Bordeaux, ancien port négrier, poursuit dans ses rues son travail de mémoire

Bordeaux, second plus grand port négrier en France, a apposé, le 11 mai 2020, des plaques explicatives sur cinq rues au nom de trafiquants d'esclaves.
Bordeaux, second plus grand port négrier en France, a apposé, le 11 mai 2020, des plaques explicatives sur cinq rues au nom de trafiquants d'esclaves. © Nicolas Tucat, AFP

Bordeaux a apposé, jeudi, des plaques explicatives sur cinq rues au nom de trafiquants d'esclaves, un effort de mémoire salué par des militants antiracisme même si, en plein mouvement Black Lives Matter, certains voudraient aller plus loin. 

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Alors que des statues de marchand d'esclaves ou d'anciens colons sont déboulonnées à Bristol, Boston ou Miami, Bordeaux préfère "la pédagogie mémorielle". Cet ancien port négrier, l'un des plus grands d'Europe, a apposé, le 11 juin, des plaques explicatives sur cinq rues au nom de trafiquants d'esclaves. 

Pour la rue David-Gradis (1665-1751), une plaque explique qu'il a armé dix navires pour la traite des Noirs mais qu'il a aussi acheté un terrain devenu le premier cimetière juif de la ville. "C'est à ce titre et parce que ses descendants furent aussi des notables bordelais que son nom a été donné à cette rue."

"C'est avec la traite d'esclaves qu'est né le racisme", a expliqué Marik Fetouh, adjoint au maire chargé de l'égalité et de la lutte contre la discrimination. "Le racisme est là pour justifier le commerce d'êtres humains et le classement entre êtres supérieurs et inférieurs."

Comme Nantes ou La Rochelle, la capitale girondine a prospéré sur la traite d'esclaves, avec 508 expéditions négrières, mais aussi le négoce lucratif de denrées coloniales produites par les esclaves. De 1672 à 1837, 120 000 à 150 000 esclaves africains ont été déportés vers les Amériques par des armateurs bordelais.

Un effort de mémoire entamé il y a dix ans 

Ces cinq plaques s'inscrivent dans un effort de mémoire entamé il y a une dizaine d'années, après un "parcours mémoriel" au sein de la ville, des salles dédiées à l'esclavage au musée d'Aquitaine ou l'installation d'une statue de Modeste Testas, esclave déportée à Saint-Domingue.

"Les actions que la ville de Bordeaux a mises en place ces dernières années ont été fortes", reconnaît Karfa Diallo, fondateur de Mémoires et partages, une association qui pousse depuis une vingtaine d'années les politiques locaux à affronter cette part d'ombre. 

Karfa Diallo voudrait maintenant que l'initiative concerne une vingtaine de rues, incluant "ceux qui ont vécu de l'esclavage, qui possédaient des plantations coloniales en Amérique".

 "Débaptiser une rue"

Début juin, il avait envoyé une "lettre ouverte" aux candidats aux municipales des anciens ports négriers de Bordeaux, La Rochelle, Le Havre et Marseille, ainsi que de Biarritz, où il dénonce un quartier baptisé La Négresse.

"Il urge de débaptiser, ou tout au moins d'expliquer et de contextualiser, la centaine de rues, places, quartiers et monuments qui en France violent les principes républicains et nourrissent la bête immonde du racisme", écrivait-il.

Mais aujourd'hui, pense-t-il, les récents mouvements antiracistes "exigent qu'un symbole tombe", dit-il en demandant "qu'on débaptise une rue" dans ces villes. Il faut "répondre à l'impatience de cette jeunesse qui nous bouscule", dit-il.

Avec AFP

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