Covid-19 en France : les quatre scénarios du Conseil scientifique pour les mois à venir

Un professionnel de santé dans l'unité de soins intensifs pour les patients atteints de Covid-19 à l'hôpital privé du Centre Cardiologique du Nord à Saint-Denis, près de Paris, le 22 avril 2020.
Un professionnel de santé dans l'unité de soins intensifs pour les patients atteints de Covid-19 à l'hôpital privé du Centre Cardiologique du Nord à Saint-Denis, près de Paris, le 22 avril 2020. © Gonzalo Fuentes, Reuters

Le Conseil scientifique détaille, dans un avis mis en ligne jeudi, “quatre scénarios possibles” en France dans les mois à venir, concernant l’épidémie de Covid-19. D’une situation “sous contrôle” à un moment sanitaire “critique”, France 24 vous explique les différentes options envisagées.

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Le Conseil scientifique, chargé d'accompagner les pouvoirs publics dans la gestion de la crise du Covid-19, a rendu le 2 juin un nouvel avis au gouvernement, mis en ligne jeudi 4 juin. “Cet avis a pour objectif d’identifier les différents scénarios probables dans la période de post-confinement”, explique le Conseil en préambule.

Ces “quatre scénarios possibles” ont pour objectif de “préparer et anticiper les mesures à mettre en place” pour éviter un nouveau confinement.

  • Une épidémie "sous contrôle”

Ce scénario, le plus optimiste parmi les quatre exposés, est aussi celui qui semble avoir la faveur des pouvoirs publics : dès le 29 mai, l’agence Santé Publique France a affirmé qu'il n'y avait "pas de signaux en faveur d'une reprise de l'épidémie" de Covid-19. Dans le même sens, le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy a expliqué, vendredi 5 juin, que le virus était “sous contrôle”.

Ce scénario nécessite des indicateurs sanitaires qui “doivent être stabilisés sur une période suffisamment longue” – à deux mois minimum – pour pouvoir affirmer que la situation est sous contrôle, selon le Conseil.

Nombre de passages aux urgences pour Covid-19, nouveaux patients hospitalisés, patients hospitalisés en urgence, patients hospitalisés en réanimation, nombre de tests PCR quotidiens… Ces indicateurs, utilisés pour certains d’entre eux depuis mars dernier, doivent être “les signaux d’un contrôle de la diffusion de l’épidémie” indiquant un “niveau de circulation faible” du virus en France, “avec une tendance stable ou décroissante, sans clusters problématiques”, estime le Conseil scientifique.

L’avis recommande dans ce scénario le maintien de deux mesures “à leur niveau actuel” : l’application des gestes barrière par l’ensemble de la population française et la stratégie “tester-tracer-isoler” des autorités sanitaires.

  • Une reprise locale de l’épidémie avec des “clusters critiques”

Ce scénario intermédiaire est “probable dans les prochaines semaines”, estime le Conseil scientifique qui se fonde sur “ce qui a été constaté en Allemagne et dans certains pays d’Asie” ces dernières semaines.

Le Conseil évoque la vigilance particulière que les pouvoirs publics devraient avoir vis-à-vis des “clusters critiques”, des poches de contamination localisées avec “une dynamique très rapide quasi-explosive”. Dans ce scénario, “en fonction de l’évaluation du risque”, le Conseil propose une réponse “précoce, rapide, massive et ciblée sur une zone géographique.“

Plusieurs leviers devraient alors être actionnés de manière “combinée” : le renforcement des gestes barrières, une stratégie massive de “tester-tracer-isoler” – “la pratique des tests ne peut se limiter aux cas symptomatiques des populations dans le périmètre du cluster”, estime le Conseil –, une démarche proactive envers les populations précaires, ainsi qu’un confinement localisé suffisamment tôt.

L’impératif dans ce scénario est de “contrôler la circulation du virus et de limiter le nombre de cas exportés à partir du cluster critique identifié” pour éviter une reprise de l’épidémie au niveau national.

  • Une reprise de l’épidémie “à bas bruit”

Ce scénario est possible pour “un territoire suffisamment important” comme une région française ou l’ensemble du pays, explique le Conseil scientifique. Il consisterait en “une reprise diffuse” de l’épidémie dans cette zone géographique donnée, couplée à un manque de suivi des chaînes de transmission du Covid-19.

“Cette reprise de l’épidémie traduit plutôt un relâchement des mesures de contrôle de la circulation du virus par la population permettant une reprise active de la transmission du virus et de façon diffuse”, estime le Conseil, pour qui la reprise progressive des déplacements de population d’une région à l’autre pourrait “favoriser la dissémination du virus” dans ce scénario.

Deux indicateurs pourraient préfigurer cette situation : l’augmentation rapide du nombre de tests réalisés par jour dans la zone géographique touchée, ainsi que l’augmentation significative et observée dans la durée du nombre des tests positifs par rapport au nombre de tests réalisés.

Soucieux d’éviter un reconfinement similaire à celui qu’a connu la France pendant des semaines, le Conseil scientifique recommande dans ce scénario “un changement d’approche” avec l’activation de plusieurs mesures d'un plan de prévention et de protection renforcée (ou toutes, en fonction de la gravité de la situation) : renforcement des mesures barrière, renforcement du “tester-tracer-isoler”, protection des Ehpad, renforcement de la capacité de réaction des structures hospitalières publiques et privées...

Si ces mesures n’avaient pas d’effet sur la situation de reprise épidémique, “la question du confinement généralisé et des conditions dans lesquelles il devra être réactivé se posera” alors, estime le Conseil.

  • “Moment critique” de l’épidémie et reconfinement

Ce scénario est le plus pessimiste et résulte de l’échec des mesures détaillées dans le scénario 3, destinées à endiguer la diffusion de l’épidémie. Dans cette perspective, “le nombre de cas continue d’augmenter et on arrive au “moment critique” où, explique le Conseil scientifique, les autorités doivent décider si elles souhaitent instaurer un deuxième confinement pour éviter le débordement des services de réanimation”.

La possibilité de reconfiner l’ensemble de la population française est, pourtant, considérée par le Conseil “ni souhaitable ni faisable pour des raisons d’enjeux sanitaires, sociétaux et économiques”. Mais dans le scénario 4, les autorités doivent prendre des décisions pour “éviter le débordement” des services de réanimation, comme cela a pu être le cas dans le Grand Est ou en Île-de-France il y a plusieurs semaines.

La “décision grave” d’un nouveau confinement devrait être prise en considérant, d’une part, “l’impact sanitaire” de l’épidémie de Covid-19 et, d’autre part, “l’impact d’un deuxième confinement sur la société française”, selon le Conseil.

Dans ce scénario, les autorités devraient aussi avoir conscience de l’objectif poursuivi en cas de nouveau confinement : s’il est “uniquement de diminuer la mortalité liée” au virus, le confinement “permanent ou extrêmement précoce sera toujours préférable”, estime le Conseil scientifique. Et il précise : “Un objectif alternatif est d’assumer tout en la limitant une surmortalité hospitalière Covid-19 associée à la mise sous tension des services de réanimation.”

Le Conseil rappelle finalement “l’importance d’anticiper” "pour mieux protéger" et éviter d'arriver à une nouvelle situation critique, qui “doit absolument être évitée”.

Cette anticipation repose sur le Plan de Prévention et de Protection renforcée. En sept volets, ce plan permet de préparer des mesures que les autorités pourront activer graduellement ou massivement selon les caractéristiques de l’épidémie dans les prochaines semaines. Ces mesures doivent être "élaborées dès maintenant", "avec les acteurs notamment territoriaux", pour pouvoir les "activer le plus rapidement possible" "lorsque cela sera nécessaire", insiste l'avis du Conseil scientifique.

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