Hostilité aux statistiques ethniques, de la CNCDH au RN

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Paris (AFP)

Faut-il rouvrir le débat sur les statitiques ethniques en France ? La Commission nationale consultative des droits de l'Homme (CNCDH), mais aussi des élus de droite et d'extrême droite, ont dit dimanche leur hostilité à cette suggestion de la porte-parole du gouvernement.

La porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a suggéré de rouvrir "de manière apaisée et constructive le débat autour des statistiques ethniques" et de "revenir avec force aux outils de lutte contre les discriminations raciales", dans une tribune publiée samedi par Le Monde.

La CNCDH a réaffirmé dimanche son hostilité aux statistiques ethniques, qui ne sont pour elle "pas des outils neutres", estimant que la reconnaissance par l'Etat de catégories ethniques ou raciales risquerait de les "essentialiser".

Rappelant son avis sur les statistiques ethniques de 2012 et son rapport sur la lutte contre le racisme publié en 2019, elle met en garde contre un risque pour l'Etat "d'ethniciser sa perception de la société" et "d'ethniciser en conséquence l'ensemble des rapports sociaux".

Constatant que "les autorités publiques ne parviennent pas en l'état à combattre avec suffisamment d'efficacité les inégalités dont sont victimes certaines catégories de personnes à raison de leur origine", elle estime que l'utilisation d'"outils quantitatifs" devrait respecter des règles très strictes et éviter tout "fichage ethnique".

La France, à l'inverse des pays anglo-saxons, a interdit les politiques ciblées, les quotas ou les statistiques ethniques pour traiter tous les citoyens à égalité.

Dimanche, Agnès Buzyn, candidate LREM à la mairie de Paris, a estimé qu'établir des statistiques ethniques était "plus risqué qu'utile".

"Il faut bien peser les risques et les bénéfices, et si un jour on doit le faire, il faut le faire dans un champ excessivement restreint, avec toutes les garanties nécessaires, mais je pense qu'en pratique, c'est infaisable et à mon avis plus risqué qu'utile", a jugé l'ancienne ministre de la Santé au micro de Radio J.

"Ca oblige à classer les gens et fondamentalement, je ne peux pas imaginer qu'on classe les gens - un humain est un humain - et en fonction d'un critère pseudo-ethnique puisqu'on sait bien à quel point c'est contestable", a déploré Mme Buzyn, qui se dit "viscéralement attachée à l'universalisme".

L'eurodéputé RN Nicolas Bay s'est montré également très critique sur France Inter: "Au Rassemblement national, on a toujours été opposé à l'idée de statistiques ethniques parce que finalement, ça aboutirait à analyser les événements, la sociologie, sous un prisme exclusivement ethnique ou racial, ce qui est quand même assez réducteur et constitue même une régression".

"Je les mets en garde, je pense qu'ils sont très imprudents parce que si on rentre là-dedans, on va faire des statistiques ethniques sur les bénéficiaires d'allocations familiales ou d'allocations sociales. (...) Ca permettra de mettre en évidence un certain nombre de choses, comme le lien évident entre l'immigration et l'insécurité", a-t-il ajouté.

Samedi, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme, Frédéric Potier, a lui estimé sur Europe 1 que les outils existaient déjà pour lutter contre les discriminations.

"Là où les statistiques ethniques existent, elles répondent à une histoire particulière: aux Etats-Unis, c'est l'histoire de la ségrégation", a-t-il dit.

"Dans notre République, le seul endroit où il y a cet indicateur, c'est en Nouvelle-Calédonie, avec une situation très particulière: une colonisation très tardive et des groupes de population qui se sont affrontés", a-t-il expliqué.