Lancement de l’application StopCovid en France : que font les autres pays ?

Un livreur présente son statut sur l'application de traçage chinoise à un barrage, à Pékin, le 29 avril 2020.
Un livreur présente son statut sur l'application de traçage chinoise à un barrage, à Pékin, le 29 avril 2020. © Thomas Peter, Reuters

Après des semaines de polémique autour des libertés numériques et du respect de la vie privée, la France lance mardi StopCovid, une application de pistage sanitaire. Elle sera suivie par d’autres États en Europe. Tour du monde des logiciels de traçage, plus ou moins intrusifs selon les pays.

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"StopCovid contribue à votre protection et à celle des autres", peut-on lire dans le descriptif de la plateforme. Alors que la France entre mardi 2 juin dans une nouvelle phase du déconfinement, le gouvernement lance à midi cette application permettant de tracer des personnes contaminées par le nouveau coronavirus. À l’instar d’autres pays touchés par le Covid-19, la France mise sur un outil de traçage sur smartphone dans le but de limiter la propagation du virus.

Le gouvernement français a indiqué que le fonctionnement de StopCovid est "non identifiant" et "temporaire". Son installation est sur la base du volontariat et l’application utilise la fonctionnalité Bluetooth – et non pas le GPS – de l’appareil pour alerter ses utilisateurs lorsque ceux-ci ont croisé une personne infectée.

Le recours à une telle technologie fait débat en Europe et ailleurs. Elle s’appuie sur des données personnelles, dont l’utilisation et l’exploitation varient selon les pays. En France, les défenseur des libertés numériques pointent du doigt une "légitimation de la surveillance de nos corps dans l’espace public", comme le dénonce l’association La Quadrature du Net

Une trentaine de pays ont adopté des technologies de pistage sanitaire depuis plusieurs semaines, à différentes échelles d’intrusion et de coercition.

  • Chine

En Chine, où un système de notation de la population est déployé depuis deux ans, les individus sont triés selon un code couleur avec une application développée par le géant du commerce en ligne Alibaba. Dès fin février, Alipay Health Code accorde à chaque utilisateur un QR code vert, jaune ou rouge selon ses données de géolocalisation.

Une personne ayant fréquenté un individu ou un lieu considérés comme risqués se voit attribuer un QR code jaune ou rouge. Dans plusieurs villes, comme à Hangzhou par exemple, les déplacements sont conditionnés à l’obtention de la couleur verte.

Le New York Times a décortiqué le code informatique de l’application. Il en ressort que l’outil transmet des informations à la police chinoise, lui permettant d’identifier et de repérer géographiquement un utilisateur.

  • Corée du Sud

La Corée du Sud est l’un des premiers pays à avoir été touché par une vague de contagions. Elle est aussi parmi ceux ayant évité le confinement généralisé en imposant un traçage par GPS à ses près de 10 000 malades. Les opérateurs téléphoniques ont fourni directement au Centre de contrôle et prévention des maladies la géolocalisation des patients.

Aujourd’hui, les autorités contrôlent en temps réel les personnes placées en quarantaine. Selon l’AFP, un contrevenant a été condamné à 4 mois de prison fin mai.

  • Israël

Le service de sécurité intérieure israélien, le Shin Bet, a été autorisé par le gouvernement à organiser le suivi numérique de la propagation du nouveau coronavirus. Il a ainsi développé un programme de surveillance des personnes contaminées à partir des données GPS de leur téléphone mais également à travers le traçage de leur carte de crédit.

Ce programme, qui ne fait pas appel à une application smartphone spécifique, a suscité la polémique en Israël, d’autant que le cabinet de Benjamin Netanyahu a souhaité l’inscrire dans la loi israélienne. La Cour suprême israélienne s’est prononcée le 27 mai en permettant la poursuite de ce projet. Le Parlement doit désormais approuver son utilisation "dans des cas particuliers".

  • Singapour

Téléchargée par à peine un quart de la population, soit 1,5 million de personnes, l’application de traçage singapourienne, TraceTogether, a fait un flop. Une étude de l'université de Singapour avait pourtant conclu que la population était prête à "accepter de renoncer à un peu de vie privée pour combattre le Covid-19". Depuis le 1er juin, certains travailleurs immigrés, notamment ceux vivant dans des dortoirs, ont l’obligation de se connecter à TraceTogether.

Les autorités ont également lancé le portail SoftEntry. Un générateur de QR code qui ne donne l’accès à certains lieux publics qu'en renseignant des informations personnelles.

  •  Royaume-Uni

L’application du système de santé britannique (NHS), semblable au dispositif français, a été testée pendant trois semaines sur l’île de Wight, dans la Manche, sur la base du volontariat. Chaque utilisateur, et donc chaque passant, a une suite de chiffres pour seule donnée d’identification. Ce code est échangé entre les smartphones lorsque deux personnes se croisent et il est conservé dans leurs téléphones pour une durée de 28 jours.

Selon le magazine The Wire, l’application est programmée pour une fonction très limitée. "Rien ne se passe sauf lorsqu’un des utilisateurs signale qu’il présente des symptômes de coronavirus", précise la publication. Parmi les données recueillies : "les premiers chiffres du code postal", "le type de téléphone utilisé" et "la force du signal Bluetooth".

L'approche britannique et française est dite "centralisée" car les données anonymisées recueillies sont stockées sur des serveurs centraux. Sur l’île de Wight, et à partir du mois de juin dans le reste du Royaume-Uni, ces informations sont envoyées au NHS, qui décide si une alerte aux autres smartphones croisés pendant une durée prolongée est nécessaire.

  •  Italie

Une autre approche des applications de traçage du Covid-19, dite "décentralisée", consiste à stocker les données uniquement dans les smartphones des utilisateurs. C’est le cas de l’application Immuni, développée par l’entreprise Bending Spoons, qui sera lancée en Italie courant juin.

Fondée aussi sur la technologie Bluetooth, elle diffère dans la manière d’alerter les utilisateurs. L’application se charge d’avertir automatiquement l'utilisateur s’il y a eu contact avec un code infecté, sans passer par les services sanitaires.

Si cette méthode permet d’évacuer les craintes de type "Big Brother", elle inquiète quant à sa dépendance vis-à-vis d’Apple et de Google, les deux géants ayant proposé une solution commune de traçage social sur le modèle décentralisé. Paris avait refusé cette option, évoquant une question de "souveraineté nationale". L'Allemagne s’est quant à elle rangée derrière le modèle décentralisé, comme la plupart des pays européens.

En Italie, Francesco Paolo Micozzi, chargé de cours sur le numérique à l'université de Pérouse, a expliqué les limites du dispositif à l’AFP : pour que l'application Immuni soit réellement efficace, il faudrait qu'elle soit téléchargée par 60 % des Italiens... soit pratiquement tous les propriétaires de smartphones du pays.

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