Christophe Castaner impuissant face à la colère de la police

Christophe Castaner, le 10 juin 2020, à l'Elysée.
Christophe Castaner, le 10 juin 2020, à l'Elysée. © Ludovic Marin, pool, AFP
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Christophe Castaner a tenté jeudi de désamorcer la colère des policiers, sans y parvenir. Malgré ses entretiens avec les syndicats de police, les réactions sont virulentes parmi les forces de l'ordre qui se sentent "lâchées" par leur ministre, alors que les manifestations pour dénoncer les violences policières et le racisme dans la police se multiplient en France.  

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Entre la police et "le premier flic de France", le dialogue est rompu. "Les flics de France ne considèrent plus Christophe Castaner comme le supposé premier flic de France. Il nous a lâchés lundi, nous a jetés en pâture lundi. À lui de regravir l'Everest de la confiance", a tonné Yves Lefebvre, secrétaire général de Unité SGP Police, qui a appelé ses collègues "à ne plus interpeller, à ne plus intervenir".

À l'appel du syndicat, des rassemblements ont eu lieu en fin d'après-midi dans plusieurs villes de France, notamment à Saint-Étienne, Bobigny, Toulouse ou encore Lille où sous la pluie, une centaine de policiers vêtus de leur uniforme ont crié "Castaner démission" avant d'entonner La Marseillaise. À chaque fois, les policiers ont symboliquement déposé à terre leurs menottes.

Christophe Castaner a pourtant tenté jeudi de désamorcer la colère des policiers. Il a reçu les syndicats de police, Alliance et Unsa-police, et il doit rencontrer vendredi les officiers et les commissaires. Mais à ce jour, le ministre de l'Intérieur n'est pas parvenu à désamorcer leur colère. 

Alliance a menacé d'actions revendicatives dans les prochains jours. "Un ministre de l'Intérieur doit être derrière ses policiers", a souligné Fabien Vanhemelryck, secrétaire général. "Le ministre est en dehors des clous mais le président de la République l'est tout autant."

"La tolérance zéro" ne passe pas 

Les causes du courroux sont vastes : l'interdiction de recourir à la "clé d'étranglement" comme technique d'interpellation, équivaut, selon les syndicats, à les laisser sans moyen pour arrêter des personnes violentes ; la "tolérance zéro" pour les faits de racisme dans la police est quant à elle vue comme une accusation générale.

La mort de George Floyd aux États-Unis sous le genou d'un policier a ravivé en France les accusations de violences policières et de racisme. Accusations emmenées par le comité Adama Traoré, du nom d'un jeune homme noir décédé en juillet 2016 après son interpellation par des gendarmes. Frappé par la mobilisation de 20 000 personnes, le 2 juin devant le Palais de justice, l'exécutif a tenté de calmer les tensions, et le président Emmanuel Macron a demandé à Christophe Castaner d'agir. Ce qui fut fait lundi.           

"Le sentiment d'une profonde injustice"

Le directeur général de la police nationale (DGPN), Frédéric Veaux, et le préfet de police de Paris, Didier Lallement, ont écrit chacun de leur côté à leurs troupes respectives pour les assurer de leur soutien et de leur confiance. "Dans cette période si particulière où les mises en cause de notre action sont permanentes et de plus en plus agressives, je veux vous dire qu'il ne faut pas douter", a écrit mercredi le préfet de police.

"Face aux confusions et aux amalgames entretenus par une minorité, je partage avec vous le sentiment d'une profonde injustice", a écrit jeudi le DGPN.

Mercredi, les syndicats avaient déjà tiré la sonnette d'alarme auprès de Frédéric Veaux, lui faisant part, qui de "l'écœurement", qui du "sentiment d'abandon" des policiers après les déclarations du ministre.

Avec AFP

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