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Burundi : après la mort du président Nkurunziza, les Burundais entre stupeur et inquiétude

Un registre de condoléances a été installé au palais présidentiel à Bujumbura, après le décès soudain du président burundais Pierre Nkurunziza, le 8 juin 2020.
Un registre de condoléances a été installé au palais présidentiel à Bujumbura, après le décès soudain du président burundais Pierre Nkurunziza, le 8 juin 2020. © Evrard Ngendakumana, Reuters

Sous le choc, mercredi, après la mort soudaine de leur président, Pierre Nkurunziza, les Burundais se demandent ce que leur réserve l'avenir, dans ce pays marqué par des crises politiques meurtrières et une longue guerre civile.

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Les drapeaux ont été descendus à mi-mât, mercredi 10 juin, dans la capitale économique du Burundi, Bujumbura, tandis que les 11 millions d'habitants entamaient un deuil national d'une semaine en mémoire de leur président, Pierre Nkurunziza, décédé lundi d'un "arrêt cardiaque", selon le gouvernement.

Sous le choc après la mort soudaine du président, au pouvoir depuis 15 ans, les Burundais se demandent ce que l'avenir réserve à leur pays, marqué par des crises politiques meurtrières et une longue guerre civile.

Pays meurtri par la crise politique

L'épouse de Pierre Nkurunziza, Denise Bucumi, a regagné Bujumbura mardi soir depuis Nairobi, où elle était hospitalisée depuis fin mai, a indiqué à l'AFP une source à la présidence burundaise sous couvert d'anonymat. De source médicale, la Première dame y était soignée pour le Covid-19.

Grand sportif et chrétien évangélique "born again" qui considérait son pouvoir d'essence divine, Pierre Nkurunziza laisse derrière lui un pays profondément meurtri par une crise politique qui a fait plus de 1 200 morts et conduit 400 000 Burundais à l'exil, et une population appauvrie.

En avril 2015, sa candidature à un troisième mandat très controversé avait provoqué un vaste mouvement de contestation populaire réprimé dans le sang par les forces de sécurité, plongeant son pays dans une crise majeure et contraignant à l'exil de nombreux opposants, activistes des droits de l'homme et journalistes indépendants.

Rumeurs sur la cause réelle du décès

Pierre Nkurunziza devait achever son mandat le 20 août et passer le témoin au général Évariste Ndayishimiye, son dauphin désigné par le parti au pouvoir CNDD-FDD et vainqueur proclamé de la présidentielle du 20 mai, en dépit des accusations de fraudes massives de son principal rival.

Les membres du parti étaient, mercredi, encore sous le choc de la nouvelle de la disparition de celui qui fut élevé en février au rang de "Guide suprême du patriotisme" et qui devait rester très influent au sein du parti.

"Je ne peux pas comprendre comment on nous dit que notre président, qui était (...) bien portant samedi, est mort comme ça en deux jours", a réagi Gérard, un militant du parti interrogé à Ngozi (nord), la province natale du défunt président.

Cette incompréhension se retrouvent également sur les réseaux sociaux où les rumeurs sur la cause réelle du décès fleurissent. Certains internautes se demandent si leur président n'a pas été empoisonné, d'autres s'il n'a pas été emporté par le Covid-19.

Le président Nkurunziza et son épouse ont, à de nombreuses reprises, minimisé la gravité de la pandémie de coronavirus au Burundi, et les élections générales se sont tenues malgré cela. Pierre Nkurunziza avait notamment régulièrement expliqué que Dieu protégeait le pays et sa population du virus.

Assurer l'intérim

Pour l'heure, le gouvernement ne s'est pas encore prononcé sur la transition du pouvoir.

Selon le professeur et politologue burundais Julien Nimubona, interrogé par l'AFP, il revient au président de l'Assemblée nationale, Pascal Nyabenda, d'assurer l'intérim jusqu'à la prestation de serment du nouveau président élu prévue le 20 août.

Pascal Nyabenda aurait été le premier choix de Pierre Nkurunziza pour lui succéder. Mais le groupe de généraux issus de la rébellion pendant la guerre civile (qui a fait 300 000 morts entre 1993 et 2006), et qui partageait avec le chef de l'État défunt la réalité du pouvoir au Burundi aurait eu gain de cause en imposant l'homme de son choix, Évariste Ndayishimiye.

"Je ne vais pas le pleurer après tout ce qu'il nous a fait (...) Les exécutions extrajudiciaires, les tortures, tout ça, mais je regrette qu'il soit mort avant d'être jugé pour ces crimes", a pour sa part regretté Gertrude, enseignante exilée dans le camp de réfugiés de Mahama, au Rwanda.

Paul Kagame, président du Rwanda voisin avec lequel le régime burundais entretenait des relations exécrables ces dernières années, a présenté ses condoléances au peuple burundais et à la famille de Pierre Nkurunziza.

Les présidents du Kenya, de Tanzanie, de Somalie, d'Afrique du Sud, du Niger et le Premier ministre éthiopien ont, eux aussi, fait part de leur tristesse.

Avec AFP

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