Pédocriminalité dans l'Église : au moins 3 000 victimes et 1 500 agresseurs en France

Des évêques quittent la Basilique Notre-Dame du Rosaire après une messe lors de la Conférence des évêques de France, le 4 novembre 2016, à Lourdes.
Des évêques quittent la Basilique Notre-Dame du Rosaire après une messe lors de la Conférence des évêques de France, le 4 novembre 2016, à Lourdes. Regis Duvignau, Reuters

Le président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église catholique a estimé, mercredi, à au moins "3 000" le nombre de victimes en France depuis 1950.

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Au moins 3 000 victimes et 1 500 agresseurs : une première évaluation de l'ampleur de la pédocriminalité dans l'Église en France depuis 1950 a été dévoilée, mercredi 17 juin, par la commission Sauvé, qui doit poursuivre ses travaux jusqu'à l'automne 2021.

"C'est la première fois" qu'une telle estimation est faite en France, a déclaré à l'AFP Jean-Marc Sauvé, le président de cette commission, après avoir communiqué ces estimations lors d'une visioconférence.

À l'unisson des associations, il s'est toutefois dit "intimement persuadé qu'il y avait beaucoup plus de victimes", évoquant "plusieurs milliers".

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Ces chiffres provisoires proviennent d'une première remontée d'enquêtes menées auprès des archives de diocèses et de congrégations religieuses par la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (Ciase), mise en place en 2018 par l'épiscopat après plusieurs scandales.

Dans le même temps, la plateforme téléphonique d'appels à témoignages mise en place par la commission il y a un an a reçu "5 300 appels", a-t-il dit, précisant que certaines personnes étaient susceptibles de la contacter plusieurs fois.

La difficulté, a-t-il expliqué, est de voir si ces deux sources — les appels à la plate-forme et le travail d’enquête — pouvaient "se combiner". Ces chiffres "ne se superposent pas mais peuvent s'ajouter en partie", a-t-il dit.

Appel à témoignages prolongé jusqu’au 31 octobre

"On peut craindre que le nombre réel de victimes, sur la période concernée, soit deux, trois ou quatre fois supérieur, car certaines ne se signalent pas", a renchéri Véronique Margron, présidente de la Conférence des religieux et religieuses (sœurs, frères, etc), qui finance les travaux de la Ciase au côté de l’épiscopat. "C'est forcément une évaluation basse", selon elle, "ce qui est tout à l'honneur de la Ciase et de sa  méthode scientifique rigoureuse".

François Devaux, cofondateur de l'association de victimes La Parole libérée a, de son côté, salué "un travail exceptionnel jamais fait en France de façon aussi aboutie". "Quid du ‘chiffre noir’, de tous ceux qu'on ignore dans ce travail de quantification ?", a-t-il toutefois ajouté.

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"Il faut prendre ce chiffre avec des pincettes. Selon moi une victime sur quatre ou sur cinq parle", a déclaré Olivier Savignac, à la tête d'une autre association de victimes.

Ces données sont encore provisoires dans la mesure où les travaux de la Ciase se poursuivent : l'appel à témoignages auprès de victimes est prolongé jusqu'au 31 octobre, et les enquêtes auprès des archives sont encore en cours.

D'autres travaux suspendus pendant le confinement, comme les auditions de victimes ou encore des réunions publiques dans plusieurs grandes villes, vont également reprendre.

Conclusions attendues à l’automne 2021

Pour compléter son approche, la Ciase, dont les conclusions et préconisations sont attendues à l’automne 2021, est également en train de constituer un échantillon de prêtres et religieux "abuseurs". Pour Jean-Marc Sauvé, "dans bien des cas, nous avons eu des abuseurs qui ont créé, à titre personnel, un véritable système d'abus". Depuis 1950, le nombre d'auteurs d'agressions sexuelles au sein de l'Église ne peut pas être "inférieur à 1 500", a-t-il ajouté.

Les deux tiers des agressions sexuelles ont eu lieu dans les années 1950, 1960 et 1970, a rappelé le président de la Ciase, laquelle a par ailleurs fait 25 signalements auprès des parquets.

Ces chiffres sont inédits. La Conférence des évêques avait publié quelques statistiques, mais portant sur des champs plus restreints et une période très récente.

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Ainsi en octobre 2018, elle soulignait que sur 15 000 prêtres français, dix étaient alors mis en examen et quatre autres incarcérés pour pédocriminalité. Elle faisait aussi état du fait que 220 personnes s'étaient manifestées auprès des diocèses, auprès des cellules d'écoute accueillant des victimes, entre 2010 et 2016 et 211 entre 2017 et 2018.

"Nous sommes aidés et inspirés par les travaux de nos prédécesseurs", a souligné Jean-Marc Sauvé, faisant référence entre autres à l'Irlande, l'Australie, les Pays-Bas, la Belgique ou encore l'Allemagne. Des instances chargées d'enquêter sur leur clergé, à la suite de révélations de scandales, y ont démontré que des abus sexuels avaient été commis à grande échelle.

Avec AFP

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