Paris Normandie: deux repreneurs potentiels belges mais 60 postes menacés

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Rouen (AFP)

Deux groupes belges présentent mardi devant la justice des offres concurrentes de rachat du quotidien Paris-Normandie: l'une a le soutien des salariés, l'autre l'appui financier de l'actuel propriétaire du titre. Les deux prévoient de supprimer environ 60 postes.

"Les salariés sont forcément inquiets. Quelle que soit l'offre de reprise, il y a une soixantaine de suppressions de postes. C'est douloureux surtout que depuis 2012, c'est la troisième fois qu'on se retrouve au tribunal de commerce avec pas mal de suppressions d'emplois", a expliqué à l'AFP Anne Bouchet délégué SNJ.

La journaliste manifestait parmi 70 à 80 autres salariés de son syndicat et de la CGT devant le tribunal de commerce de Rouen, a constaté une journaliste de l'AFP. Le quotidien et sa régie publicitaire emploient 240 personnes en CDI.

"Dans leur grande majorité, les salariés ont décidé de soutenir l'offre de La Voix du Nord (groupe belge Rossel ndlr), qui vraiment est la plus sérieuse et la plus pérenne. C'est la conclusion de l'expert comptable que nous avons missionné", a ajouté Mme Bouchet. Un point de vue partagé par la CGT.

L'autre proposition de rachat émane de NP Holding, détenue à 51% par un autre groupe belge, IPM, et à 49% par Fininco, holding de Jean-Louis Louvel, propriétaire à 90% du seul quotidien de l'ex-Haute Normandie. L'entrepreneur, candidat soutenu par LREM au premier tour des municipales à Rouen, a renoncé au second tour.

- "comptes asséchés" ? -

"Louvel, licencieur sans scrupule! Après s'être largement servi dans les caisses de l'entreprise, au moins 400.000 euros, Jean-Louis Louvel (...) a décidé de planter Paris Normandie", pouvait-on lire sur un tract collé par un syndicaliste CGT sur la porte du tribunal.

Samedi les représentants des salariés avaient, dans un communiqué commun, accusé M. Louvel d'avoir "asséché les comptes du journal (...) en reprenant au dernier moment une partie de l'avance sur trésorerie réalisée par sa société Fininco et les loyers du siège".

Selon le PDG d'IPM François Le Hodey, interrogé par l'AFP, M. Louvel a au contraire "investi beaucoup d’argent pour redresser le titre. Cet argent, il l’a perdu dans la procédure de liquidation qui fait suite à la crise Covid-19".

Le tribunal a commencé à entendre à huis clos les salariés peu après 14H30 puis vers 16H15 François Le Hodey. Le directeur général de Rossel Bernard Marchant devait leur succéder.

De source proche du groupe, Rossel, qui affiche un chiffre d'affaires de 505 millions d'euros, apporte trois millions d'euros en capital et promet un investissement de 2,8 millions d'euros sur trois ans.

De son côté NP Holding affiche un apport en capital de deux millions d'euros. Selon une source proche d'IPM, NP investirait en outre 1,5 million sur deux ans. Le groupe IPM affiche un chiffre d'affaires de 130 à 140 millions d'euros dont 30 à 40 dans la presse.

Rossel reprendrait 85 des 96 journalistes, NP holding 84.

Sur le plan rédactionnel, Rossel conserverait les 10 agences du journal, quand NP en supprimerait sept, selon des sources concordantes.

Selon la CGT l'accompagnement des futurs licenciés est nettement meilleur dans l'offre Rossel.

De longue date lourdement endetté, Paris-Normandie a été liquidé le 21 avril, ce qui a annulé sa dette alors de 7 millions d'euros. Selon la direction, le journal était alors en cours de redressement mais a été "plaqué au sol" par la crise sanitaire.

Le journal compte 22.500 abonnés papier et 1.500 abonnés web. En 2019, il diffusait à environ 41.280 exemplaires, soit 6,9% de moins qu'en 2018, selon l'Acpm, organisme de certification de l'audience de la presse. Une baisse supérieure à la moyenne de la presse régionale.

Principal bailleur de fond du Rouen Normandie Rugby, Jean-Louis Louvel avait acheté Paris-Normandie en 2017 au journaliste Xavier Ellie, à qui le groupe Hersant l'avait cédé en 2012.