Mort de George Floyd : les joueurs de NBA en première ligne contre le racisme

L'ancien joueur de NBA Stephen Jackson pose devant un mémorial en hommage à son ami George Floyd à Minneapolis, le 3 juin 2020.
L'ancien joueur de NBA Stephen Jackson pose devant un mémorial en hommage à son ami George Floyd à Minneapolis, le 3 juin 2020. AFP - Stephen Maturen

Un peu partout dans le monde, des personnalités du sport ont rejoint le mouvement de protestation pour dénoncer le meurtre de George Floyd, lors d'une interpellation policière. Les joueurs de NBA se mobilisent tout particulièrement pour exiger des changements sur la façon dont sont traités les Noirs aux États-Unis.

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Le 25 mai, la vie de George Floyd a pris brutalement fin lors d’une interpellation à Minneapolis, aux États-Unis. Cet Afro-Américain de 46 ans est décédé, après avoir été plaqué au sol par un policier, qui a maintenu son genou sur son cou pendant de longues minutes.

Depuis, un peu partout dans le pays et même dans le monde, la contestation n’a cessé de monter pour dénoncer le racisme et les violences policières. De nombreuses voix se sont notamment élevées dans le milieu du basket-ball, l’un des sports les plus populaires outre-Atlantique.

Un ancien espoir du basket

George Floyd a d’ailleurs été pendant un temps un jeune espoir du ballon orange. Comme le raconte le journal Houston Chronicle, il a commencé à se faire connaître sur les parquets d’un lycée de la ville, le Jack Yates High School. Également excellent joueur de football américain, il a poursuivi dans le basket en intégrant de 1993 à 1995 l’équipe de South Florida Community College à Avon Park. Même si son aventure sportive s’est finalement arrêtée là, George Floyd, surnommé le "gentil géant" par ses amis de l’époque, selon la chaîne WCJB, a marqué les esprits.

Il est d’ailleurs resté proche de Stephen Jackson, un ami rencontré à Houston, qui, lui, a poursuivi une carrière en NBA en portant notamment les couleurs des Golden State Warriors et des San Antonio Spurs, avec qui il a remporté un titre.

Depuis le décès de George Floyd, c’est lui qui est devenu l’un des visages de la contestation en participant à plusieurs rassemblements. "Floyd était mon frère. On s'appelait les jumeaux. Mon frère était dans le Minnesota parce qu'il changeait de vie, il conduisait des camions (...) et vous l'avez tué. Je suis en route pour le Minnesota. Justice sera faite", avait-il écrit à l’annonce de sa disparition sur son compte Instagram. L’ancien champion NBA s’est aussi adressée à la fille de son ami, devenue orpheline, lors d'une conférence de presse : "Je serai là. Je serai là à son mariage. Je serai là pour elle. Je serai là pour essuyer ses larmes. Floyd n’est plus là mais je suis là pour elle."

Des stars de la NBA dans la rue

D’autres figures de la NBA se sont aussi mobilisées au cours des derniers jours, alors que la saison est pour l’instant suspendue en raison du Covid-19. Des joueurs des Golden State Warriors dont Stephen Curry et Klay Thompson ont rejoint, mercredi 3 juin, une foule de manifestants pour une marche pacifique contre les violences racistes à Oakland.  La star montante des Boston Celtics, Jaylen Brown n’a également pas hésité à conduire pendant quinze heures pour rejoindre une manifestation à Atlanta.

Très engagé politiquement, LeBron James a lui aussi réagi peu après le décès de George Floyd, en publiant sur Instagram une ancienne photo le montrant avec un t-shirt noir, avec l’inscription "I can't breathe" ("je ne peux pas respirer"), la phrase prononcée par la victime juste avant sa mort.

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STILL!!!! 🤬😢😤

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Souvent critiqué pour son absence de prise de position en faveur de la communauté afro-américaine, alors même qu'il était devenu l'un des hommes les plus influents au monde, l’ancien joueur des Chicago Bulls, Michael Jordan a cette fois-ci choisi de prendre la parole.

À la suite de la mort de George Floyd, l’actuel co-propriétaire des Charlotte Hornets a dénoncé dans un communiqué le "racisme enraciné" aux États-Unis, se disant "profondément attristé, véritablement en souffrance et totalement en colère". Son ancien rival Magic Johnson a lui aussi exprimé "sa fatigue" face à cette situation. "Si cela est arrivé à George Floyd, cela peut très bien arriver à E.J et Andre", a-t-il dit en faisant référence à ses deux fils.

"Rien ne change"

Du côté des entraîneurs, Gregg Popovich le coach de San Antonio a pour sa part fustigé l'absence d'empathie de Donald Trump, qu'il qualifie d'"idiot dérangé" et de "lâche". "Si Trump avait un cerveau, même s'il était cynique à 99 %, il sortirait et dirait quelque chose pour unifier les gens. Mais il ne se soucie pas de rassembler les gens. Même maintenant. Voilà à quel point il est dérangé. Tout tourne autour de lui. Tout dépend de ce qui lui profite personnellement. Ce n'est jamais pour le bien de tous", a-t-il déclaré au site The Nation. "Nous avons besoin d'un président qui dise simplement que 'la vie des Noirs compte'."

Gregg Popovich a aussi pointé l'immobilisme face au problème du racisme. "Ce qui me frappe, c'est que nous voyons tous cette violence policière et ce racisme, et nous avons déjà vu ça auparavant, mais rien ne change. C'est pourquoi ces protestations ont été si explosives. Mais sans leadership, sans comprendre le problème, il n'y aura jamais de changement."

Gregg Popovich fait partie, avec l’entraîneur des Golden State Warriors Steve Kerr, Lloyd Pearce (Atlanta Hawks) et les ex-coaches David Fizdale et Stan Van Gundy, d'un comité créé par l'Association nationale des entraîneurs de basket américain (NBCA), chargé de réfléchir à diverses actions pour lutter contre les violences et l'intolérance raciales dans les villes américaines où évoluent des équipes NBA.

La plupart des clubs se sont d’ailleurs exprimés, hormis les New York Knicks, dont le propriétaire James Dolan a estimé qu’ils n’étaient "pas plus qualifiés que quiconque pour donner (leur) avis sur des questions sociales". Le patron de la NBA Adam Silver a lui-même évoqué l’affaire dans une note adressée à son personnel : "Alors que nous combattons une pandémie qui frappe toutes les communautés et les minorités plus que n'importe qui, il nous est rappelé que des blessures n'ont jamais guéri dans notre pays. Le racisme, la brutalité policière et l'injustice raciale font encore aujourd'hui partie de la vie en Amérique et ne peuvent être ignorés."

Une ligue particulièrement engagée

La NBA, dont près de 80 % des joueurs sont issus des minorités, selon Sports Illustrated, se veut être à la pointe en matière d’engagement social. Alors que la NFL n’avait pas soutenu le footballeur américain Colin Kaepernick, lorsqu’il avait osé poser un genou à terre durant l'hymne national en signe de protestation contre les violences policières, la ligue de basket multiplie depuis de nombreuses années les initiatives pour lutter contre la racisme avec notamment la création de la plateforme "NBA Voices", qui promeut l’égalité et la diversité. 

Comme le décrit le New York Times, les basketteurs font régulièrement entendre leur voix même sur les parquets. En 2012, après le décès du jeune Trayvon Martin, tué par un vigile, alors qu’il marchait dans la rue vêtu d’un sweat à capuche, plusieurs basketteurs avaient porté le même vêtement lors des échauffements d’avant-match. Deux ans plus tard, après la mort d’Eric Garner lors d’une interpellation, plusieurs d’entre eux, dont Lebron James, avaient également affiché des tee-shirts portant déjà à l’époque l’inscription "I can’t breath".

Pour Sports Illustrated, cette prise de position des vedettes du basket s’explique tout simplement par leur passé : "Avant que Lebron James ne se batte avec Michael Jordan pour devenir le meilleur joueur de tous les temps, il s’est surtout battu contre la pauvreté à Akron dans l’Ohio", rappelle ce magazine sportif. "Beaucoup d’entre eux ont été des George Floyd."

 

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