À Stains, une fresque dénonçant les violences policières fait polémique

Une fresque à l'effigie de George Floyd et Adama Traoré dénonçant les violences policières, à Stains, a attisé la colère des syndicats de police qui ont manifesté, le 22 juin 2020, devant la préfecture de Seine-Saint-Denis.
Une fresque à l'effigie de George Floyd et Adama Traoré dénonçant les violences policières, à Stains, a attisé la colère des syndicats de police qui ont manifesté, le 22 juin 2020, devant la préfecture de Seine-Saint-Denis. © François Guillot, AFP

Une fresque contre "le racisme et les violences policières", inaugurée à Stains la semaine dernière, a attisé la colère des policiers, qui ont obtenu gain de cause. Lundi, le préfet du 93 a mis en demeure le maire de Stains de modifier une phrase litigieuse. Mais le comité La vérité pour Adama veille au grain.

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La fresque devait "envoyer un message pacifiste", selon le maire de la ville de Stains. Elle est devenue source de discorde. Une peinture murale rendant hommage à George Floyd et Adama Traoré, deux hommes noirs décédés pendant et après un contrôle de police, a clivé un peu plus deux camps antagonistes : la police d'un côté et le comité Adama Traoré de l'autre.

Inaugurée le 18 juin dans la ville de Stains, en Seine-Saint-Denis (93), la fresque immortalise George l'Américain, mort lors de son arrestation à Minneapolis le 25 mai dernier, et Adama le Français, décédé en juillet 2016 après son interpellation dans le Val-d'Oise. Au-dessus de leurs portraits, le collectif de graffeurs stanois "Collectif Art" a tagué une phrase, au cœur de tous les débats : "Contre le racisme et les violences policières".

Le préfet va faire modifier la phrase litigieuse

Un "amalgame" que dénoncent les forces de police. Plus de 200 policiers se sont rassemblés devant la préfecture de la Seine-Saint-denis (93), lundi 22 juin, à l'appel du syndicat policier Alliance, pour demander une modification de la fresque qui stigmatise, à leurs yeux, toute la profession. "Quand vous appelez Police secours, on ne vous demande pas votre nationalité", a déclaré à l'AFP Grégory Goupil, du syndicat Alliance. "En 2020, ce n'est pas acceptable de dire que la police est raciste, regardez autour de vous", a-t-il ajouté en montrant les policiers rassemblés. "La police est le reflet de la société."

Après l'inauguration de la fresque, le syndicat avait demandé à rencontrer en urgence le préfet du 93, Georges-François Leclerc, pour faire modifier la phrase litigieuse. Ce fut chose faite, lundi après-midi, avant la manifestation. Et selon une information du Parisien, ce dernier a assuré qu'il allait mettre en demeure le maire communiste de Stains, Azzedine Taïbi, de retirer la mention "policières" de la fresque. Ne restera donc que la phrase : "Contre le racisme et les violences". Un soutien précieux pour le syndicat de police. "Le fait que le préfet de Seine-St Denis nous reçoive très rapidement et montre son soutien à la police nationale, on ne peut être que satisfait", a réagi auprès de la presse Fabien Vanhemelryck, secrétaire national d’Alliance.  

"Provocation" ou "message pacifiste" 

Pour Alliance 93, le plus dur à digérer est la prise de position du maire de Stains. Le syndicat a dénoncé dans un tweet "l'ultime provocation d'un élu de la République".

Le syndicat reproche à Azzedine Taïbi d'avoir mis à disposition un mur de sa ville et inauguré la fresque jeudi dernier aux côtés d'Assa Traoré, sœur d'Adama et fondatrice du comité La vérité pour Adama. Depuis quatre ans, ce comité n'a de cesse de désigner la police comme raciste et responsable de la mort du jeune homme. Devenu porte-drapeau de la mobilisation contre les violences policières, le comité a organisé deux manifestations à Paris en juin et veut se faire l'écho en France du mouvement américain Black Lives Matter.

Tout en voulant apaiser les tensions, Azzedine Taïbi a déclaré dans une interview à L'Humanité que "c'est une fresque qui rend hommage aux victimes et condamne les violences policières", avant de nuancer : "Les violences policières ne sont pas à mettre au crédit de tous les policiers" et d'affirmer que cette "création artistique" a pour but "d'envoyer un message pacifiste". "À Stains, on a pour habitude de cultiver le bien vivre ensemble, la solidarité, l'échange, le dialogue. C'est ce qu'il faut mettre en avant plutôt que d'attirer la haine et la division", avait-il réagi.  

"Ils ne toucheront pas à cette fresque"

Mais la division est bien là. En réaction à l'appel d'Alliance, qui avait initialement prévu de manifester devant la fresque avant de se raviser de peur que la situation ne dégénère, Assa Traoré a également appelé à manifester lundi devant la fresque. "C'est une victoire pour nous le fait qu'Alliance ne vienne pas sur place", a déclaré Assa Traoré, avant de prévenir : "Si cette fresque disparaît, même une seule lettre, on tiendra le syndicat de police Alliance pour responsable".

De son côté, le secrétaire national d'Alliance, Fabien Vanhemelryck, a indiqué ne pas vouloir "qu'il y ait d'amalgame entre le racisme, la violence et la police. Il n'a jamais été question de recouvrir la fresque. Nous ne sommes pas non plus contre la liberté d'expression". Mais la militante a prévenu : "Aujourd'hui, ils ont revendiqué l'impunité policière, mais ils ne toucheront pas à cette fresque, on est là", a-t-elle insisté lundi devant près de 150 personnes venues la soutenir. Une polémique appelée à enfler donc, si l'injonction préfectorale était mise en œuvre.

 

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