Violences policières : des syndicats de police "dubitatifs" face aux annonces de Castaner

Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, en visite dans un commissariat de Mulhouse, le 18 février 2020.
Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, en visite dans un commissariat de Mulhouse, le 18 février 2020. © AFP

L'abandon de la méthode d'interpellation policière controversée "dite de l'étranglement" suscite l'indignation de plusieurs syndicats de police français. Ils dénoncent un décalage avec "la réalité du terrain" et redoutent le recours accru au "combat de rue" et au taser. 

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Tolérance zéro, contrôles renforcés et interdiction de la méthode d'interpellation dite "de l'étranglement"... Après plusieurs manifestations contre le racisme et les violences policières en France, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a annoncé, lundi 8 juin, des mesures pour améliorer la déontologie des forces de l'ordre.

Ces annonces, notamment l'interdiction de la "technique d'étranglement", ont laissé "dubitatifs" les syndicats de police. C'est "la seule technique qui permette de maîtriser un individu dont le poids est supérieur", selon Frédéric Lagache du syndicat Alliance, qui craint en être "réduit au combat de rue ou à l'utilisation du taser".

Christophe Castaner a prévenu, lundi, que cette méthode "ne serait plus enseignée dans les écoles de police et de gendarmerie. C'est une méthode qui comportait des dangers". "Par ailleurs, si un policier ou un gendarme doit maintenir quelqu'un au sol lors de son interpellation, il sera désormais interdit de s'appuyer sur sa nuque ou son cou", a ajouté Christophe Castaner. "Le principe que lorsque vous interpellez une personne au sol, elle doit le rester le moins longtemps, reste en vigueur", a-t-il averti. 

Yves Lefebvre du syndicat Unité-SGP-Police a "l'impression qu'on se sert [des policiers] comme une variable face à l'opinion publique".

"Il y a les annonces politiques et la réalité du terrain. On dirait que l'on vit dans un monde de bisounours où tout le monde est gentil sauf les policiers qui sont méchants", raille son homologue de l'Unsa-Police Philippe Capon.

Castaner attaqué par LR et Marine Le Pen

Du côté politique, Bruno Retailleau, président des sénateurs Les Républicains (LR), a jugé sur twitter qu'"en inventant le concept de 'soupçon avéré de racisme', Christophe Castaner crée de fait une présomption de culpabilité pour les policiers. C'est une lâcheté sémantique et politique de la part du ministre de l'Intérieur qui devrait défendre ses troupes !".

La présidente du Rassemblement national Marine Le Pen a estimé aussi sur Twitter que "policiers et gendarmes pourraient être suspendus sur la base du 'soupçon' de 'racisme' : Castaner les met à la merci des pires diffamations. C'est l'ère du soupçon et la présomption de culpabilité pour nos forces de l'ordre ! Ceci n'a plus rien à voir avec la loi !".

"Marine Le Pen raconte comme d'habitude n'importe quoi", a répondu sur BFMTV le secrétaire d'État à l'Intérieur Laurent Nunez. "Quand on décide d'appliquer une suspension administrative, il y a une procédure (...). La suspension est décidée sur des faits précis, il n'y a pas une suspicion", a-t-il assuré.

Depuis le début du mouvement des "gilets jaunes" en novembre 2018 et son cortège de manifestants blessés, les violences policières sont une épine dans le pied du gouvernement, qui refuse systématiquement d'utiliser ce terme. Et la mort de George Floyd aux États-Unis a remis cette question brûlante au cœur du débat en France.

Avec AFP

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