#IWas : des mineurs victimes d’agressions sexuelles témoignent sur Twitter

Sur Twitter, #IWas compile les témoignages de victimes de violences sexuelles, mineurs pour la plupart.
Sur Twitter, #IWas compile les témoignages de victimes de violences sexuelles, mineurs pour la plupart. © Glenn Chapman, AFP

Après #Metoo et #Balancetonporc, la parole se libère à nouveau sur les réseaux sociaux. Avec #IWas, des témoignages affluent sur Twitter pour dénoncer des violences sexuelles sur des mineurs, parfois aussi jeunes que 3 ans, le plus souvent agressés par un membre de leur famille ou de leur cercle le plus proche.

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"#IWas 12. Ils étaient 4, tous des camarades. J'ai demandé de l'aide, mais personne n'est venu. Mon père n'a pas voulu le savoir. 'C'est un truc de filles' et ma mère m'a insultée me disant 'tout garçon veut découvrir le corps d'une fille'. Je pense parfois que c'est de ma faute". Ce témoignage est celui de "Léou", qui se présente sur Twitter comme "young novelist", jeune auteure, et étudiante en lettre.

 

Son message, publié sur le réseau social, fait partie des dizaines de milliers d'autres parus ces derniers jours sous le dénominateur commun : #IWas (J'avais ou j'étais âgé(e) de...). Selon Keyhole, le hashtag est apparu dans plus de 200 000 posts ces 30 derniers jours. Souvent suivi d'un âge, le mot clé lancé aux États-Unis est arrivé en France. Il recense des récits de viols, agressions sexuelles ou harcèlement, subis par des filles et des garçons, alors qu'ils étaient pour la plupart mineurs.

Les réseaux sociaux, lieux de libération de la parole

Depuis l'affaire Weinstein, les réseaux sociaux sont devenus un lieu de libération de la parole pour les victimes de violences sexuelles. Le phénomène #IWas n'est pas sans rappeler la vague des #MeToo et #BalanceTonPorc. Plus récemment, #JesuisUneVictime a émergé en réaction au César du meilleur réalisateur reçu par Roman Polanski, accusé de viol aux États-Unis et en France. Ou encore #UberCestOver, utilisé par des passagères de Uber racontant avoir été agressées par des chauffeurs pendant leur trajet.

Ce qui distingue ce #IWas est la jeunesse des victimes présumées au moment des faits. Les âges et la violence des faits relatés font tourner la tête : "#Iwas4 quand ça a commencé, 14 quand ça s'est terminé", tweete l'une ; "#Iwas11, c'était mon père", tweete une autre. "#Iwas7, quand j'ai essayé d'en parler autour de moi, on m'a traité de pute", poste une troisième. On pourrait en citer des milliers de cet ordre.  

C'est d'ailleurs souvent la force du nombre qui donne la force de témoigner. "Au début je ne voulais pas participer parce que j'avais peur qu'on se moque de moi", explique Léou à France 24."Puis en voyant de plus en plus de personnes participer, j'ai compris qu'il était important de témoigner pour prévenir d'autres personnes, mais aussi pour les inciter à parler et leur dire qu'il ne faut pas avoir honte", ajoute la jeune femme. 

Honte, culpabilité, innocence, difficulté à parler reviennent en effet régulièrement dans les messages. L'anonymat conféré par les réseaux sociaux permet donc à certains de se livrer pour la première fois. @histoirede20 témoigne "pour la première fois en public malgré que ce soit anonyme" (sic). "#Iwas10", écrit-il, avant de faire le récit des viols répétés de son grand frère qui l'a forcé à la sodomie. "Il venait le soir dans ma chambre pour que je lui touche le pénis et lui fasse des bisous dessus", poursuit-il. "J'avais 10 ans, j'étais naïf", se sent obligé de se justifier le garçon.

"C'était mon père et c'était uniquement par sodomie"

D'autres, comme Stella Pasquini, témoignent ouvertement. Cette jeune Corse s'est engouffrée dans le mouvement qui a pris fortement sur son île. "Quand j'ai vu toutes ces filles témoigner en Corse, ça m'a donné envie de le faire aussi", raconte-t-elle à France 24. Et il lui en fallait, du courage et du soutien, pour livrer son récit poignant. 

Dans un thread [récit long sur Twitter], elle fait le récit des viols infligés par son père, alors qu'elle avait entre 4 et 10 ans. "C'était mon propre père et uniquement par sodomie. Il me disait que c'était normal et que tous les papas faisaient ça à leurs filles…j'ai 4 ans… j'y crois et me laisse faire, je me disais que c'était normal et qu'un mauvais moment à passer".

Stella Pasquini raconte avoir réussi à parler à l'âge de 15 ans, quand ses parents se sont séparés, et avoir alors porté plainte contre son père : "Les gendarmes ont trouvé plus de 12 000 photos pédopornographiques". Un "détail qui prouve que ce qu'il m'a fait est vrai", précise la jeune femme, redoutant sans doute que son témoignage ne soit mis en doute. Dans un procès pour viol, c'est souvent parole contre parole pour des faits difficiles à prouver, bien que l'enfant soit désormais entendu, enregistré et filmé afin d'éviter la répétition du récit de faits traumatisants. 

"L'affaire a duré 5 ans", explique la jeune femme qui dit avoir dû confronter son père qui a finalement été condamné en deuxième instance à dix ans de prison. "Le 3 juillet 2019, c'était la fin du procès, la dernière fois que je le verrai surement… La juge lui demande s'il veut dire quelque chose […]. Et tout ce qu'il trouve à dire, c'est : ‘Moi j'ai un honneur, je ne regrette rien'".

Les agresseurs sont à 94 % des proches de la victime

Les faits sont, dans de nombreux messages, imputés à des proches, voire des parents. Des pères souvent, des mères parfois. @JGouilly raconte les attouchements de "celle qui l'a mise au monde" :  "#IWas 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21. Comment je peux dire. La personne qui m'a mise au monde m'a touché plusieurs fois. Devant et derrière. Alors je disais non et arrête à chaque fois. Elle recommençait en disant 'je suis ta mère, c'est moi qui t'ai mise au monde et je peux te toucher'", témoigne cet internaute.

"Toutes les mères ne sont pas bienveillantes malheureusement", réagit l'Association Internationale des victimes de l'inceste (AIVI). Le 5 juin, l'association déplorait que "la plupart des témoignages [soient] des cas d'inceste sur mineur ou de pédocriminalité commise par une personne du cercle familial/amical. Ce n'est pas une surprise pour nous mais chaque nouveau témoignage nous fend le cœur".

Une enquête sur les violences sexuelles réalisée en 2019 par Ipsos pour l'association Mémoire Traumatique et victimologie révèle que les enfants sont les principales victimes des violences sexuelles : 81 % des cas d'agressions commencent avant les 18 ans de la victime, avant 11 ans pour une victime sur deux. Dans 94 % des cas, l'agresseur est un proche ; une fois sur deux, il fait partie de la famille de la victime.

Face à l'afflux de tweets, la secrétaire d'État à l'égalité femmes-hommes, Marlène Schiappa, a salué, le 4 juin, "le courage de toutes celles et ceux qui dénoncent les violences sexuelles subies plus jeunes avec #IWas". Une occasion de rappeler que "les victimes de viols ont désormais trente ans après leur majorité pour porter plainte". En août 2018, le gouvernement a allongé le délai de prescriptions des viols sur mineurs de 20 à 30 ans. Une évolution insuffisante pour les associations qui réclament leur imprescriptibilité.

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