où les Péruviens s'agglutinaient en masse pour retirer des bons d'aide d'urgence.

L'envolée des contaminations s'explique également par le poids du secteur informel qui représente 70 % des activités du pays. Des milliers de personnes ont bravé les ordres de confinement pour pouvoir nourrir leur famille.

• Au Chili, des hôpitaux saturés

Depuis deux semaines, le Chili connaît une hausse très importante des contaminations, ce qui a poussé le gouvernement à décréter un confinement obligatoire pour les sept millions d'habitants de la capitale, Santiago.

Le président Sebastian Piñera s'est montré alarmiste en jugeant que le système de santé national était saturé et "très proche de ses limites". À Santiago, le taux d'occupation des lits en réanimation est proche de 95 %.

Mais la pandémie n'est pas le seul problème auquel fait face le Chili. Le chômage et la faim ont explosé dans les quartiers les plus pauvres. Mi-mai, des habitants de Santiago ont bravé le confinement obligatoire pour manifester.

 

 

En réaction, le gouvernement chilien a débuté la distribution de 2,5 millions de paniers de vivres aux familles les plus démunies. Ces distributions, dont le coût est estimé à 100 millions de dollars, doivent avoir lieu dans tout le Chili à destination des habitants ayant perdu leur emploi à cause de la crise sanitaire. Mais la situation reste explosive en raison d'un contexte social déjà tendu avant l'épidémie.

• Au Venezuela, une épidémie "contenue" ?

Selon son président, Nicolas Maduro, le Venezuela est parvenu à "contenir" la propagation du coronavirus. Le gouvernement vénézuélien a recensé dix décès liés au Covid-19 pour 455 cas détectés.  

Si l'héritier du chavisme s'enorgueillit de ces chiffres, son principal opposant, le président autoproclamé Juan Guaido, les conteste. La Haute-Commissaire aux droits de l'Homme, Michelle Bachelet, a également publiquement critiqué le "manque de transparence vénézuélien". Cependant, l'OMS et l'université John-Hopkins acceptent les chiffres du gouvernement dans leurs statistiques.

Nicolas Maduro a prolongé d'un mois le confinement des 30 millions de Vénézuéliens. Une décision qui a moins à voir avec des raisons sanitaires qu'avec une pénurie d'essence qui sape une improbable reprise économique, estiment des experts de la région interrogés par l'AFP.

Cependant, ce confinement est désormais peu respecté, notamment à Caracas, où la population tente de reprendre le travail afin de survivre à une situation économique qui était déjà bien dégradée avant la pandémie.

• Équateur : le premier pays frappé qui se relève doucement

Depuis la première détection du coronavirus dans le pays, le 29 février, l'Équateur a été l'un des pays les plus lourdement frappés par la pandémie. Plus de 3 000 personnes sont décédées et les images de cadavres dans les habitations et dans les rues ont choqué le monde.

La ville de Guayaquil est rapidement devenue l'épicentre de la pandémie dans le pays, avec pour conséquence l'effondrement de ses systèmes sanitaires et funéraires.

Pour freiner la progression de la maladie, l'Équateur a décrété l'état d'exception mi-mars, a suspendu les cours dans les établissements éducatifs et le travail dans l'entreprise. Un couvre-feu de 15 heures par jour a aussi été imposé.

Guayaquil semble toutefois entrevoir la lumière au bout du tunnel. Après neuf semaines de confinement, la ville a entamé la phase de déconfinement, avec la reprise de certaines activités.

• Argentine, Colombie et Uruguay restent prudents

Ce trio de pays semblent pour le moment bien s'en sortir face à la pandémie de Covid-19. Cependant, ils préfèrent rester prudents, à l'image de l'Argentine où le confinement de la population est prolongé jusqu'au 7 juin. En Colombie, il est prolongé au moins jusqu'au 31 mai, tandis que l'état d'urgence sanitaire doit durer jusqu’au 31 août.

En Uruguay, selon le comité scientifique qui conseille le gouvernement, la pandémie est sous "un contrôle relatif". Ce petit pays de 3,5 millions d'habitants a enregistré moins de 1 000 cas et seulement une vingtaine de décès.

 

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