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Bourdillon déplore la "croyance" des décideurs dans l'inefficacité des masques

François Bourdillon à l'Assemblée nationale à Paris le 9 juillet 2014
François Bourdillon à l'Assemblée nationale à Paris le 9 juillet 2014 BERTRAND GUAY AFP/Archives
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Paris (AFP)

L'ancien patron de Santé publique France, François Bourdillon a regretté mercredi la "croyance" de nombreux responsables sanitaires dans la "non efficacité des masques" pour le grand public, contraire à l'approche de réduction des risques prônée par l'agence sanitaire.

"Je pense qu'il y avait, dans le processus de décision, toute une série de personnes qui ne croyaient pas réellement à l'utilité des masques en population" générale, a-t-il déclaré devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur la gestion de la crise du coronavirus.

Cela expliquerait que seuls 100 millions de masques chirurgicaux aient été commandés à l'été 2019 pour reconstituer le stock stratégique d'Etat, qui avait chuté de plus de 700 millions à une centaine de millions après la destruction de stocks en mauvais état.

Un rapport de l'infectiologue Jean-Paul Stahl remis à Santé publique France en août 2018 préconisait pourtant de prévoir 1 milliard de masques: une boîte de 50 masques par foyer comprenant une personne malade, soit 20 millions de foyers en cas d'atteinte de 30% de la population.

François Bourdillon, directeur général de Santé publique France depuis sa création en avril 2016 et jusqu'en juin 2019, explique avoir transmis, en septembre 2018, cette préconisation au directeur général de la Santé Jérôme Salomon, soulignant que l'état des stocks "ne permet(tait) pas une protection" du pays en cas d'épidémie.

Ce dernier lui a alors donné instruction de commander 100 millions de masques, ce qui a été fait, après lancement d'un appel d'offres, en juillet 2019: 32 millions ont été livrés courant 2019, le reste étant arrivé en février 2020, alors que l'épidémie de Covid-19 touchait déjà la France.

Le spécialiste de la santé publique a également expliqué avoir demandé au responsable ministériel une "doctrine claire" sur la destination de ces masques.

Si officiellement depuis 2013, hôpitaux et cliniques devaient eux-même déterminer l'opportunité de constituer des stocks de masques pour protéger leur personnel, il n'était pas clair si les stocks stratégiques gérés par Santé publique France devaient couvrir les besoins du grand public ou également ceux des soignants, a-t-il estimé.

"Pas de commandes, pas de masques et pas d'instructions... On a le sentiment d'une gestion un peu à la petite semaine", a résumé le député LR Damien Abad.

Auditionnée ensuite, Geneviève Chêne, qui a pris la direction générale de Santé publique France en novembre 2019, a souligné que lorsque le ministère lui avait demandé de commander 1,1 million de masques FFP2, le 7 février, "il y a à ce moment là moins de 10 cas qui sont confirmés en France, on est encore dans une phase très précoce de l'épidémie en France".

Elle a par ailleurs justifié l'adoption début mars d'un système de surveillance "adapté de celui utilisé pour la grippe", où "on ne compte plus nécessairement tous les cas un par un" et où "il n'est plus nécessaire de diagnostiquer l'ensemble des personnes".

Les deux dirigeants ont par ailleurs défendu la pertinence de la création de l'agence Santé publique France en 2016, issue de la fusion de trois organismes, dont l'Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus), et son état de préparation pour gérer la crise.

François Bourdillon a toutefois reconnu que l'effort budgétaire réalisé au moment du cyclone Irma en 2017 avait "peut-être impacté ce qui était prévu" pour l'achat de masques et de médicaments antiviraux. La réduction de 20% des effectifs opérée en quelques années a aussi pu affecter l'efficacité de l'agence, a-t-il ajouté.

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