Hidalgo, Dati, Buzyn : trois candidates pour Paris, trois stratégies

L'Hôtel de Ville de Paris, le 9 avril 2020.
L'Hôtel de Ville de Paris, le 9 avril 2020. © Thomas Coex, AFP

Elles sont trois à espérer l’emporter à Paris le 28 juin : la maire sortante Anne Hidalgo, l’ancienne ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy, Rachida Dati, et l’ancienne ministre de la Santé d’Emmanuel Macron, Agnès Buzyn. France 24 fait le point.

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Anne Hidalgo, Rachida Dati ou Agnès Buzyn ? Trois candidates pour le fauteuil de maire de la capitale que les Parisiens départageront le 28 juin lors du second tour des élections municipales. Si la maire sortante part favorite, ses deux challengers estiment avoir leur carte à jouer.

Pour ces trois candidates, l'enjeu principal sera d'abord la participation. Lors du premier tour, le 15 mars, qui s'était tenu deux jours avant le début du confinement lié à la pandémie de Covid-19, seulement 44,6 % des Français se sont rendus aux urnes. Et à Paris, le taux de participation a même été légèrement plus faible, à 42,3 %.

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Trois mois après, les électeurs semblent toujours aussi réticents à voter. Selon un sondage Ifop publié lundi, seuls 38 % d'entre eux envisagent d'aller voter dans les 4 827 communes où se tient un second tour. Et 29 % de ceux qui déclarent ne pas vouloir voter expliquent leur choix "uniquement par les risques d'être affectés par le coronavirus". Un grand nombre d'électeurs décident toutefois habituellement de voter ou de s'abstenir dans les derniers jours qui précèdent le scrutin.

En attendant de savoir combien d'électeurs parisiens se déplaceront pour voter le 28 juin, Anne Hidalgo (Parti socialiste), Rachida Dati (Les Républicains) et Agnès Buzyn (La République en marche), qui débattront mercredi de 18 h à 19 h, sur FranceInfo, France 3 Paris Île-de-France et France Bleu Paris, misent chacune sur une stratégie bien distincte.

  • Anne Hidalgo, l'écologie en tête d'affiche

En tête à l'issue du premier tour avec 29,33 % des voix, la maire sortante aborde le second tour en position de favorite, d'autant qu'elle a profité de l'entre-deux-tours pour nouer une alliance avec David Belliard, le candidat d'Europe Écologie-Les Verts, arrivé quatrième le 15 mars avec 10,79 % des suffrages.

Cette alliance attendue – la maire sortante et les Verts dirigeaient déjà ensemble la mairie lors de la mandature précédente – fait d'Anne Hidalgo, seule représentante de la gauche encore en lice, la candidate du social et de l'écologie. Le projet commun des deux candidats, présenté mardi 16 juin, prévoit ainsi la rénovation du logement social, la mise en place du "premier plan local d'urbanisme bioclimatique de France" (la conception bioclimatique permet d'adapter l'architecture d'un projet en fonction des caractéristiques et des particularités du lieu d'implantation) et la création d'une régie municipale Énergie de Paris (sur le modèle Eau de Paris).

Anne Hidalgo propose également la sortie du diesel en 2024, la limitation de la vitesse à 30 km/h dans Paris, la création d'un réseau de pistes cyclables "vélopolitain" pour traverser le Grand Paris à vélo, ou encore la transformation de la moitié des places de stationnement en cinq ans pour agrandir les trottoirs. Autres projets : "piétoniser et végétaliser les abords de 300 écoles" et créer dans chaque arrondissement au moins un centre piéton. Le boulevard périphérique sera également transformé, avec la création d'une voie réservés aux transports partagés (bus, navettes, taxis, covoiturage) et, à terme, d'une piste cyclable.

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Sur le plan économique, la candidate socialiste souhaite "accompagner la relance" après le confinement. La Ville de Paris y consacre une enveloppe de 60 millions d'euros, dont 5 millions pour soutenir "un tourisme à impact positif" (tourisme écologique et compatible avec la lutte contre le réchauffement climatique), 15 millions pour les artistes et acteurs culturels, 6 millions pour aider les start-up, commerces et entreprises culturelles, et 4 millions pour l'économie sociale et solidaire.

  • Rachida Dati, le vote utile comme stratégie

Distancée au premier tour (avec 22,72 % des voix contre 29,33 % pour Anne Hidalgo), Rachida Dati mise sur le vote utile au second tour, en espérant faire le plein de voix chez les opposants de la maire sortante. Pour cela, il lui faut ravir les électeurs lui ayant préféré Agnès Buzyn le 15 mars.

Mathématiquement, le calcul politique est simple : un sondage Ifop-Fiducial crédite, pour le second tour, la maire sortante de 44 % des voix, contre 33 % à Rachida Dati et 20 % à Agnès Buzyn. Cela signifie que plus d'un électeur sur deux compte voter pour une autre candidate qu'Anne Hidalgo, juge la candidate LR. Convaincue que "tout est ouvert", Rachida Dati appelle donc à la mobilisation, avec un site Internet d'aide aux procurations pour que ses électeurs ne se fassent pas "voler" l'élection.

Sa campagne s'adresse d'abord aux électeurs de droite avec un programme qui plaide pour une police municipale armée, une politique tournée vers les familles, proposant notamment la suppression des tarifs les plus élevés dans les cantines et, coronavirus oblige, un plan de relance "pour les entreprises qui risquent de fermer". La maire du 7e arrondissement, qui a par ailleurs reçu le soutien de la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, s'en prend durement à la maire sortante concernant son bilan en matière de propreté ou de sécurité et plaide pour la création de brigades d'intervention de propreté rapide 24 h/24.

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Mais ce sont aussi les électeurs plus centristes d'Agnès Buzyn que convoite la candidate LR, en répétant que "la seule candidature capable de porter une alternance à Paris, c'est celle des listes Dati Pour Paris", et en décochant des piques acerbes à son adversaire. "Je n'ai pas besoin d'un boulet sur mon porte-bagages", a-t-elle notamment taclé la semaine dernière pour expliquer l'absence d'accord avec LREM, qui en a repoussé l'idée.

  • Agnès Buzyn, dans la roue du gouvernement

Avec 17,26 % des voix au premier tour, Agnès Buzyn est arrivée largement distancée par ses concurrentes Anne Hidalgo et Rachida Dati. Elle avait quitté le ministère de la Santé en février en pleine crise mondiale du Covid-19 pour remplacer Benjamin Griveaux comme candidate à Paris. Puis elle avait disparu des radars durant de longues semaines après le premier tour des municipales après avoir qualifié la campagne électorale de "mascarade" en raison de la crise sanitaire qui sévissait. Mais Agnès Buzyn est finalement revenue dans la lumière, fin mai, en confirmant son maintien comme candidate de La République en marche à Paris.

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Même si la presse a révélé des SMS de la secrétaire d'État à l'Égalité femmes-hommes, Marlène Schiappa, jugeant sa victoire impossible,  la candidate LREM affirme qu'elle y va "pour gagner". "Installer l'idée qu'on est troisième, c'est faux", martèle notamment son entourage, en soulignant qu'"il y a deux arrondissements où on est en tête (le 5e et le 9e), sept où on est deuxième".

Pour l'emporter, Agnès Buzyn mise sur une adhésion des Parisiens à l'action du gouvernement, avec une vaste campagne de courrier visant un foyer sur deux. "Anne Hidalgo et Rachida Dati critiquent systématiquement l'action du gouvernement. Tous les Parisiens qui pensent que dans la majorité il y a aujourd'hui une action pour protéger notre économie et les personnes vulnérables doivent se mobiliser pour les listes d'Agnès Buzyn", a ainsi affirmé, mardi 16 juin, lors d'un point presse son porte-parole Pierre-Yves Bournazel.

Agnès Buzyn met également en avant son plan de relance économique pour la capitale, où la crise de l'après-coronavirus s'annonce "très dure" selon elle. Ce plan, qu'elle compte mettre en œuvre le 1er juillet, sera doté de 400 millions d'euros, dont 170 millions pour un fonds de solidarité confié aux maires d'arrondissement. "Il s'agit d'aider les commerçants, artisans et restaurateurs à survivre, notamment grâce à une exonération de toutes taxes la première année, voire l'an prochain si la crise persiste", a-t-elle promis dans un entretien paru dans Le Journal du Dimanche. La candidate du parti présidentiel souhaite également expérimenter pendant un an une libéralisation des horaires d'ouverture dans tout Paris, le soir et le week-end, pour étaler les heures d'affluence pour les consommateurs, ainsi que les heures de pointe dans les transports en commun.

Avec AFP et Reuters

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