Manifestations massives contre le racisme dans le monde, des heurts dans certaines villes

Des manifestants lèvent le poing dans la ville de Nice, sur la Côte d'Azur, le 6 juin 2020, lors d'une manifestation anti-raciste "Black Lives Matter".
Des manifestants lèvent le poing dans la ville de Nice, sur la Côte d'Azur, le 6 juin 2020, lors d'une manifestation anti-raciste "Black Lives Matter". © Valery Hache, AFP

Des manifestations ont eu lieu, samedi et dimanche, dans plusieurs villes du monde, pour dénoncer les violences policières et les inégalités raciales, dix jours après la mort de George Floyd aux États-Unis. Des heurts ont également eu lieu dans plusieurs villes.

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Du Royaume-Uni à l'Australie, en passant par la France et la Tunisie, les manifestants ont bravé les appels des autorités à rester chez soi en raison de la crise sanitaire pour battre le pavé, samedi 6 et dimanche 7 juin. Ils ont exprimé leur ras-le-bol du racisme et des brutalités policières après la mort du Noir américain George Floyd, asphyxié sous le genou d'un policier blanc. 

Dimanche, à Rome, une manifestation imprévue a réuni sur la vaste Piazza del Popolo des milliers de jeunes qui se sont agenouillés en silence, le poing levé. Cet hommage a duré près de neuf minutes, représentant le laps de temps pendant lequel un policier a appuyé son genou sur le cou de George Floyd.

En se relevant, ces jeunes ont crié :  "Je ne peux pas respirer". La veille, à Turin, dans le nord du pays, de jeunes manifestants avaient également observé plus de huit minutes de silence.

Depuis dimanche, l'Espagne voisine est elle aussi touchée par la vague de protestation. Des milliers de personnes se sont rassemblés à la mi-journée devant l'ambassade américaine à Madrid. Noirs et Blancs, ils ont dénoncé dimanche la mort de George Floyd en répétant ses derniers mots "Je ne peux pas respirer", et en scandant "Pas de paix sans justice", ou "Vous, les racistes, êtes les terroristes".

Le symbole du genou à terre

Les manifestants madrilènes ont mis un genou à terre en levant le poing, un geste initié par le joueur de football américain Colin Kaepernick en 2016 dans un stade pendant que résonnait l'hymne national des États-Unis. Ils ont ensuite marché pacifiquement jusqu'à l'emblématique Puerta del Sol, au cœur de la capitale.

À Barcelone, dans le nord de l'Espagne, des centaines de manifestants ont rempli la place Sant Jaume, où siège le gouvernement régional de Catalogne. Masqués et maintenant leurs distances, ils brandissaient des pancartes en anglais pour dénoncer le racisme en Espagne et en Europe. 

D'autres manifestations ont eu lieu dans la journée à Bruxelles, Maastricht, Lausanne, Glasgow ou encore à Londres et à Bristol. 

Dans la capitale belge dimanche, près de 10 000 manifestants d'après la police, ont exprimé leur colère devant le palais de justice. "Le meurtre de George Floyd a visiblement réveillé beaucoup de gens", a souligné Ange Kaze, porte-parole du Belgian Network for Black Lives. La police est intervenue après la manifestation pour disperser des casseurs.   

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Samedi, une manifestation pacifique de milliers de personnes s'est terminée par des échauffourées aux abords de Downing Street, dans le centre de Londres. Des projectiles comme des bouteilles ont été lancés sur la police qui a chargé à cheval pour tenter de disperser les manifestants.

"Le Royaume-Uni n'est pas innocent"

Rassemblés auparavant près du Parlement non loin, des milliers de personnes, le visage souvent recouvert d'un masque, mais sans forcément respecter les règles de distanciation, avaient brandi des pancartes reprenant le slogan "Black Lives Matter" (La vie des Noirs compte). 

"Le Royaume-Uni n'est pas innocent", ont dénoncé les manifestants, tambours battants. Ils ont aussi observé une minute de silence, agenouillés et poings levés, avant de se diriger pour certains vers l'ambassade des États-Unis, salués par les klaxons des automobilistes. 

Comme dans la capitale britannique, ils étaient des milliers à Manchester (Nord-Ouest) pour "en finir avec le racisme", une autre "pandémie".  

Inspiré par le tragique événement, le célèbre street-artiste Banksy a dévoilé sur Instagram une nouvelle œuvre, où l'on voit une bougie veillant à côté d'une photo d'une personne noire mettre le feu au drapeau américain. "Les personnes de couleur sont abandonnées par le système. Le système blanc", déplore-t-il. 

En France, le souvenir d'Adama Traoré

En Australie, premier pays à ouvrir le bal international de l'indignation samedi, des milliers de personnes ont manifesté à travers le pays, brandissant des banderoles "Je ne peux pas respirer". Pour les organisateurs, cette affaire trouve de nombreux échos dans leur pays : ils souhaitaient dénoncer aussi le taux d'emprisonnement très élevé parmi les Aborigènes, et les morts — plus de 400 ces trente dernières années — de membres de cette communauté, alors qu'ils étaient détenus par la police. 

En France, où le drame américain a ravivé le souvenir d'Adama Traoré, un jeune homme noir mort en 2016 après une interpellation par des gendarmes, des actions qui ont rassemblé au total plus de 23 000 personnes selon la police ont été organisées dans plusieurs villes pour dénoncer le "racisme" et "l'impunité" qui règneraient au sein des forces de l'ordre.  

À Metz, la fin de la manifestation a été marquée par des incidents et le procureur de cette ville de l'Est a été légèrement blessé.  

À Paris, malgré l'interdiction des autorités, plusieurs milliers de personnes ont réclamé "Justice pour tous" près de l'ambassade américaine, dont elles ont été tenues à l'écart par les forces de l'ordre déployées en masse. 

Les joueurs du Bayern Munich mobilisés 

En Allemagne, plusieurs dizaines de milliers de manifestants ont défilé, samedi, dans l'après-midi partout dans le pays. Les joueurs du Bayern Munich, le leader du championnat, ont également témoigné leur solidarité en s'échauffant samedi avec un t-shirt portant l'inscription "Carton rouge contre le racisme - BlackLiveMatters", avant le match de Bundesliga contre Leverkusen. 

Le mouvement s'est étendu jusqu'à Tunis où environ 200 personnes ont réclamé, samedi, de pouvoir "respirer" face au racisme, qui "étouffe" dans ce pays où des migrants de l'Afrique subsaharienne affirment souvent être victimes d'agressions verbales et physiques.

À Varsovie, un millier de personnes, souvent jeunes et vêtues de noir, ont été rejointes par le candidat de la gauche à la présidentielle polonaise, Robert Biedron, le visage masqué. 

Au Canada, plusieurs milliers de personnes ont manifesté à Toronto, pour la seconde journée consécutive. Des manifestations ont aussi eu lieu dans d'autres villes canadiennes, dont Saint-Jean de Terre Neuve. Une manifestation de grande ampleur également a eu lieu dimanche à Montréal.  

 Avec AFP

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