Mayotte toujours en proie au Covid-19, les autorités sanitaires pointées du doigt

Des femmes  du village de Mtsamboro, à Mayotte, portent un masque pour limiter la propagation du covid-19, le 30 mai 2020.
Des femmes du village de Mtsamboro, à Mayotte, portent un masque pour limiter la propagation du covid-19, le 30 mai 2020. AFP - ALI AL-DAHER

Alors que la progression du Covid-19 est en net recul en France métropolitaine, Mayotte reste en zone orange, comme l’a annoncé Emmanuel Macron, dimanche soir. Trois mois après l’apparition des premiers cas, l’épidémie y reste virulente et les associations dénoncent une mauvaise gestion des autorités sanitaires. 

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Toute la France passe au vert. Toute sauf la Guyane et Mayotte, seuls départements à être toujours classés en zone orange. L’épidémie y reste très virulente et s'étend de jour en jour, surtout à Mayotte, archipel de l’océan Indien, situé au large du Mozambique et de Madagascar.

Le 12 juin, l'Agence régionale de Santé (ARS) y faisait état de 2 268 personnes contaminées sur 270 000 habitants, 1 790 patients guéris, 39 hospitalisés dont 13 en réanimation, et 28 décès. Toutefois, peu de cas graves ont été enregistrés sur l’île, où plus de la moitié de la population a moins de 18 ans, relativisent les agences de santé publique.

Santé Publique France rappelle néanmoins que "les facteurs de risques identifiés (maladies cardio-vasculaires, diabètes, hypertension, obésité) sont particulièrement prévalents à Mayotte", écrit-elle dans sa dernière étude publiée le 11 juin. Une étude menée par des épidémiologistes estimait notamment en 2019 que 80 % des femmes y étaient obèses ou en surpoids à partir de 30 ans. Un facteur aggravant pour le Covid-19. Sur les 133 premiers patients hospitalisés au début de l’épidémie, 99 présentaient au moins une comorbidité et, 58 % étaient soit en surpoids, soit obèses, précise Santé publique France.

L’épidémie actuelle sous-estimée ?

"Il est probable que l’ampleur de l’épidémie actuelle soit sous-estimée", redoute par ailleurs Santé Publique France. Après une période d’accalmie de deux semaines mi-mai, une recrudescence de cas a été observée ces deux dernières semaines à la "suite des célébrations de l’Aïd et à la réouverture des commerces", note l’agence nationale de Santé.

L’augmentation des chiffres sur l’île s’explique aussi par l’apparition d’un cluster dans le centre pénitentiaire du village de Majicavo-Lamir. Les premiers cas positifs ont été décelés parmi le personnel de la prison, puis parmi les détenus. Au total début juin, 26 membres du personnel étaient positifs sur 142, et 178 parmi les détenus (soit 56 % des prisonniers).

La forte proximité dans ce milieu clos a conduit les autorités à mener une campagne de dépistage massif au sein de la prison, puis à mettre en place des mesures de protection pour casser les chaînes de transmission : isolement des détenus positifs et mise en quarantaine des sujets contacts et des nouveaux détenus. Mais ces mesures de prévention n’ont pas été généralisées dans l’île, au grand dam de l’Union des associations des usagers de santé (Urass).

Confinement impossible

L’Urass estime que la lutte contre l’épidémie de Covid-19 orchestrée par l’ARS est inefficace et elle l'a fait savoir dans un courrier adressé à Dominique Voynet, directrice de l’ARS Mayotte. Elle dénonce notamment une communication mal adaptée à la population, l’insuffisance des tests et des équipements de protection individuelle pour les professionnels de santé ou encore le manque de suivi des malades touchés par le coronavirus.

Dans le contexte de grande précarité de l’île, où 82 % des familles mahoraises vivent sous le seuil de pauvreté et 39 % habitent un logement précaire, sans confort sanitaire ni point d’eau, les mesures de prévention et les gestes barrière sont très difficiles à respecter. D’où l’urgence et la nécessité d’un "testing à grande échelle", estiment les associations.

"Mais y a-t-il suffisamment de tests pour faire face ?", s’inquiète l’Urass. "Envisagez-vous une campagne grand public et spécifique (tenant compte des représentations sociales liées aux maladies) pour inciter la population à se faire dépister ?", interroge-t-elle.

S’adapter aux coutumes locales

Beaucoup d’interrogations sont liées notamment à l’adaptation des mesures sanitaires aux coutumes locales et les associations souhaiteraient que des anthropologues, spécialistes de l’archipel, soient associés à la communication des agences de santé. L’Urass rappelle notamment l'arrivée prochaine de la saison des grands mariages traditionnels mahorais ("Manzaraka"), pour lesquels elle demande un "protocole particulier".

Elle s’inquiète aussi de la manipulation des corps pour les rites mortuaires et enterrements. "En l’absence de dépistage, n’y a-t-il pas un risque de contamination lors de la manipulation des dépouilles ?", demande-t-elle. "Non, le risque n’est pas vraiment là", explique à France 24 un épidémiologiste, bon connaisseur de Mayotte, qui estime que le risque se situe plutôt dans les rassemblements générés à l’occasion des funérailles et dans le refus de certains patients de mourir à l’hôpital pour que les rites funéraires traditionnels soient respectés. 

Pour endiguer l'épidémie et permettre le déconfinement, les spécialistes estiment qu'un suivi de la population — sur le terrain — est indispensable. Santé Publique France préconise, encore et toujours, le port du masque pour limiter la contagion, et la mise en place de "moyens concrets pour prévenir l'émergence de foyers dans des situations propices aux contacts étroits et prolongés". Notamment les mariages et les enterrements.  

 

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