Violences policières : manifestations massives contre le racisme à travers la planète

De nombreux manifestants se sont rassemblés pour dénoncer les violences policières et les inégalités raciales, à Watford (Royaume-Uni), le 6 juin 2020.
De nombreux manifestants se sont rassemblés pour dénoncer les violences policières et les inégalités raciales, à Watford (Royaume-Uni), le 6 juin 2020. © Paul Childs, Reuters

Des manifestations ont eu lieu, samedi, dans plusieurs villes du monde, afin de dénoncer les violences policières et inégalités raciales, dix jours après la mort de George Floyd aux États-Unis.

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Sydney, Londres, Montréal, Paris... Bravant la pandémie de Covid-19, des milliers de manifestants indignés se sont rassemblés, samedi 6 juin, à travers la planète, afin de dénoncer les inégalités raciales et les brutalités policières ayant conduit à la mort de George Floyd, aux États-Unis.

De multiples rassemblements sont prévus durant le week-end en hommage à ce Noir américain dont la mort a provoqué un mouvement de protestation historique ayant débordé des frontières de son pays et ravivé les aspirations à un véritable changement.

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À Washington, l'une des plus grandes manifestations jamais organisées

Épicentre de la colère, nourrie par de nouveaux exemples de brutalités policières, les États-Unis s'attendaient aussi à des rassemblements massifs samedi, lors d'une journée qui sera également marquée par une nouvelle cérémonie à la mémoire de George Floyd.

Washington, Philadelphie, New York... Des milliers d'Américains ont manifesté sous un soleil de plomb, s'arrêtant parfois pour poser un genou à terre. Une foule dense se massait dans la capitale fédérale américaine, dans les rues menant à la Maison Blanche mais aussi aux abords du Capitole et du mémorial de Lincoln.

C'est devant cet imposant monument que le pasteur d'Atlanta Martin Luther King avait, le 28 août 1963, face à près de 250 000 personnes, lancé "I have a dream" dans un discours devenu une référence de la lutte des droits civiques.

"Nous sommes de retour ici, avec un nouveau message d'espoir", a confié à l'AFP Deniece Laurent-Mantey, Afro-Américaine de 31 ans.

Contrairement à ce mouvement emblématique des années 60, ou aux autres rassemblements que la capitale à l'habitude d'accueillir, les manifestations de samedi n'étaient pas centrées sur un événement ou une allocution.

Au total, plus d'une dizaine de collectifs, dont plusieurs se sont formés spontanément sur les réseaux sociaux après la mort de George Floyd, ont appelé à envahir les rues de la capitale.

Sur l'imposant grillage dressé devant la résidence de Donald Trump ont été affichées les portraits de George Floyd, Michael Brown, Trayvon Martin, Breonna Taylor, des Afro-Américains tous morts aux mains de la police américaine ces dernières années.

Depuis la Maison Blanche, où il passe le weekend, Donald Trump a poursuivi son intense activité sur Twitter sans évoquer les manifestations.

Rassemblements interdits à Paris

À Paris, deux appels à manifester, samedi, contre les violences policières, pour "amplifier le mouvement international de solidarité contre l'impunité des forces de l'ordre", ont été interdits en raison de la crise sanitaire.

En dépit de cette interdiction préfectorale, quelque 5 500 personnes se sont rassemblées, samedi après-midi, près de l'ambassade américaine à Paris, puis devant la Tour Eiffel, en hommage à George Floyd et pour dénoncer les violences policières en France.

Objets de polémiques récurrentes ces dernières années, les accusations de violences policières couplées à celles de racisme ont rebondi dans le sillage de l'indignation mondiale suscitée par la mort de George Floyd.

Des familles de victimes de violences policières réunies en collectif ont invité à "se promener sur le Champ-de-Mars, dans le respect des gestes barrières, pour y prendre une photo devant la Tour Eiffel" avec les hashtags #LaissezNousRespirer, #JusticePourToutesLesVictimes et #PasDeJusticePasDePaix.

Ces appels à manifester "ont été lancés sur les réseaux sociaux (...) sans aucune déclaration préalable auprès de la préfecture de police", a indiqué le préfet de Paris dans un communiqué, rappelant que l'état d'urgence sanitaire prévalant actuellement en France proscrit tout rassemblement de plus de dix personnes dans l'espace public.

Au total, 23 300 personnes ont manifesté en France samedi, selon des chiffres du ministère de l'Intérieur. 

Mardi déjà, une manifestation interdite avait rassemblé à Paris au moins 20 000 personnes à l'appel du comité de soutien à la famille d'Adama Traoré, un jeune homme noir mort en 2016 après son interpellation par des gendarmes à Beaumont-sur-Oise (Vald-d'Oise).

Des appels à rassemblement ont également été lancés dans d'autres villes de France.

En Australie, taux d'emprisonnement élevé chez les aborigènes

L'Australie a été la première à ouvrir le bal de l'indignation mondiale, samedi. Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à travers le pays, brandissant des banderoles "Je ne peux plus respirer", en référence à la phrase prononcée par George Floyd, dont le cou a été obstrué pendant près de neuf minutes par le genou d'un policier blanc qui l'avait arrêté pour un délit mineur.

Nullement refroidis par l'appel du gouvernement à rester chez soi en raison de la crise sanitaire, les organisateurs australiens affirment que cette affaire trouve de nombreux échos dans leur pays.

Ceux-ci ont expliqué vouloir dénoncer le taux d'emprisonnement très élevé parmi les Aborigènes, et les morts - plus de 400 ces trente dernières années - de membres de cette communauté alors qu'ils étaient détenus par la police.

À Sydney, le défilé a été autorisé quelques minutes avant qu'il débute, par une décision de justice revenant sur une précédente interdiction. "Le fait qu'ils aient essayé de nous empêcher de défiler, cela donne encore plus envie aux gens de le faire", a estimé Jumikah Donovan, parmi la foule.

Au Royaume-Uni, colère envers le "racisme camouflé"

À Londres (Royaume-Uni), un rassemblement était prévu à la mi-journée devant le Parlement, puis face à l'ambassade des États-Unis dimanche, alors que le gouvernement a demandé aux Britanniques de s'abstenir de manifester.

"Je comprends pourquoi les gens sont profondément bouleversés mais nous affrontons toujours une crise sanitaire et le coronavirus reste une menace réelle", a plaidé, vendredi, le ministre de la Santé, Matt Hancock. "Donc s'il vous plaît, pour la sécurité de vos proches, ne participez pas à de grands rassemblements, dont des manifestations, de plus de six personnes", limite fixée pour les regroupements à l'extérieur pendant le confinement.

Plusieurs rassemblements ont été organisés dans la capitale britannique depuis une semaine, parfois marqués par des incidents avec la police. Des incidents qui ont fait resurgir la colère des personnes de couleur envers le "racisme camouflé" et les "abus" policiers sévissant, selon elles, dans leur pays.

Tunisie, Belgique, Allemagne

Un rassemblement a également eu lieu à Tunis où environ 200 personnes ont réclamé "la justice" et de pouvoir "respirer" face au racisme, qui "étouffe". 

"Ce fléau existe aussi en Tunisie", a indiqué une responsable de l'association tunisienne de soutien des minorités, alors que des migrants de l'Afrique subsaharienne affirment souvent être victimes d'agressions verbales et physiques dans le pays. 

À Liège, dans l'est de la Belgique, 700 personnes ont bravé l'interdiction et participé à une marche contre le racisme, selon la police. 

En Allemagne, les joueurs du Bayern Munich, le leader du championnat, ont également montré leur solidarité en s'échauffant samedi avec un t-shirt portant l'inscription "Carton rouge contre le racisme - BlackLiveMatters", avant le match de Bundesliga contre Leverkusen.

Avec AFP

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