Covid-19 : l'inquiétude des étudiants avant leur entrée dans la vie active

Un étudiant porte un masque devant le campus déserté de l'université de Bordeaux, le 1er avril 2010.
Un étudiant porte un masque devant le campus déserté de l'université de Bordeaux, le 1er avril 2010. © Nicolas Tucat, AFP

Alors que l'épidémie de Covid-19 frappe durement l'économie, de nombreux étudiants en fin de cursus craignent de ne pas trouver d'emploi après leurs études. Pour éviter ce scénario, certains jeunes se disent prêts à faire des concessions, voire à envisager un statut plus précaire. 

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Parmi les étudiants, la peur de ne pas trouver un emploi s'est renforcée avec l'épidémie du Covid-19 et la crise économique qui s'annonce. Inquiets pour leur avenir, certains élaborent des stratégies pour éviter le chômage (pour ceux qui ont déjà travaillé et peuvent prétendre éventuellement à des indemnités), ou le non-emploi à la sortie des études. 

"Je ne suis pas confiante pour mon entrée dans le monde du travail". Dans quelques semaines, Agathe, étudiante en master communication à Sciences-Po Toulouse, finira son stage de six mois dans une entreprise de cosmétiques.

Si elle espérait voir son stage se transformer en contrat long, elle est désormais moins optimiste. "C'était l'une de mes alternatives, mais je me suis rendu compte que ce ne serait pas possible. J'ai appris que mon entreprise avait gelé les embauches pendant la crise", déplore-t-elle.

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Un scénario vécu par François également, étudiant en dernière année dans une école de commerce privée. Employé en alternance dans une grande banque française, il s'était projeté dans cette société pour laquelle il a travaillé pendant deux ans.

Mais la crise sanitaire est passée par là. "Ma direction m'a confirmé qu'elle ne me recruterait pas : j'ai fait le deuil de mes projets", regrette François, qui envisageait aussi de partir en Asie pendant un an à la fin de ses études.  

François et Agathe ne sont pas les seuls à s'inquiéter. Un tiers des étudiants en dernière année et 40 % des jeunes diplômés estiment être inquiets – voire très inquiets – pour leur avenir professionnel, selon une étude publiée le 5 mai et menée par Jobteaser, plateforme d'orientation et de recrutement. D'après cette même étude, 70 % des entreprises auraient en partie ou totalement suspendu leurs recrutements de jeunes. 

Des jeunes vulnérables sur le marché du travail

Dans un rapport publié mercredi, l'Organisation internationale du travail s'inquiète même de conséquences plus durables. "Sachant que la récession entraînée par la crise du Covid-19 est bien plus grave que dans les cas précédents, il faut s’attendre à des pertes salariales à long terme pour des cohortes de jeunes qui ont la malchance de sortir du lycée ou de l’université à la fin de cette année scolaire 2019-2020", peut-on lire dans le document.

Si ces futurs diplômés font partie des plus fragiles face à la crise économique, tous ne devraient pas payer le prix fort. Selon une récente étude de l'Association pour l'emploi des cadres (Apec), les plus exposés sont "les jeunes des promotions 2019 et 2020", diplômés dans des "disciplines moins recherchées", car ils "risquent de rencontrer un marché de l’emploi 'embouteillé' par leurs aînés de la précédente promotion, n’ayant pas encore trouvé d’emploi". 

Interrogée par France 24, Vanessa Di Paola, économiste spécialisée dans l'insertion professionnelle des jeunes, souligne de son côté une "très grande hétérogénéité des situations". 

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Si les jeunes diplômés de certains secteurs "fortement impactés par la crise comme le commerce, la restauration et le monde de la culture", seront probablement les moins avantagés, selon l'économiste, également professeure à l'université Aix-Marseille, d'autres pourraient tirer leur épingle du jeu : "Les étudiants rattachés au secteur sanitaire et social ne pâtiront peut-être pas particulièrement de la crise, parce que la demande ne se serait pas ralentie", projette-elle. 

Éviter une "génération sacrifiée" 

Face à ce contexte anxiogène, des voix s'élèvent en soutien à ces futurs diplômés, comme celles des membres de la Conférence des présidents d'université (CPU). 

"Il est extrêmement important qu'il y ait des mesures de soutien pour l'emploi des jeunes diplômés qui vont arriver sur le marché du travail à la rentrée 2020", afin que cette génération ne soit pas "sacrifiée", avait par exemple déclaré le président de la CPU, Gilles Roussel. 

Vanessa Di Paola déplore quant à elle que ces étudiants en fin de cursus ne bénéficient "d'aucun dispositif financier" pour leur entrée dans la vie active. "Certains étudiants n'ont pas d'emploi, n'en ont pas eu et n'ont donc pas droit au chômage. Vu qu'ils ont moins de 25 ans, ils n'ont pas non plus droit au RSA", affirme-t-elle. "Il va falloir prêter attention à ce sujet [des aides financières], parce que cette crise est d'une ampleur plus importante que toutes celles que l'on a connues."

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Depuis quelques semaines, des propositions voient le jour en faveur de ces futurs diplômés. Le délégué général de La République en Marche, Stanislas Guérini, a par exemple évoqué la création d'une "prime à l'embauche" des jeunes, tandis que le député européen EELV Yannick Jadot a préconisé de créer 300 000 emplois aidés cette année.

Le gouvernement travaille aussi à des mesures pour faciliter l'apprentissage et l'emploi. "Il faut faire quelque chose pour la jeunesse française" et notamment pour "soutenir l'apprentissage et je sais que [la ministre du Travail] Muriel Pénicaud y travaille pour éviter d'avoir une génération sacrifiée", a ainsi affirmé mardi Agnès Pannier-Runacher, la secrétaire d'État à l'Économie. "Il faut faciliter l'embauche des jeunes, et donc il va falloir prendre des mesures fortes dans cette direction", a-t-elle ajouté. Les entreprises pourront-elles donc bénéficier d'exonérations de charges si elles recrutent des jeunes ? "Nous verrons", a répondu Agnès Pannier-Runacher. 

Le futur plan de relance, présenté à l'automne, devrait par ailleurs posséder, selon la ministre du Travail, "un volet compétences et un volet emploi très importants, notamment par rapport aux jeunes". 

Des exigences revues à la baisse 

En attendant la mise en place de ces mesures, les futurs diplômés cherchent des solutions pour s'insérer au plus vite sur le marché du travail. Malgré un climat défavorable, ils ne comptent pas baisser les bras. À la fin de son stage, Agathe veut par exemple rechercher activement un emploi. "Je vais rentrer chez mes parents pour trouver un travail car, sans rémunération, je ne peux garder mon appartement. Mais je ne serai pas loin de Paris, donc je pourrai revenir pour passer des entretiens", assure-t-elle. 

D'autres préfèrent laisser passer l'été, comme Manon, diplômée en mars d'une école de commerce et sans emploi depuis. "Je regarde les offres sur Internet, mais je sais que les entreprises n'ont pas pour priorité d'employer un junior pour le moment. Je pense d'un autre côté qu'en septembre, la concurrence sera encore plus rude", s'inquiète-elle. 

Vanessa Di Paola l'assure : l'insertion professionnelle des jeunes diplômés risque d'être décalée. "Lors de leur entrée dans la vie active, ils ne seront pas prioritaires. Ils vont se placer dans la file d'attente qui risque d'être alourdie par tous les employés qui ont bénéficié des mesures de chômage partiel", craint-elle. 

Une précarisation déjà à l'œuvre

Redoutant cette pression de la concurrence à l'automne, certains jeunes se disent prêts à accepter un statut précaire. Avant le confinement, François, l’étudiant en école de commerce, imaginait sortir de l'école facilement  avec un CDI en poche.

Mais aujourd'hui, il n'y croit plus. "Je suis prêt à accepter un CDD et une baisse de salaire", admet-il. De son côté, Agathe réfléchit à la possibilité de "refaire un stage". "Ce sera compliqué, parce qu'il faudrait que je m'inscrive à nouveau à l'Université", note-elle. 

Des stratégies qui n'étonnent pas Vanessa Di Paola. "Avant le confinement, il existait déjà une montée des statuts précaires et des contrats à temps partiel chez les jeunes", indique la spécialiste en insertion professionnelle. "La crise pourrait alors accentuer cette tendance comme cela a été le cas pendant la récession en 2010 et 2011". 

Faire des concessions signifie aussi, pour ces jeunes, accepter un emploi par défaut, voire changer de secteur. "Je vais ratisser large pour pouvoir avoir plus de chances de trouver un emploi", prévoit Agathe, qui aimerait devenir attachée de presse spécialisée dans la mode et le luxe. "Je suis prête à accepter un poste peu gratifiant dans mon domaine et situé tout en bas de l'échelle alors que j'ai fait cinq ans d'études supérieures", se désole-t-elle. 

Le chômage en dernier recours 

Autre option : le chômage. François se donne six mois au maximum sans emploi. Le jeune homme souhaite ainsi "prendre son temps pour chercher". "J'ai peur d'exercer un métier qui ne me plaît pas ou d'accepter un contrat par défaut", reconnaît-il. 

Mais le chômage de longue durée peut aussi avoir de lourdes conséquences. "Il faut éviter de s'enfermer dans le chômage et dans le non-emploi", préconise Vanessa Di Paola. "Tout ce qui va permettre de ne pas rester dans cette situation d'attente trop longtemps est une solution. Pour certains, ce sera un stage supplémentaire ou un emploi moins qualifié que celui envisagé ou même un poste dans un secteur d'activité éloigné des projets d'origine", explique-t-elle. 

Malgré ces circonstances économiques inédites, certains étudiants gardent espoir, à l'image de Manon. "Cette période d'attente nous laisse le temps de respirer, de se concentrer sur soi et de préparer un projet. Et quand les entreprises iront mieux, elles penseront à nous", espère-t-elle. Pour ces jeunes, diplômés pendant la crise du Covid-19, il faudra s'armer de patience et de motivation pour affronter le marché du travail. 

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