K-pop et TikTok : le meeting de Trump à Tulsa victime d'une campagne d'adolescents militants ?

Le premier meeting de Donald Trump post-coronavirus est loin d'avoir fait salle comble samedi 20 juin.
Le premier meeting de Donald Trump post-coronavirus est loin d'avoir fait salle comble samedi 20 juin. © Nicholas Kamm, AFP

Donald Trump espérait donner un nouveau souffle à sa campagne avec son meeting, samedi, à Tulsa, dans le centre des États-Unis. Mais la foule espérée par les républicains n'est pas venue. Des fans de K-Pop et des utilisateurs du réseau social TikTok revendiquent une attaque numérique coordonnée et couronnée de succès.

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Cela devait être son retour triomphal. Pourtant, pour son premier meeting de campagne depuis le début de la pandémie de Covid-19, Donald Trump n'a pas fait salle comble, samedi 20 juin, à Tulsa, dans le centre des États-Unis.

Alors que le président américain annonçait, lundi, près d'un million d'inscriptions, il n'a finalement pas pu remplir une salle de 20 000 places dans ce bastion républicain. La retransmission prévue en dehors de la salle pour les malchanceux qui n'y auraient pas eu accès, a purement et simplement été annulée à la dernière minute.

Comment expliquer ce bide ? Sur les réseaux sociaux, des adolescents adeptes de la plateforme de partage de vidéos TikTok, ainsi que des fans de K-pop, affirment en être en partie responsables.

Une action numérique

Après que l'équipe de campagne de Donald Trump a mis en ligne les billets pour le meeting de Tulsa, des comptes de fans de K-pop ont commencé à encourager leurs abonnés à s'inscrire au meeting et à ne pas s'y présenter.

Rapidement, ce mot d'ordre s'est propagé sur TikTok, où des vidéos intimant cette consigne ont fait le buzz, comme l'a souligné CNN avant le meeting.

"Oh non ! Je me suis inscrite à un rallye Trump, et je ne peux pas y aller !", ironise une femme, en feignant une toux, dans une vidéo TikTok datée du 15 juin, rendue indisponible depuis.

"Le Twitter des fans de K-pop et Alt TikTok [une frange de TikTok se revendiquant plus artistique que le commun des utilisateurs, NDLR] ont ​​une bonne alliance et les informations circulent très rapidement entre eux. Ils connaissent tous les algorithmes et comment ils peuvent booster les vidéos pour arriver à leur fins", explique au New York Times le YouTubeur Elijah Daniels, qui a lui-même participé à la campagne anti-Trump. "La majorité des participants ont supprimé leurs posts  après 24 heures parce que nous ne voulions pas vendre la mèche auprès de la campagne Trump. Ces adolescents sont intelligents et ils ont pensé à tout", estime-t-il.

Des communautés très engagées aux côtés de Black Lives Matter

Ce ne serait pas la première fois que ces communautés s'engagent contre le président Donald Trump. Durant le mois de juin, ils ont contribué à rendre invisibles des hashtags se présentant comme des alternatives à #BlackLivesMatter (la vie des Noirs compte) comme #WhiteLivesMatters (la vie des Blancs compte) ou #MAGA (Make America great again, le slogan de Trump). Pour ce faire, ils ont partagé en masse des mèmes et autres images qui n’avaient absolument rien à voir avec ces hashtags, afin de noyer les publications racistes

Ils revendiquent également la désactivation d'une application de la police de Dallas. Cette dernière appelait les citoyens à leur envoyer des vidéos d’activités illégales pendant les manifestations Black Lives Matter.

Certains ont rapidement répondu en noyant les mentions du compte de la police avec des photographies, des vidéos, mais aussi des photos et des vidéomontages de leurs artistes préférés. D’autres en ont fait de même sur l’application. Quelques heures plus tard, les services de police de la ville texane indiquaient que l’application ne fonctionnait plus  "à cause de problèmes techniques".

Comme le note Michelle Cho, enseignante-chercheuse à l’université de Toronto, au Canada, cette audience semble particulièrement sensible à ce type de thématique.

"Les groupes de fans de K-pop sont principalement composés de personnes non blanches, considérablement queer, et très présentes sur les réseaux sociaux. La sensibilisation aux questions raciales et culturelles fait partie des caractéristiques principales autour desquelles tournent les conventions de fans comme la KCON" écrit-elle sur Twitter. 

Les Républicains accusent les médias et les "radicaux"

Le camp Trump a, lui, trouvé d’autres explications à la faible affluence à Tulsa .Pour le directeur de campagne de Donald Trump, Brad Parscale, ces chiffres décevants sont dus à "une semaine de couverture médiatique apocalyptique" et "aux manifestants radicaux" qui auraient empêché l'accès au stade.

La représentante démocrate Alexandria Ocasio-Cortez lui a immédiatement répliqué qu'ils s'étaient fait avoir par des adolescents dont "elle était fière".

"Les adolescents d'Amérique ont porté un coup à Donald Trump. Partout en Amérique, des adolescents ont commandé des billets pour cet événement. Et les imbéciles de l'équipe de campagne se sont vantés d'un million de ticket", explique Steve Schmidt, un républicain anti-Trump, sur Twitter.

D'autres républicains, à l'image d'Ed Rollins, pointe une erreur de stratégie de Donald Trump. Selon lui, c'était une mauvaise idée pour la campagne d'organiser un rassemblement, alors que le Covid-19 continue de se propager aux États-Unis. L'incapacité de l’équipe de campagne à répondre aux attentes de la population était un signe inquiétant de son incompétence, a-t-il explique au LA Times.

Pour ajouter à l'embarras, la campagne Trump a rapporté samedi que six membres de l'équipe organisant le rassemblement à Tulsa avaient été testés positifs au coronavirus.

Qu'il ait été victime d'une attaque coordonnée ou qu'il constitue une simple erreur de stratégie, le meeting de Tulsa marque un échec pour Donald Trump. À la peine dans les sondages derrière Joe Biden, le candidat démocrate, il va devoir trouver une autre solution pour donner un nouveau souffle à sa campagne.

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