Après le Covid-19, les Ehpad face au spectre d’une vague de chaleur en France

Une aide soignante asperge d'eau le résident d'un Ehpad à Lyon, le  2 juillet 2015, pour le rafraîchir alors qu'une vague de chaleur frappe toute l'Europe.
Une aide soignante asperge d'eau le résident d'un Ehpad à Lyon, le 2 juillet 2015, pour le rafraîchir alors qu'une vague de chaleur frappe toute l'Europe. © Romain Lafabregue, AFP

Alors que le personnel des Ehpad se remet à peine de l’épidémie de coronavirus qui a fait plus de 10 000 morts parmi ses résidents âgés, il va devoir faire face à la vague de chaleur qui sévit en France et risque de perdurer pendant la saison estivale.  

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Ils ont déjà payé un lourd tribut au Covid-19. Aujourd’hui, les Établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) vont être confrontés à l’autre bête noire des seniors : la chaleur. Météo France prévoit une hausse des températures dans tout l’Hexagone pour les dix prochains jours au moins ; et d’après les projections saisonnières, l’été s’annonce plus chaud et plus sec que la normale pour une grande partie de la France.

Les agences régionales de santé (ARS), Santé publique France ainsi que le ministère des Solidarités et de la Santé ont déjà publié leurs recommandations pour les établissement spécialisés. Le dispositif n’a rien d’anormal : il est mis en place annuellement depuis la canicule de 2003 qui avait fait près de 20 000 morts parmi les personnes âgées, qui ont succombé en grande partie aux conséquences directes de la chaleur (déshydratation et hyperthermie). Depuis le temps, les Ehpad connaissent le dispositif par cœur.

"On fait face à des températures élevées quasiment tous les ans. Le plan bleu est déclenché chaque année et les dispositifs sont plus que rodés", explique à France 24 Joachim Tavares, qui détaille les mesures préventives principales : "Hydratation régulière des résidents, tenue vestimentaire adaptée, meilleure ventilation des locaux et mise à l’abri dans des zones fraîches", récite-t-il sans hésitation. Cet ancien directeur d’Ehpad et de centre de suivi de soins pour seniors, aujourd’hui à la tête de PapyHappy qui oriente les personnes âgées sur leur choix de résidence, a été confronté au dispositif plusieurs années d’affilée. "On sait que dès les premières chaleurs, il faut avoir une vigilance accrue auprès des résidents".

Des mesures adaptées au covid-19

Mais cette année, les difficultés seront accrues : les Ehpad devront allier gestion anti-covid et prévention anti-canicule. Dans la feuille de route détaillée du ministère de la Santé, relayée notamment, on peut lire les mesures très précises à mettre en place.

En cas de suspicion de Covid-19, par exemple, "le résident malade devra rester dans sa chambre", il ne pourra pas bénéficier d’un climatiseur "s’il induit un flux d’air" et il ne pourra bénéficier d’un ventilateur individuel que sous certaines conditions. La porte de sa chambre devra rester fermée "en permanence" et le personnel "formé" devra "mettre en place des mesures de refroidissement corporel" tout en effectuant un "bio-nettoyage des sols et des surfaces quotidiennement tout en maintenant les portes fermées".

Un nouveau défi quand on sait que les Ehpad ont été très impactés par la crise sanitaire liée au coronavirus. D’après Santé Publique France, 34 283 résidents d’établissement pour personnes âgées ont été infectés par le Covid-19, et 10 488 en sont morts. Du côté du personnel, près 16 500 personnes ont été atteintes.

"C’est pas un coup de chaud qui nous fait peur"

"Le personnel est ressorti de la crise soudé mais fatigué", témoigne auprès de France 24 Céline Olive, directrice de l’Ehpad Korian du Chesnay, dans les Yvelines. "La crise a été longue et aiguë. Nous avons eu la douleur de perdre cinq résidents, donc il faut rebondir avec ce bagage derrière nous".

Pour autant, les premières chaleurs ne font pas trop peur. L’établissement qu’elle dirige a déjà mis en place le plan été et l’a adapté sans difficultés aux recommandations sanitaires liées au coronavirus. "Nous sommes un établissement climatisé avec un circuit ouvert, donc tous les patients pourront bénéficier de la clim’ même si on avait un nouveau cas de covid", assure la directrice qui précise qu’ils ont "changé tous les filtres et désinfecté les circuits avant sa mise en route".

"Honnêtement, on sait faire. Et après la crise que nous avons traversée, c’est pas la chaleur qui fait peur au personnel, ou aux résidents ! C'est sûr que le port du masque par grosse chaleur est inconfortable. Mais nous avons la clim! Et nous sommes en période de sortie de crise, de reprise des animations, de retour des familles. C’est cette dynamique qui prévaut", ajoute Céline Olive, qui redoute plutôt une potentielle deuxième vague de Covid-19.

Un risque probable. Le 22 juin, les treize membres du Conseil scientifique ont transmis une note au gouvernement pour mettre en garde sur les risques d’une seconde vague épidémique en France, attendue à plus ou moins longue échéance. "On s’y attend", redoute Céline Olive. "Mais nous sommes bien préparés. Il y a le retour d’expérience de la première vague. Nous avons le stock de matériel (masques, blouses, gel hydroalcoolique), les mesures barrières sont toujours en place. On pourrait facilement rebasculer dans un dispositif de crise", assure la directrice. Reste une vraie peur : un nouveau confinement strict. "Pour les résidents comme pour le personnel, ce serait bien plus redoutable qu’un coup de chaud".

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