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Fausses procurations, rabatteurs, intimidation : à Marseille, une élection qui tourne au polar

La candidate Les Républicains, Martine Vassal, au centre, entourée, de gauche à droite, de Sabine Bernasconi, Julien Ravier, Valérie Boyer et Yves Moraine, le 12 juin 2020, à Marseille.
La candidate Les Républicains, Martine Vassal, au centre, entourée, de gauche à droite, de Sabine Bernasconi, Julien Ravier, Valérie Boyer et Yves Moraine, le 12 juin 2020, à Marseille. © Clément Mahoudeau, AFP
7 mn

La campagne de Martine Vassal, candidate LR, est ébranlée depuis la mi-juin par un scandale lié à de possibles fausses procurations. Michèle Rubirola, la candidate de l’union de la gauche arrivée en tête au premier tour, espère en profiter.

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Procurations non réglementaires, possibles votes sans consentement de résidents d'Ehpad, urnes bourrées, rabatteurs de votes, intimidations : les récents rebondissements des élections municipales à Marseille, dont la réputation de ville sulfureuse n'est plus à faire, ont tout d'un scénario de polar.

L'enjeu est de taille : contrôlée depuis 1995 par la droite, la deuxième ville de France pourrait basculer à gauche à l'issue du second tour, dimanche 28 juin. Les problèmes s'accumulent pour Martine Vassal, désignée par Les Républicains pour succéder à Jean-Claude Gaudin. Devancée le 15 mars lors du premier tour par Michèle Rubirola, candidate de la liste d'union de la gauche, la présidente du département des Bouches-du-Rhône et de la métropole se retrouve désormais au centre d'un scandale électoral.

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Tout commence le 11 juin, lorsque l'hebdomadaire Marianne et France 2 révèlent que des candidates Les Républicains, dans deux secteurs différents de Marseille, ont proposé à des habitants, avant le premier tour, de remplir leur procuration sans passer, comme la loi l'oblige, par la case commissariat. Le parquet de Marseille ouvre aussitôt une enquête préliminaire sur ces "procurations simplifiées". Côté politique, le Premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, dénonce le 13 juin "une fraude électorale organisée".

Quelques jours plus tard, le 18 juin, France 2 révèle une nouvelle affaire. Celle-ci concerne une cinquantaine de résidents d'un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) du 12e arrondissement de Marseille, qui auraient voté sans le savoir lors du premier tour. Leur moyenne d'âge se situe autour de 90 ans et certains d'entre eux sont atteints de la maladie d'Alzheimer ou de Parkinson, selon l'enquête de la chaîne publique.

Si ces procurations ne peuvent pas formellement être reliées à un candidat ou un autre, les listes d'émargement consultées par l'AFP font apparaître parmi les mandataires de ces pensionnaires les noms de plusieurs proches de Julien Ravier, maire LR des 11e et 12e arrondissements et candidat à sa réélection. Parmi ces noms se trouvent notamment ceux de son directeur de cabinet, d'un élu ou encore de la directrice générale des services de sa mairie. Dès le 19 juin, Julien Ravier annonce avoir demandé à son directeur de campagne de se mettre en retrait.

"Des anomalies, j'en ai déjà vu, mais jamais autant qu'à cette élection !"

Le 15 mars, l'ambiance était déjà électrique. "Des anomalies, j'en ai déjà vu, mais jamais autant qu'à cette élection !", a depuis témoigné auprès de l'AFP André Sarkissian, assesseur pour La République en marche (LREM) dans le 11e arrondissement.

Ce militant aguerri décrit des photocopies de procurations, sans récépissé, mises de côté par les assesseurs... jusqu'à la réception d'un SMS leur intimant de les accepter. Ce message, que l'AFP a consulté, est signé "JR VB" – pour ceux qui le lisent, aucun doute : il s'agit des têtes de liste LR du secteur, le maire Julien Ravier et la députée Valérie Boyer. Contactés, ces derniers n'ont pas répondu à l'AFP.

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La même Valérie Boyer provoque aussi un esclandre dans un autre bureau de vote du secteur, où une déléguée refuse d'enregistrer des procurations "illisibles et qui ne correspondent pas à la liste d'émargement". Une femme raconte : "Le ton est monté, Valérie Boyer a fini par lui dire : 'Si vous n'obéissez pas, j'appelle la police'". Une plainte sera déposée le lendemain.

Dans un autre bureau du 11e, la police est obligée d'intervenir dans un même débat autour de procurations. Une vice-procureure du parquet est même dépêchée sur place. Elle voit "un jeune homme, bulletin de Martine Vassal à la main (seul et unique bulletin en sa possession), se présenter accompagné d'une tierce personne, l'air hagard, en demandant ce qu'il devait faire", écrit-elle dans un compte-rendu dont l'AFP a consulté une copie.

Les témoignages sur ces "rabatteurs" allant dénicher les votants sont légion. Dans un autre secteur de la ville, un assesseur LREM remarque lui aussi la présence "insistante" de proches de la tête de liste LR. Ailleurs, le parquet est saisi pour la tentative de vol d'une urne par des hommes munis de pistolets à billes de peinture.

Tentative de contre-attaque du clan Vassal

Face à ce déluge de révélations dans les médias nationaux et locaux, la droite marseillaise a tenté de contre-attaquer. Lundi 22 juin, une conférence de presse a donc été organisée, sans Martine Vassal, pour accuser le Printemps marseillais de pratiques similaires, en particulier dans les 4e et 5e arrondissements, tous deux remportés par la gauche.

À quelques jours du second tour, la campagne se poursuit néanmoins. Les patrons du PS et d'Europe Écologie-Les Verts (EELV), Olivier Faure et Julien Bayou, ont ainsi fait le déplacement à Marseille, lundi, pour soutenir Michèle Rubirola.

Cette dernière a réalisé de beaux scores au premier tour, même dans des arrondissements bastions de la droite. Mais à Marseille, le scrutin se joue par secteurs, et le choix de se retirer d'un des plus importants de la ville pour faire barrage à l'extrême droite, tout en se maintenant face à l'ancienne socialiste Samia Ghali dans un autre, pourrait l'handicaper.

Par conséquent, le nom du futur maire ne sera peut-être connu qu'au "troisième tour", lorsqu'une majorité devra se dégager au conseil municipal pour l'élire. Le Rassemblement national de Stéphane Ravier, seul parti à avoir pu se maintenir dans tous les secteurs, ainsi que les outsiders Samia Ghali (DVG) ou Bruno Gilles (DVD) pourraient alors jouer un rôle clé.

Avec AFP

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