Allemagne: le Werder Brême, monument en péril de la Bundesliga

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Berlin (AFP)

Co-fondateur de la Bundesliga en 1963, rival du Bayern au sommet du foot allemand de 1980 à 2010, le Werder Brême est au bord du gouffre: avant-dernier de Bundesliga, le club historique est engagé dans une lutte au couteau pour sauver sa place dans l'élite.

"Nous n'avons plus de temps pour le moindre relâchement, nous avons sept finales à jouer et nous devons toutes les jouer à 101 pour cent", lance le jeune et dynamique entraîneur Florian Kohfeldt, revigoré par l'état d'esprit conquérant que ses hommes ont montré lors des deux derniers matches, une victoire 1-0 à Fribourg et un nul 0-0 mal payé mardi soir contre Mönchengladbach, une équipe du top-4.

Car après la descente du voisin Hambourg en 2018, celle de Brême serait un traumatisme du même niveau pour les amoureux allemands de la "tradition". Présent presque sans discontinuer depuis la création de la poule unique (une seule saison en D2, 1980-81), ce bastion du foot germanique détient le record de participation en Bundesliga: 56 saisons.

Quatre fois champion, une fois vainqueur du doublé coupe-championnat (2004), Brême s'enorgueillit aussi d'une victoire en Coupe des coupes 1992 (2-0 contre Monaco en finale), et d'une finale de Coupe de l'UEFA 2009 (ancien nom de la Ligue Europa), ainsi que de participations régulières à la Ligue des champions dans les années 2000.

- Klose, Micoud, Özil... -

Des stars comme Rudi Völler, Miroslav Klose, Johan Micoud, Mesut Özil et autre Claudio Pizarro ont porté le maillot vert de la ville hanséatique pendant ses années de gloire, sous la houlette de deux entraîneurs devenus légendaires: Otto Rehhagel (1981-1995), "le Guy Roux allemand", et Thomas Schaaf (1999-2013), l'homme du doublé de 2004.

Mais tout cela, à la veille d'un nouveau match crucial samedi (15h30) à Schalke, n'est plus que de l'histoire. Depuis dix ans, le Werder se débat le plus souvent dans la deuxième moitié du tableau.

Et en ce printemps de football à huis clos, pour cause de coronavirus, Brême occupe l'avant-dernière place du classement, cinq points derrière le barragiste Düsseldorf et six derrière le premier non-relégable, Mayence. Avec toutefois un match en retard à jouer le 3 juin contre Francfort.

"Le Werder est dans une spirale descendante sans fin. Une étonnante léthargie règne à tous les étages", commentait il y a dix jours le magazine du football Kicker, avant le rebond des deux derniers matches.

- "Ça aurait explosé..." -

Curieusement, les fans du Werder eux-mêmes, avant l'interruption du championnat pour cause de coronavirus, n'ont pas mis de pression sur leurs dirigeants.

"Il n'y à qu'à Brême que nous avons des supporters si gentils et si sages, dans d'autres villes ça aurait explosé depuis longtemps", déplorait cette semaine dans les médias locaux Dieter Burdenski, ancien gardien de but du club, qui aimerait voir le club réagir, si besoin en évinçant le coach.

Au plus fort de la tempête, la direction a continué à faire confiance à Kohfeldt: "Florian est notre meilleure chance d'éviter la descente", répète en boucle le directeur sportif Frank Baumann.

Aujourd'hui âgé de 37 ans, l'homme est arrivé sur le banc en 2017 pour sauver l'équipe, déjà en perdition, après le limogeage d'Alexander Nouri. Il est parvenu à assurer le maintien, décrochant au passage le titre d'"entraîneur de l'année" en Allemagne.

Depuis, les experts voient en lui un autre Julian Nagelsmann, figure de proue de cette génération des techniciens trentenaires, adeptes à la fois d'un entraînement "scientifique" et d'une approche psychologique moderne.

Il ne lui reste, pour sauver un monument en péril, que sept rencontres: dont la réception à très haut risque du Bayern Munich pour la 32e et antépénultième journée. Sans supporters, évidemment.