Les "héros en blouses blanches" déçus par les négociations avec le gouvernement

Le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Veran, et l'animatrice du Comité Ségur national, Nicole Notat, au ministère français de la Santé à Paris, le 26 mai 2020.
Le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Veran, et l'animatrice du Comité Ségur national, Nicole Notat, au ministère français de la Santé à Paris, le 26 mai 2020. © Martin Bureau, AFP

Deux semaines après le début du "Ségur de la santé", des représentants des personnels soignants se disent déçus par les discussions actuelles avec l’exécutif. Il y a pour le moment une grande concertation, certes, mais pas de vraies négociations, selon eux.

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Le Ségur de la santé, censé remanier en profondeur le système de santé français, ne convainc pas pour le moment une partie des acteurs présents aux réunions depuis plus de deux semaines. "Ce sont des réunions de discussions avec des ordres du jour qui ne correspondent pas à ce qu'on pourrait appeler des négociations", explique Christophe Prudhomme, médecin hospitalier et syndicaliste à la CGT, contacté par France 24. "Pour l'instant, le gouvernement ne met rien en face de nos revendications."

Le syndicat Sud Santé Sociaux ne dit pas autre chose, au point d'avoir "claqué la porte"du Ségur de la santé une semaine après son démarrage. "On était dans un cadre complètement différent de celui des négociations et qui ne servait en fait qu'à une opération de communication du gouvernement", estime Christophe Geffré, membre de la commission exécutive fédérale du syndicat, interrogé par France 24.

Le 9 juin, le Collectif inter-hôpitaux (CIH) – qui centralise depuis plusieurs mois les revendications des personnels hospitaliers – s'est aussi interrogé sur l'objectif poursuivi par le Ségur de la santé. Le CIH "s'inquiète" notamment, dans un communiqué, "de l'absence de transparence dans la conduite des travaux et de l'absence d'annonces chiffrées".

Quelle feuille de route ?

Lancée le 25 mai dernier par le Premier ministre, Édouard Philippe, et le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, cette grande concertation a pour "ambition" de "bâtir les fondations d'un système de santé encore plus moderne, plus résilient, plus innovant, plus souple et plus à l'écoute de ses professionnels, des usagers et des territoires".

"Les discussions avancent, et elles avancent à marche forcée puisqu'on s'est fixé moins d'un mois et demi de discussions (les conclusions du Ségur étant attendues pour la mi-juillet, NDLR)", précise-t-on au cabinet du ministère des Solidarités et de la Santé, contacté par France 24. "Aujourd'hui, on en est à un stade où on a recueilli le plus grand nombre de témoignages et de contributions possibles. On avance étape par étape : là on a écouté ce qu'on avait à nous dire, puis viendra un moment où on précisera la feuille de route. L'aboutissement de ce Ségur est prévu dans un mois, et l'objectif c'est de ne rien laisser sous le tapis."

"Il y a un problème de méthode : à l'hôpital, il y a quelque 120 métiers différents, comment remettez-vous à plat 120 grilles salariales en quatre semaines ? Ce n'est pas possible", estime Christophe Prudhomme. Le médecin hospitalier demande "un plan d'urgence" pour l'hôpital public de 15 milliards d'euros, qui inclurait notamment des revalorisations salariales, des augmentations d'effectifs ou encore la remise à plat des budgets des hôpitaux.

En l'état, "cela va rester difficile pour le gouvernement de rester dans des réunions de salons où il n'annonce aucun chiffre", précise le syndicaliste CGT. Au ministère des Solidarités et de la Santé, on "entend les critiques" et on précise : "Avec ce Ségur, on n'est pas face à un produit anesthésiant. Le but, c'est d'aboutir à quelque chose qui fait profondément changer notre système de santé".

Mobilisation nationale et "rendez-vous" à la mi-juillet

L'absence d'annonces chiffrées, pour le moment, laisse "un goût amer" aux participants du Ségur interrogés par France 24. "Ce qu'il se passe actuellement, cela ne fait que décupler l'écœurement et la colère des hospitaliers, qui non seulement ont été sacrifiés, mais aujourd'hui sont épuisés", explique Christophe Geffré.

Les personnels soignants, qui "ne demandent pas une médaille" mais continuent de se mobiliser pour faire valoir leurs revendications, prévoient le 16 juin une journée d'action nationale qu'ils espèrent suivie par la population qui les a applaudis quotidiennement pendant plusieurs semaines. Le CIH, qui refuse le principe des "dons de congés payés aux soignants", a d'ailleurs appelé le 4 juin "les citoyens et usagers de l'hôpital public à poser un jour de RTT" le 16 juin pour soutenir leur mobilisation.

D'autres actions devraient suivre le 30 juin, puis le 14 juillet.

En mars dernier, en plein crise sanitaire de Covid-19, Emmanuel Macron avait exprimé "la reconnaissance de la Nation aux héros en blouses blanches", puis avait annoncé "un plan massif d'investissement et de revalorisation de l'ensemble des carrières" à l'hôpital. Le dénouement de ces promesses présidentielles est attendu à la mi-juillet. "Aujourd'hui la réponse, c'est de continuer les travaux", précise-t-on au ministère des Solidarités et de la Santé. "Et à la conclusion du Ségur, nous serons au rendez-vous."

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