Ségur de la santé : une avancée pour l'hôpital public ou une opération de communication ?

Olivier Véran quitte le palais de l'Élysée, le 18 septembre 2018.
Olivier Véran quitte le palais de l'Élysée, le 18 septembre 2018. © Ludovic Marin, AFP

Après vingt jours de travaux, où en est le "Ségur de la Santé" destiné à renflouer l'hôpital public ? Si le ministre de la Santé Olivier Véran parle d'avancée, les personnels soignants craignent d'assister "à une vaste opération de communication".

Publicité

Le "Ségur de la Santé", amorcé par le gouvernement fin mai pour remettre sur pied l'hôpital public, serait-il en train d'accoucher d'une souris ? C'est aujourd'hui ce que craignent les professionnels de santé réunis depuis plus de vingt jours à la table du gouvernement. 

La concertation doit aboutir d'ici début juillet à des propositions concrètes. Mais pour l'heure, aucun chiffre n'a été évoqué, notamment pour les hausses de salaires.

Et les soignants veulent se faire entendre dans cette dernière phase de négociations. Une dizaine d'organisations syndicales de personnels soignants se mobilise, mardi 16 juin, dans de nombreuses villes en France, comme Paris, Bordeaux ou Marseille.

"Absence de transparence"

Pour l'instant, nous n'avons que des promesses", déplore sur France 24 Christophe Prudhomme, médecin urgentiste et porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf). Trois revendications ont été listées par les personnels soignants : des effectifs supplémentaires, des augmentations de salaires et l'arrêt des fermetures de lits, de service et d'hôpitaux. "Le gouvernement va devoir apporter du concret pour y répondre", ajoute-t-il.

Au total, 15 milliards d'euros ont été demandés pour rattraper les salaires et commencer les embauches. "C'est l'enveloppe attribuée au secteur de l'aéronautique. Est-ce que la santé est aussi importante ? C'est la question que nous posons à M. Macron et M. Véran", lance le médecin.

04:41

Présent lors des discussions, le Collectif Inter-Hôpitaux a pointé du doigt la méthodologie du Ségur de la Santé qui, selon lui, "pose problème", tout comme "l'absence de transparence". "Des réponses concrètes doivent être apportées maintenant", a-t-il insisté dans un communiqué.

Dans ce contexte, un syndicat, SUD Santé, a décidé de claquer la porte des discussions début juin, dénonçant une "vaste opération de communication". Ce geste n'a pas fait d'émule pour l'instant mais d'autres organisations ont fait planer la menace d'un départ.  

Les personnels soignants craignent d'être "abandonnés de nouveau"

"Il y a une situation de crise qui perdure dans les hôpitaux et le Ségur est une grande foutaise", a déclaré sur BFMTV Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf), lundi 15 juin.

"Les héros en blouse blanche craignent d'être abandonnés à nouveau", s'est pour sa part inquiété le Professeur Christian Perronne, chef du service infectiologie de l'hôpital de Garches.

"Plus de cent consultations"

Interrogé lundi sur LCI, le ministre de la Santé Olivier Véran s'est voulu rassurant. "On travaille, on avance", a-t-il déclaré, en indiquant que "plus de cent consultations au niveau national" avaient été effectuées depuis le début du "Ségur", du nom de la rue où se trouve le ministère.

Le gouvernement a publié ce week-end des décrets entérinant le versement d'une prime exceptionnelle de 1 000 à 1 500 euros pour les salariés des Ehpad, et une majoration de 50 % des heures supplémentaires effectuées à l'hôpital, qui seront payées avant septembre.

Mais les blouses blanches entendent maintenir la pression, comme le montre la manifestation organisée mardi.

Revalorisation des salaires

Les soignants, auquel le gouvernement a prévu de rendre hommage lors du 14 juillet, réclament notamment une "revalorisation générale des salaires", un "plan de recrutement" et "l'arrêt de toutes les fermetures d'établissements, de services et de lits".

"Pas besoin d'un Ségur pour prendre cette décision ! On a énormément de postes vacants, on a besoin d'infirmières !", a insisté Florence Pinsard, du collectif Inter-hôpitaux.

Sur ce point, Olivier Véran a rappelé que "le rendez-vous est fixé" avec les soignants. "D'ici à début juillet, ils auront toutes les réponses aux questions qu'ils posent et aux revendications qu'ils portent légitimement".

"Après 14 mois de mobilisation et une crise sanitaire, un retour à 'l'anormal' est inenvisageable. Pour les usagers, ce n'est plus le temps d'applaudir les soignants mais de soutenir nos revendications", a insisté le Collectif Inter-Hôpitaux.

Avec AFP

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine