Zeev Sternhell, critique du fascisme français et phare de la gauche israélienne, est mort

Zeev Sternhell, chez lui, à Jérusalem, le 2 février 2015 (archives).
Zeev Sternhell, chez lui, à Jérusalem, le 2 février 2015 (archives). © Thomas Coex, AFP

Cet historien israélien du fascisme et militant engagé pour la paix avec les Palestiniens est mort dimanche. Né dans une famille juive en Pologne, il avait trouvé refuge en France après la Seconde Guerre mondiale. Il en avait fait sa patrie d’adoption.

Publicité

Historien du fascisme français, militant engagé pour la paix avec les Palestiniens, homme arc-bouté contre la droite montante en son pays, l'historien Zeev Sternhell, décédé dimanche 21 juin à l'âge de 85 ans, était l'une des figures phares intellectuelles et politiques de la gauche en Israël.

Il était aussi l'un des plus francophiles des grandes personnalités de ce pays, un legs de son histoire tragique : celle d'un enfant né dans une famille juive en Pologne. Son père, qui combattait dans l'armée polonaise, meurt au début de la guerre, puis sa mère et sa soeur sont tuées par les nazis.

Pour survivre, son oncle et sa tante le font passer pour un catholique en pleine traque des juifs à l'heure où son pays natal voit s'ériger sur son territoire des camps d'extermination.

Après la guerre, jeune adolescent, il trouve refuge en France, pays qui deviendra sa patrie intellectuelle d'adoption et l'objet de ses recherches, avant de rejoindre Israël peu après sa création en 1948.

Zeev Sternhell s'intéressait aux "racines françaises du fascisme"

Observateur averti de la vie politique israélienne, francophile, il a consacré une partie de son oeuvre à l'histoire de l'extrême-droite française avec des essais comme "Ni droite ni gauche: l'idéologie fasciste en France" ou encore "L'histoire refoulée - La Rocque, Les Croix de feu et le fascisme français", publié en 2019.

Sternhell s'intéressait aux "racines françaises du fascisme" et proposait un "examen de conscience" à la France sur ce sujet épineux, ce qui l'a plongé dans de vifs débats et controverses, se souvient son ancien élève Denis Charbit, aujourd'hui maître de conférences à l'Open University d'Israël.

Pour l'historien, "Vichy n'est pas une parenthèse, c'est précédé, préparé, par des écrits, des théories, des publications, des organisations, des ligues, des factions, etc... Et c'est vrai que de ce point de vue-là, il mettait en cause une lecture plus indulgente de la France", dit à l'AFP Denis Charbit qui se souvient d'un professeur "très exigeant" mais aussi "attentif" à ses meilleurs étudiants.

"Il a été pour tous les historiens de ma génération, celui qui a ouvert un champ considérable d'analyse sur le fascisme français", a commenté l'historien français Benjamin Stora.

Plonger sa plume dans les plaies de la cité

Professeur de sciences politiques à l'université hébraïque de Jérusalem, Zeev Sternhell aimait descendre de sa tour académique pour plonger sa plume dans les plaies de la Cité et s'engager, parfois au péril de sa vie, pour la paix avec les voisins arabes et palestiniens.

En septembre 2008, il avait été atteint à la jambe droite par l'éclat d'une bombe qui avait explosé alors qu'il fermait la clôture de sa résidence.

L'historien avait participé à la guerre de Kippour en 1973, avant de s'engager dans l'ONG Peace Now, "La Paix Maintenant", favorable à un accord de paix entre Israël et l'Egypte.

L'ONG est aujourd'hui engagée dans la lutte contre l'essor des colonies israéliennes, sujet sensible et actuellement à la Une de l'actualité en raison du projet d'annexion de pans de la Cisjordanie occupée par Israël, considéré par les Palestiniens comme justement "la mort de la solution à deux Etats".

"Dans son enfance, Sternhell a fait la terrible expérience du fascisme et toute sa vie durant il a eu le courage et la force de la combattre. Pendant des décennies, il a été une voix fondamentale pour le droit des Palestiniens et contre l'occupation des territoires", a salué Ayman Odeh, chef de la liste des partis arabes israéliens.

Avec AFP

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine