Mort de Zeev Sternhell, critique du fascisme français et phare de la gauche israélienne

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Jérusalem (AFP)

Historien du fascisme français, militant engagé pour la paix avec les Palestiniens, homme arc-bouté contre la droite montante en son pays, l'historien Zeev Sternhell, décédé dimanche à l'âge de 85 ans, était l'une des figures phares intellectuelles et politiques de la gauche en Israël.

Il était aussi l'un des plus francophiles des grandes personnalités de ce pays, un legs de son histoire tragique: celle d'un enfant né dans une famille juive en Pologne. Son père, qui combattait dans l'armée polonaise, meurt au début de la guerre, puis sa mère et sa soeur sont tuées par les nazis.

Pour survivre, son oncle et sa tante le font passer pour un catholique en pleine traque des juifs à l'heure où son pays natal voit s'ériger sur son territoire des camps d'extermination.

Après la guerre, jeune adolescent, il trouve refuge en France, pays qui deviendra sa patrie intellectuelle d'adoption et l'objet de ses recherches, avant de rejoindre Israël peu après sa création en 1948.

Observateur averti de la vie politique israélienne, francophile, il a consacré une partie de son oeuvre à l'histoire de l'extrême-droite française avec des essais comme "Ni droite ni gauche: l'idéologie fasciste en France" ou encore "L'histoire refoulée - La Rocque, Les Croix de feu et le fascisme français", publié en 2019.

Sternhell s'intéressait aux "racines françaises du fascisme" et proposait un "examen de conscience" à la France sur ce sujet épineux, ce qui l'a plongé dans de vifs débats et controverses, se souvient son ancien élève Denis Charbit, ancien élève et aujourd'hui maître de conférences à l'Open University d'Israël.

Pour l'historien, "Vichy n'est pas une parenthèse, c'est précédé, préparé, par des écrits, des théories, des publications, des organisations, des ligues, des factions, etc... Et c'est vrai que de ce point de vue-là, il mettait en cause une lecture plus indulgente de la France", dit à l'AFP M. Charbit qui se souvient d'un professeur "très exigeant" mais aussi "attentif" à ses meilleurs étudiants.

En novembre dernier, M. Charbit avait animé une conférence de Zeev Sternhell, sans doute l'une de ses dernières, à l'Institut français Romain Gary de Jérusalem, devant certains de ses plus fidèles lecteurs mais aussi des critiques, ce qui avait suscité des échanges pointus et animés.

- "Problème de violence" -

Professeur de sciences politiques à l'université hébraïque de Jérusalem, Zeev Sternhell aimait descendre de sa tour académique pour plonger sa plume dans les plaies de la Cité et s'engager, parfois au péril de sa vie, pour la paix avec les voisins arabes et palestiniens.

En septembre 2008, il avait été atteint à la jambe droite par l'éclat d'une bombe qui avait explosé alors qu'il fermait la clôture de sa résidence.

"Le problème ce n'est pas Zeev Sternhell ou une attaque contre la personne de Zeev Sternhell, c'est un problème de société, c'est un problème politique. Notre société devient de plus en plus violente", avait-il alors déclaré à des centaines de personnes venues devant chez lui pour manifester leur soutien après cet incident.

L'historien avait participé à la guerre de Kippour en 1973, avant de cofonder l'ONG Peace Now, "La Paix Maintenant", favorable à un accord de paix entre Israël et l'Egypte.

L'ONG est aujourd'hui engagée dans la lutte contre l'essor des colonies israéliennes, sujet sensible et actuellement à la Une de l'actualité en raison du projet d'annexion de pans de la Cisjordanie par Israël.

"Il était l'exemple même d'une personne qui a réussi à combiner excellence académique à un engagement profond envers notre société et notre pays", a souligné dimanche son université alors que les hommages affluaient du champ gauche de la société.

"Dans son enfance, Sternhell a fait la terrible expérience du fascisme et toute sa vie durant il a eu le courage et la force de la combattre. Pendant des décennies, il a été une voix fondamentale pour le droit des Palestiniens et contre l'occupation des territoires", a salué Ayman Odeh, chef de la liste des partis arabes israéliens.

La mort de l'historien, atteint de surdité pendant ses dernières années, laisse dans le deuil son épouse, professeure d'architecte, ses deux filles et ses petits-enfants.