Camion charnier en Angleterre : 26 interpellations en France et en Belgique

En France, les 13 individus interpellés, le 26 mai 2020, sont suspectés de participer à une organisation criminelle logeant et transportant quotidiennement des dizaines de migrants venant d’Asie du Sud-Est.
En France, les 13 individus interpellés, le 26 mai 2020, sont suspectés de participer à une organisation criminelle logeant et transportant quotidiennement des dizaines de migrants venant d’Asie du Sud-Est. © Ben Stansall, AFP

Une intervention simultanée en France et en Belgique a permis l'interpellation de 26 personnes mardi, dans le cadre de l'affaire du camion frigorifique découvert fin octobre près de Londres avec les corps de 39 migrants à son bord, a annoncé le parquet de Paris.

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Vingt-six interpellations sont intervenues simultanément en Île-de-France et en Belgique, mardi 26 mai, dans le cadre de l'affaire du camion charnier découvert fin octobre près de Londres avec 39 migrants à son bord, selon un communiqué du parquet de Paris.

En Belgique, 13 personnes ont été arrêtées, dont onze Vietnamiens et deux Marocains, a de son côté annoncé le parquet fédéral belge.

Le conteneur dans lequel les corps avaient été découverts provenait du port belge de Zeebruges. L'enquête menée conjointement par la Grande-Bretagne, l'Irlande, la France et la Belgique a également donné lieu à 16 perquisitions sur le sol belge.

La Belgique, utilisée comme base arrière

"La filière mise en place par les trafiquants est soupçonnée d'avoir vraisemblablement transporté jusqu'à plusieurs dizaines de personnes chaque jour depuis plusieurs mois", souligne le parquet belge. "L'organisation se concentrait sur le transport de réfugiés venant d'Asie, du Vietnam en particulier", est-il ajouté, et elle est "suspectée d'avoir rendu possible" le transport des 39 migrants découverts morts le 23 octobre par la police britannique dans une zone industrielle à Grays (Essex).

Depuis les faits, deux informations judiciaires avaient été ouvertes : l'une en octobre, des chefs de traite d'êtres humains en bande organisée, d'aide au séjour irrégulier en bande organisée et d'association de malfaiteurs ; l'autre, début mars, des chefs d'homicide involontaire, de traite d'êtres humains en bande organisée, d'aide au séjour irrégulier d'un étranger en bande organisée et d'associations de malfaiteurs.

La Belgique est souvent utilisée comme base arrière par les trafiquants cherchant à monnayer le passage de clandestins vers le Royaume-Uni, pays considéré comme un eldorado, notamment pour la flexibilité de son marché du travail.

Organisation criminelle logeant et transportant des migrants

Les 13 individus interpellés et placés en garde à vue en France sont suspectés de participer à une organisation criminelle logeant et transportant quotidiennement plusieurs dizaines de migrants venant d’Asie du Sud-Est, et plus particulièrement du Vietnam, depuis plusieurs mois.

Le parquet n'a pas précisé les nationalités, mais de source proche du dossier, ces suspects sont principalement des Vietnamiens.

L'opération d’envergure a été réalisée en France par les enquêteurs de l'Office central pour la répression de l'immigration irrégulière et de l'emploi d'étrangers sans titre (OCRIEST). Celle-ci a nécessité l’appui d'une équipe commune d'enquête regroupant la Belgique, le Royaume Uni, l'Irlande et la France sous la coordination d'EuroJust, l'agence européenne chargée de renforcer la coopération judiciaire entre les États membres, et avec l'appui d'EuroPol.

Conduite en France par la juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée (Junalco), l'information judiciaire, ouverte début mars à Paris, fait suite à une enquête initiée fin 2019 après la découverte de 39 migrants vietnamiens décédés dans un camion frigorifique dans la nuit du 22 au 23 octobre 2019 au Royaume-Uni.

Dès novembre, des échanges entre les juridictions interrégionales spécialisées (JIRS) de Lyon et de Lille, initiés par la Junalco, ont permis de regrouper les éléments issus des enquêtes en cours, et d'identifier les réseaux d'immigration qui réceptionnaient, logeaient et véhiculaient sur le territoire national la très grande majorité des migrants avant leur départ vers le Royaume-Uni.

Une arrestation en Irlande, plus tôt dans le mois

Cette affaire, au retentissement international, met en lumière les dangers de l'immigration clandestine, avec des trafiquants sans scrupules profitant de la vulnérabilité des candidats, souvent promis à des emplois précaires dans un état de semi-esclavage au Royaume-Uni.

Une arrestation avait déjà eu lieu en mai, en Irlande, celle du présumé organisateur de la rotation des différents chauffeurs ayant abouti au drame.

Dans l'enquête britannique, par ailleurs, cinq personnes ont déjà été inculpées dont Maurice Robinson, 25 ans, le chauffeur du camion intercepté à Grays. Début avril, celui-ci avait plaidé coupable d'homicides involontaires devant un tribunal londonien.

Chaque candidat au passage réglait à cette filière vietnamienne entre 15 et 20 000 euros, selon la source proche du dossier.

Le parquet fédéral belge a relevé que le réseau était resté actif, même après l'épisode du camion charnier, y compris pendant la période du confinement lié à la pandémie de coronavirus.

Les suspects interpellés en Belgique encourent des peines allant d'un an à quinze ans d'emprisonnement et "une amende de 1 000 à 150 000 euros par victime identifiée", selon cette même source.

Avec AFP

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