Covid-19 : le marché de Pékin, cas d'école pour un rebond des contaminations

Le marché de Xinfadi à Pékin est le plus grand marché agricole d'Asie
Le marché de Xinfadi à Pékin est le plus grand marché agricole d'Asie REUTERS - Tingshu Wang

Le rebond des contaminations au Covid-19 a été jugé "extrêmement grave" par les autorités de Pékin. Il l’est parce qu’il a pour origine le plus grand marché agricole d’Asie et qu’il touche la capitale chinoise, où le taux d’immunité collective reste très faible.

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C'est l'histoire de deux marchés en Chine. L'un à Wuhan, considéré comme l'épicentre de la pandémie mondiale de Covid-19, et l'autre à Pékin, qui pourrait être à l'origine de la redoutée seconde vague de l'épidémie. Plus d'une centaine de nouveaux cas de contamination en lien avec ce marché ont été constatés depuis une semaine dans la capitale chinoise, a annoncé la mairie, mardi 16 juin. Elle a qualifié ce rebond des infections au Covid-19 "d'extrêmement grave".

Le parallèle avec le marché à Wuhan est tentant. Dans les deux cas, il s'agit de lieux "très fréquentés, où la distanciation sociale est difficile à appliquer, et où règne une certaine humidité à laquelle s'ajoute le recours à des systèmes de réfrigération pour conserver les aliments. C'est le mélange idéal d'un environnement favorable à la survie du coronavirus et de circonstances qui en facilitent la propagation", résume Serge Morand, spécialiste de la transmission des pathogène au CNRS, qui travaille au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, contacté par France 24.

Un marché démésuré se mesure au coronavirus

Mais le gigantisme du marché de Xinfadi, situé dans le sud de Pékin, rend toute comparaison difficile. Il couvre 112 hectares sur lesquels se repartissent 2 000 commerçants sous la supervision de 1 200 employés permanents du site. Tous les jours, environ 1 200 tonnes de poissons, 18 000 tonnes de légumes et 20 000 tonnes de fruits y sont vendues, ce qui en fait le marché agricole le plus important du continent asiatique.

C'est l'une des raisons pour lesquelles les autorités pékinoises considèrent ce foyer de contamination comme très inquiétant. Le coronavirus pouvait difficilement trouver pire endroit pour faire une réapparition en Chine. "Ce marché livre au moins 70 % de tous les légumes utilisés par les commerces de la capitale, ce qui signifie que les responsables sanitaires craignent que le virus n'ait déjà eu le temps de se propager en ville", souligne William Keevil, professeur de santé environnementale à l'université de Southampton, contacté par France 24. En outre, "n'oublions pas que s'il est question d'une centaine de cas confirmés, il faut y ajouter les personnes asymptomatiques qui sont contagieuses et on pu faire sortir le coronavirus", ajoute Serge Morand. 

Ce rebond des contaminations constitue également un développement "particulièrement grave" aux yeux des autorités parce qu'il survient à Pékin, et pas seulement à cause de la densité de population. "Les autorités ont été surprises car la capitale chinoise était l'une des dernières villes chinoises à maintenir des mesures strictes pour contenir la propagation, ce qui démontre la capacité du virus à passer à travers les mailles du filet de sécurité mis en place par la Chine", note Serge Morand.

Pékin protégé mais mal immunisé

La capitale fait en outre partie des villes chinoises où les mesures pour contenir la propagation ont été le plus strictement appliquées. Pékin a aussi "été très rapidement isolée des foyers initiaux de contamination", rappelle Julian Tang, spécialiste des maladies respiratoires à l'université de Leicester, contacté par France 24. Une force au plus fort de la pandémie qui pourrait maintenant se retourner contre ses habitants car "le taux d'immunité collective à la maladie y est très faible comparé à d'autres endroits du pays davantage exposé au virus, ce qui veut dire que le potentiel de propagation est beaucoup plus grand", note l'expert britannique.

D'où l'importance des mesures de confinement prises dans une trentaine de zones résidentielles de la ville et la décision de fermer les sites sportifs et culturels. La mairie a aussi appelé les habitants, mardi 16 juin, à ne pas quitter la ville. Mais le plus urgent "est de savoir si les autorités vont parvenir à rapidement remonter à la source de la contamination, car ils pourront ainsi tracer précisément tous ceux qui ont y été exposés", assure Serge Morand. 

Pékin part cependant avec un avantage sur Wuhan dans cette course contre la montre. "Les autorités savent à quoi ils ont affaire et ils peuvent aussi, si besoin, utiliser les installations [comme des hôpitaux sortis de terre en moins d'une semaine, NDLR] qui avaient été construites en 2003 pour faire face à l'épidémie de Sras", souligne Julian Tang, qui a bon espoir que Pékin arrive à maîtriser ce soudain rebond des contaminations. 

Pékin et au-delà

Pour lui, le principal risque vient plutôt des porteurs du virus, asymptomatiques ou n'ayant que des symptômes bénins, qui ont pu quitter la ville. "C'est la grande inconnue du moment", note-t-il. On ne sait pas s'il y en a, combien ils sont, et surtout où ils vont. "S'ils se rendent dans d'autres grandes villes où des mesures vont rapidement être mises en place pour faire face à ce rebond des contaminations, la situation peut être maîtrisée, mais s'ils se rendent dans des zones rurales beaucoup moins bien surveillées, l'épidémie peut repartir", résume le chercheur de l'université de Leicester. 

Le risque d'exportation du coronavirus hors de Pékin demeure toutefois moins important que lorsqu'il est apparu à Wuhan... pour une simple question de calendrier. "C'était l'époque des fêtes du Nouvel An, et c'est l'une des périodes durant laquelle les Chinois se déplacent le plus, ce qui a fortement contribué à la propagation du virus", rappelle Julian Tang. Rien de tel cette fois-ci, ce qui pourrait limiter le risque de voir une seconde vague déferler sur le pays.

Reste que, contenu ou non, ce rebond des contaminations "est quelque chose qui va inévitablement se répéter à travers le monde dans les six prochains mois", note Julian Tang. Le marché de Xinfadi représente, pour lui, un modèle des foyers de Covid-19 à venir au fur et à mesure que le déconfinement va se concrétiser un peu partout dans le monde. "Ils vont apparaître surtout dans les grandes villes, qui connaissent un taux d'immunité collective faible, dans des lieux très peuplés comme les marchés ou les transports en commun, où la population va peu à peu faire moins attention aux préconisations de distanciation sociale", prédit-il. La seule inconnue, pour lui, est de savoir où précisément le coronavirus va frapper la prochaine fois.

 

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