Municipales 2020 : les grandes villes françaises prêtes à se mettre aux Verts ?

Le candidat EELV Grégory Doucet est arrivé en tête du premier tour des municipales (28,46 %) à Lyon.
Le candidat EELV Grégory Doucet est arrivé en tête du premier tour des municipales (28,46 %) à Lyon. © Olivier Chassignole, AFP

Si dimanche soir, lors du second tour des municipales, le groupe Europe Écologie-Les Verts confirme sa belle percée du premier tour, il pourrait devenir la principale force de gauche. Mais pour y parvenir, le parti devra notamment contrer les alliances entre la droite et les macronistes.

Publicité

Besançon, Tours, Lyon ou encore Lille. Le parti Europe Écologie-Les Verts pourrait décrocher la mairie de plusieurs nouvelles grandes villes de France dimanche 28 juin, à l'issue du second tour des municipales. Aujourd'hui, seule Grenoble est acquise aux écologistes après le scrutin de 2014.

Le 15 mars, Grégory Doucet est arrivé en tête (28,46 %) dans la capitale des Gaules, tout comme Anne Vignot à Besançon (31,21 %) ou encore Jeanne Barseghian à Strasbourg (27,87 %). À Lille, Stéphane Baly talonne la socialiste Martine Aubry de cinq petits points. Des scores jamais vus pour un parti jusqu'ici cantonné aux seconds rôles, derrière les socialistes.

"Une dynamique spectaculaire"

En cinq ans, EELV a indéniablement gagné du terrain. Cela s'explique notamment par la hausse du nombre de candidats écologistes. EELV a présenté des listes autonomes dans 18 grandes villes (Lyon, Lille, Strasbourg), contre 13 en 2014, mais aussi dans près de la moitié des villes moyennes (plus de 30 000 habitants), telles que Rosny-sous-Bois, en région parisienne, ou Talence et Agen dans le Sud-Ouest. "Un record pour les écologistes", relève une étude de la Fondation de l'écologie politique sur "La poussée (inachevée) des Verts lors du premier tour des municipales". Il s'agit d'une "dynamique spectaculaire", précise à France 24 l'un des auteurs de l'étude, Simon Persico, professeur de sciences politiques à Sciences Po Grenoble, qui révèle, selon lui, "la capacité de développement d'un parti".

Des candidats EELV ont aussi pris la tête de listes d'union de la gauche dans des villes de plus de 100 000 habitants, ce qui n'était jamais arrivé auparavant. C'est notamment le cas d'Emmanuel Denis à Tours, qui a réussi à rassembler derrière lui des candidats allant de La France insoumise jusqu'au Parti socialiste. À Besançon, Anne Vignot a su profiter d'une mésentente de l'équipe La République en marche (LREM) pour rassembler également la gauche derrière elle (Parti socialiste, Parti communiste et Génération.s de Benoît Hamon).

Avec cette nouvelle configuration, EELV s'impose comme "la force dominante de l'opposition", estime Daniel Boy, directeur de recherche au Cevipof et spécialiste de l'écologie, interrogé par France 24. "On ne parle plus d'un pôle gauche-écolo, mais bien d'écolo-gauche".

Cette montée en puissance résulte en partie du "délitement du Parti socialiste, déjà flagrant lors des dernières élections", poursuit le politologue. Son déclin est acté dès 2017, avec les 6,36 % des voix récoltées lors de l'élection présidentielle, puis confirmé en 2019 aux européennes alors qu'il était allié à Place Publique (6,2 %). Pendant ce temps, EELV signait un score historique (13,5 %)...

Pour confirmer la dynamique des européennes, les équipes d'EELV se sont professionnalisées. "Une attention plus importante que précédemment a été portée sur la communication politique, y compris dans le choix des candidates et candidats", a constaté Simon Persico.

Un effet Covid-19 ?

Les Verts profitent également d'une sensibilité inédite des Français aux enjeux écologiques. Les thématiques liés au réchauffement climatique ou à la transition écologique ont "occupé une large place dans l'agenda politique et médiatique" dès l'automne 2019, note l'étude de la Fondation de l'écologie politique.

Pour s'imposer au second tour, EELV entend bien faire de la crise sanitaire liée au coronavirus un enjeu écologique. "C'est une crise écologique qui provient du vivant, et a été aggravée par les échanges en flux tendus et la rentabilité à court terme", martèle le secrétaire national du parti, Julien Bayou, à la presse.

Selon une enquête de l'Observatoire des villes vertes, sept Français sur dix estiment que le développement des espaces verts représentera l'un des critères prioritaires de leur vote au second tour des municipales. "Le second tour devrait rester dans une logique environnementale", prédit Daniel Boy.

Dans ce contexte, Toulouse et Montpellier pourraient passer sous la bannière EELV dimanche soir. Dans la ville rose, Antoine Maurice, porté par une union des gauches, est donné gagnant dans plusieurs sondages face au maire sortant Jean-Luc Moudenc. Dans le chef-lieu héraultais, Michaël Delafosse fait aussi la course en tête face au maire sortant Philippe Saurel, selon un sondage Ifop publié début juin .

Le suspens demeure à Marseille, où EELV a fini par soutenir Michèle Rubirola pour le second tour. Arrivée en tête au premier tour, la militante EELV avait été suspendue un temps du parti pour avoir monté une liste d'alliance avec les gauches locales, le Printemps Marseillais. Aujourd'hui, la liste d'union de la gauche pourrait ravir la deuxième ville du pays à la candidate LR Martine Vassal pour succéder à Jean-Claude Gaudin.

Front anti-écologiste

Mais les quelques mois sous cloche ont aussi laissé le temps aux partis se sentant menacés par une éventuelle vague verte de sceller des alliances. C'est notamment le cas à Lyon, où le maire sortant, Gérard Collomb, ancien "marcheur", s'est rapproché des Républicains pour faire barrage aux écologistes. À quelques jours du second tour, les Verts peuvent encore gagner, estiment les observateurs.

Ce sera en revanche plus difficile pour Jeanne Barseghian à Strasbourg, arrivée largement en tête des votes (27,87 %) à Strasbourg, le 15 mars. Après le pacte, "à 15 minutes du dépôt des listes", entre Alain Fontanel (LREM) et le candidat des Républicains, et l'absence d'une entente avec l'ancienne maire et candidate PS Catherine Trautmann, la candidate écologiste n'est plus clairement favorite pour l'emporter. 

À Bordeaux, Pierre Hurmic se heurte aussi à un front anti-écologiste. Le maire LR sortant, Nicolas Florian, qui l'a devancé de 96 voix au premier tour, a scellé une alliance avec son meilleur ennemi, le marcheur Thomas Cazenave, pour lui faire barrage. Même scénario à Tours, où le candidat EELV Emmanuel Denis doit faire face à Christophe Bouchet, candidat du mouvement radical qui s'est allié à LREM et LR. 

L'issue du second tour sera l'occasion pour EELV d'affirmer – ou pas – son ancrage à l'échelle nationale. Et Simon Persico de conclure : "Ne conquérir aucune ou une seule ville en plus de Grenoble serait un demi-échec".  

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine