Le procès d'un néonazi accusé du meurtre d'un élu pro-migrants s'ouvre en Allemagne

Stephan Ernst, proche de la mouvance néonazie, est accusé du meurtre de Walter Lübcke, élu du parti conservateur CDU d'Angela Merkel.
Stephan Ernst, proche de la mouvance néonazie, est accusé du meurtre de Walter Lübcke, élu du parti conservateur CDU d'Angela Merkel. AFP - THOMAS LOHNES

Un néonazi allemand, déjà condamné pour des violences racistes, est jugé à Francfort pour le meurtre de Walter Lübcke, un élu pro-migrants. Il encourt la réclusion à perpétuité. Ce procès ravive le débat sur le racisme et l'antisémitisme qui sévissent toujours en Allemagne.

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Le procès sous haute sécurité de Stephan Ernst, un sympathisant néonazi, meurtrier présumé de Walter Lübcke, un élu favorable à l'accueil des migrants, s'est ouvert, mardi 16 juin, à Francfort. Il y a près d'un an, ce meurtre avait réveillé le spectre du terrorisme d'extrême droite en Allemagne.

L'audience a suscité un vif intérêt du public et des médias qui, pour certains, ont patienté une partie de la nuit devant la Haute Cour régionale de Francfort. C'est en effet la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale qu'une affaire de ce type est jugée en Allemagne.

"Envoyer un signal clair contre la haine et la violence"

Durant la nuit du 2 juin 2019, Walter Lübcke, élu de 65 ans du parti conservateur CDU d'Angela Merkel, fume une cigarette sur la terrasse de sa maison à Cassel, en Hesse, lorsqu'il est tué d'une balle dans la tête tirée quasi à bout portant.

Après deux semaines d'enquête, un suspect, Stephan Ernst, 46 ans, proche de la mouvance néonazie, est interpellé et avoue le crime, avant de se rétracter et d'accuser un complice présumé. Sans convaincre les enquêteurs.

Le parquet fédéral allemand, chargé des affaires les plus sensibles, l'accuse de "meurtre aggravé" et "tentative de meurtre aggravé". Il encourt la réclusion à perpétuité à l'issue d'un procès prévu au moins jusqu'à la fin octobre.

L'épouse et les deux fils de la victime, qui se sont portés parties civiles, ont tenu à assister au procès afin "d'envoyer un signal clair contre la haine et la violence", a expliqué le porte-parole de la famille, Dirk Metz, avant l'ouverture du procès. Leur avocat Holger Matt, s'est dit convaincu qu'il s'agissait d'"un meurtre planifié de sang froid, lâche et perfide, aux motivations les plus basses".  

Un complice présumé                  

Ernst n'est pas seul dans le box des accusés. Son complice présumé, présenté comme Markus Hartmann, se voit reprocher de l'avoir entraîné au tir en forêt, "y compris avec l'arme utilisée" pour le meurtre, sans pour autant être "au courant des plans réels de l'attentat".

Les deux suspects ont également, selon les enquêteurs, assisté ensemble à une réunion publique au cours de laquelle Walter Lübcke avait apporté son soutien à la politique généreuse d'accueil des migrants décidée en 2015 par la chancelière Angela Merkel. L'élu était allé, lors de cette intervention, qui a ulcéré la mouvance d'extrême droite, jusqu'à inviter les opposants à l'arrivée de réfugiés à quitter l'Allemagne.

À partir de cette réunion, Stephan Ernst, accusé aussi d'une tentative de meurtre à l'arme blanche en 2016 d'un demandeur d'asile irakien, a de plus en plus projeté sur Walter Lübcke sa haine xénophobe, estime le parquet. Des investigations sur son matériel informatique ont aussi révélé, selon plusieurs médias, qu'il avait d'autres cibles potentielles en vue : des élus et une synagogue.

L'accusé est connu des autorités de longue date comme un sympathisant néonazi au potentiel violent. Malgré son passé chargé, les services de renseignement avaient cessé ces dernières années de le surveiller.             

Des failles de la police        

L'enquête a révélé une autre erreur de la police, déjà accusée dans le passé de complaisance à l'égard des néonazis : elle n'a pas signalé à l'autorité délivrant des permis de port d'armes que le complice présumé était un membre toujours actif de l'ultra-droite. Cela lui a permis de se procurer pistolets et fusils.

Sous-estimée dans les années 2000 par les autorités malgré les meurtres de huit immigrés turcs, d'un Grec et d'une policière allemande par un groupuscule néonazi, la menace du terrorisme d'extrême droite est perçue aujourd'hui comme un défi crucial pour la sécurité intérieure.

En marge de ce procès, le président fédéral, Frank-Walter Steinmeier, a appelé les Allemands à  s'engager activement contre le racisme. "Ce n'est pas suffisant de ne pas être raciste, nous devons être anti-racistes", a-t-il affirmé.

En octobre 2019, un sympathisant d'extrême droite avait failli commettre un massacre le jour de Yom Kippour, dans une synagogue de Halle, dans l'est du pays. Il a finalement retourné son arme sur une passante et tué un homme dans un snack. En février, un homme a tué neuf personnes d'origine étrangère dans deux bars de Hanau, près de Francfort, puis s'est suicidé.

Avec AFP

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