Covid-19 : plaidoyer pour une relance verte et une "transformation en profondeur"

Manifestation anti-nucléaire de Greenpeace à Metz, en France, le 30 octobre 2019.
Manifestation anti-nucléaire de Greenpeace à Metz, en France, le 30 octobre 2019. © Jean-Christophe Verhaegen, AFP

Trente-quatre mesures pour sortir de la crise et repenser le monde de demain. Telle est la proposition d’une alliance inédite rassemblant un large panel d'organisations, associations et syndicats classés à gauche, décidés à faire évoluer leur mode d’action.

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Un plan de sortie de crise pour une reprise verte et solidaire. Alors que la France s'apprête à entamer la deuxième phase du déconfinement, un large panel de vingt organisations, majoritairement de gauche, regroupant Greenpeace, Oxfam, la Confédération paysanne, l'Unef ou bien encore la CGT, a publié, mardi 26 mai, une proposition détaillée en 34 points pour une "transition structurelle" environnementale et sociale. Une série de mesures autour de la relance verte, visant à renforcer les services publics, se réapproprier l'économie, ou bien encore à réduire l'instabilité des marchés financiers. À cette occasion, France 24 fait le point avec le directeur général de Greenpeace France, Jean-François Julliard.

France 24 : Comment s'est mise en place cette alliance regroupant organisations, associations et syndicats ?

Jean-François Julliard Nous avions conscience d'être arrivés à nos limites en agissant chacun de notre côté et nous avons entrepris des discussions il y a un an, notamment avec la CGT. Notre but était de dépasser les slogans et de trouver un positionnement commun. Après la crise des Gilets jaunes, déclenchée par la taxe carbone qui nous paraît essentielle, même si elle a été très mal présentée par le gouvernement, nous avons pris conscience de la nécessité de mieux réfléchir à l'impact social des réformes environnementales. Il est impossible de faire passer le message écologique d'une mesure sur le carburant si son coût n'est pas réparti équitablement dans la société. Nous avons donc ouvert une large concertation avec une seule limite : ne pas y intégrer de partis politiques, pour nous adresser au plus grand nombre. Bien sûr, nous avons des divergences et des priorités parfois différentes. C'est le cas sur la sortie du nucléaire par exemple. Nous avons trouvé un compromis avec la CGT en nous accordant sur la nécessité de mettre un terme aux investissements dans la filière. D'autres sujets, au contraire, font l'unanimité, comme la rénovation des bâtiments, qui permettent de créer du logement accessible et des emplois en réduisant l'impact écologique.

Quels sont, selon vous, les priorités absolues pour une relance verte ?

Pour nous, la priorité est d'imposer des mesures environnementales aux multinationales. L'accord de Paris n'atteindra jamais son objectif de limiter l'augmentation de la température mondiale à moins de 2 degrés Celsius si nous n'imposons pas d'obligations de baisses annuelles d'émissions aux entreprises polluantes. Notre proposition est d'interdire le versement de dividendes aux actionnaires si les objectifs ne sont pas respectés. Aujourd'hui, ces entreprises prônent toutes un discours écologique. Mais leur modèle même est climaticide.

Ensuite, il y a la question des transports : il faut mettre fin à la construction ou à l'extension d'aéroports, ainsi qu'aux projets d'infrastructures routiers. On sait aujourd'hui que le développement des routes favorise l'augmentation du nombre de voitures plus qu'il ne régule la circulation. En parallèle, il faut renforcer le ferroviaire, largement sous-développé, relancer les trains de nuit, arrêter de supprimer des lignes régionales et développer les infrastructures cyclables pour le transport péri-urbain, dans des villes comme Marseille ou Nice encore trop axées sur le transport routier.

Enfin, il est essentiel de transformer le modèle agricole pour favoriser les circuits courts, arrêter le modèle de subvention à l'hectare et lutter contre la déforestation importée qui consiste, par exemple, à détruire les écosystèmes en Argentine ou au Brésil pour nourrir le bétail consommé en France.

La France sort de deux mois de confinement. Quel bilan en tirer sur le plan écologique ?

Le confinement nous apporte la preuve, s'il en fallait encore une, que l'activité humaine impacte grandement la qualité de l'air. L'arrêt du transport routier, aérien et des activités industrielles lourdes ont suscité une forte baisse des polluants atmosphériques, notamment en Chine, dans le nord de l'Italie et dans les grandes métropoles. Les experts estiment déjà à 9 % la baisse des émissions carbone en Europe sur l'année 2020.

Le problème, c'est qu'il s'agit d'une réduction liée à la conjoncture et pas du tout à des politiques environnementales. Si la relance s'opère sans transformation en profondeur sur les modes de production et de consommation, nous allons rater une belle opportunité. Il ne s'agit pour l'heure que d'un répit pour le climat, car ce type de réductions doit être prolongé sur plusieurs années pour avoir un réel impact sur le réchauffement climatique.

On a beaucoup dit que l'écologie était l'affaire de tous et mis en avant les gestes individuels. Y-a-t-il une leçon à tirer de la crise du Covid-19 à ce sujet ?

La crise a confirmé que si les actions individuelles sont nécessaires, elles demeurent très insuffisantes face aux enjeux climatiques. On a beaucoup dit que les consommations individuelles d'électricité avaient explosé pendant le confinement, avec le streaming notamment, mais ce n'est pas comparable aux gains observés à cause du ralentissement de l'activité. Bien sûr, il est essentiel que chacun repense ses comportements individuels comme la mobilité et la consommation, mais ce dont nous avons vraiment besoin, c'est de changements systémiques.

Par exemple : comment peut-on encore avoir une fiscalité aussi avantageuse pour le transport aérien, qui rendent certains trajets courts moins cher que le train ? Les Français qui utilisent la voiture, eux, sont lourdement taxés sur l'essence. Il en va de même pour la chaîne alimentaire avec l'exemple des crevettes élevées dans un pays, décortiquées dans un autre et qui font le tour du monde pour atterrir dans notre congélateur. Le consommateur a peu de pouvoir de décision sur ces sujets.

C'est au gouvernement d'agir et nous considérons que les premières annonces, sur l'industrie automobile et l'aéronautique notamment, n'incluent pas une vision écologique sur le long terme. Emmanuel Macron nous avait promis que le jour d'après serait "très différent du jour d'avant". À ce stade, nous sommes inquiets.

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