Licenciés pendant la crise du Covid-19 : "Nous sommes les oubliés de la crise"

Agence Pôle emploi à Armentières, dans le Nord, en 2014.
Agence Pôle emploi à Armentières, dans le Nord, en 2014. © Philippe Huguen, AFP

La période de confinement n'a pas toujours été synonyme de télétravail ou de chômage partiel pour les Français. Certaines entreprises ont eu recours à des ruptures de contrat, plongeant certains dans la précarité.

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Quand le téléphone a sonné, le 19 mars, Lola ne s'attendait pas à ce que son responsable lui signifie la fin de son contrat. Trois jours après le début du confinement, la nouvelle est tombée pour la responsable adjointe d'une enseigne de maroquinerie. "Je me doutais que ça allait être compliqué mais au fond de moi, j'espérais que cela n'arrive pas", confie la Parisienne de 26 ans, fraîchement embauchée en CDI. Sa période d'essai aura duré un mois à peine.

Nathalie aussi a été licenciée en pleine de crise du Covid-19. L'animatrice commerciale en CDD a été prévenue par e-mail. "Je suis littéralement tombée par terre quand j'ai appris la nouvelle", raconte-t-elle. J'étais une des meilleures vendeuses et je me retrouve du jour au lendemain sur le carreau." La vendeuse de cigarettes, qui vit en zone "verte", a du mal à comprendre la décision de son employeur DMF (prestations de vente), qui n'a pas privilégié le chômage partiel alors que les bureaux de tabac sont restés ouverts pendant le confinement.

Des réductions d'effectifs "limitées"

En France, les mesures de quarantaine pour freiner la propagation de l'épidémie de nouveau coronavirus ont entraîné une chute d'activité mais les entreprises ont, pour la plupart, tenu bon. Les réductions d'effectifs restent "limitées", estime une enquête du ministère du Travail datée de mai 2020.

Selon le bureau des statistiques du ministère (Dares), ces réductions d'effectifs se sont principalement traduites par le non-renouvellement de CDD (59 % en avril et 49 % en mars) et l'annulation ou le report d'embauches (44 % et 51 %). Le licenciement reste marginal bien qu'en légère progression (5 %, après 2 % fin mars) et les ruptures conventionnelles rares (5 % après 4 %).

Bien que peu fréquentes, ces réductions d'effectifs n'en demeurent pas moins brutales dans le contexte si particulier du confinement. Le responsable de Nathalie chez DMF, Étienne, également licencié, parle "d'une violence inouïe", surtout "quand vous venez d'entrer dans une période anxiogène", précise le manager de la région Bretagne et Sud-Ouest.

L'entreprise DMF a remercié au total une cinquantaine de salariés en CDD, invoquant un "cas de force majeure". Est-ce un argument recevable dans le droit du travail ? Étienne, dont le CDD courait jusqu'au 30 juin, en doute. "L'épidémie était déjà connue lors de mon embauche fin février", assure le commercial qui, avec d'autres salariés, a saisi le conseil de prud'hommes pour licenciement abusif.

"Le congélateur est encore plein mais plus pour longtemps"

En colère contre "les mesures de confinement démesurées qui ont mis le pays à terre", Nathalie estime que le gouvernement a protégé les entreprises en proposant le chômage partiel, mais regrette que "certaines n'aient pas joué le jeu".

En attendant la décision des prud'hommes, certains de ses ex-collègues vendeurs ne bénéficient d'aucune indemnité chômage. "Ils n'ont pas travaillé suffisamment longtemps", assure Étienne.

À 56 ans, Nathalie, qui sera en fin de droits aux indemnités chômage à la fin du mois de juin, se décrit dans "une situation dramatique". "Je suis dans un engrenage. Je ne vais pas mourir du Covid, mais je risque de mourir autrement, commente-t-elle avec une pointe de désespoir. Le congélateur est encore plein, mais plus pour longtemps."

"Priorité à quelqu'un de plus jeune"

La précarité guette la commerciale installée dans le Lot-et-Garonne, surtout que la route la conduisant à un nouveau travail lui semble semée d'embûches. Les offres d'emploi se font plus rares en temps de crise et son âge pourrait rebuter un éventuel employeur : "On va donner la priorité à quelqu'un de plus jeune, qui ne sera pas amené à exercer son droit de retrait en cas de deuxième vague du Covid."

Pour Lola, 26 ans, qui vit chez ses beaux-parents avec son conjoint – en chômage partiel –, la situation est moins inquiétante, mais elle met un coup d'arrêt à son projet de déménager avec sa petite famille. La perspective de trouver un travail s'annonce aussi difficile. En quinze jours, seulement deux offres d'emploi ont été publiées dans son secteur de vente haut de gamme. Elle n'a pour l'heure aucune réponse.

Le 23 mai, le gouvernement a annoncé une aide aux foyers les plus démunis, ceux qui sont bénéficiaires du RSA (revenu de solidarité active) ou de l'ASS (allocation de solidarité spécifique).

Nathalie et Lola n'en font pas partie. "Il n'y a rien pour nous, les gens intermédiaires", déplore la quinquagénaire pleine d'énergie. "Pourtant la chute est plus rude car vous vous cassez la gueule de plus haut", commente celle qui doit encore payer les réparations faites sur sa voiture. "Il nous faut des mesures d'urgence."

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