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Le Liban pressé de se soucier du sort des employées de maison jetées à la rue

Des travailleuses éthiopiennes à la rue au Liban, devant l'ambassade d'Ethiopie dans le quartier de Hamzmieh, le 24 juin 2020.
Des travailleuses éthiopiennes à la rue au Liban, devant l'ambassade d'Ethiopie dans le quartier de Hamzmieh, le 24 juin 2020. © AFP

Avec la dégradation de la situation économique au Liban, des dizaines d'employées de maison éthiopiennes ont été renvoyées sans ménagement par leurs patrons et abandonnées devant le consulat éthiopien à Beyrouth.

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"La scène se reproduit tous les jours", se désole Diala Haidar, chargée de campagne d'Amnesty international au Liban. Des voitures s'arrêtent et déversent devant l'ambassade d'Éthiopie à Beyrouth les employées de maison dont les familles libanaises veulent se débarrasser en raison de la crise économique qui touche le pays.

Depuis plusieurs semaines, le trottoir qui fait face à l'ambassade ne désemplit pas, matelas et valises entassés à même le sol. Ces migrantes éthiopiennes n'ont nulle part où aller, et pas suffisamment d'argent pour se loger. "Le billet retour vers l'Éthiopie est trop cher pour elles, et la situation est rendue encore plus difficile avec le coronavirus, car l'aéroport est fermé", explique Diala Haidar, jointe à Beyrouth par France 24.

Ces employées de maison à la rue espèrent que les autorités de leurs pays puissent leur venir en aide. Mais bien souvent, l'ambassade d'Éthiopie ne fait rien. "Certaines femmes avec qui je me suis entretenue n'ont même pas été reçues par le personnel consulaire qui refuse de les laisser entrer", raconte Diala Haidar.

Des migrantes éthiopiennes dorment devant leur ambassade à Beyrouth, le 24 juin 2020.
Des migrantes éthiopiennes dorment devant leur ambassade à Beyrouth, le 24 juin 2020. © AFP

Certaines ont subi des violences physiques ou sexuelles

Début juin une trentaine d'entre elles ont été logées provisoirement par les autorités libanaises dans un hôtel. "À ma connaissance aucune autre opération n'a été menée depuis", indique Diala Haidar. "Les seules personnes qui aident ces femmes sont les ONG, la communauté éthiopienne de Beyrouth, qui leur apporte de la nourriture, et des Libanais émus par leur sort, qui paient des nuits d'hôtel". Amnesty international appelle l'État libanais à réagir en fournissant "un logement, de la nourriture, des soins de santé et toute aide nécessaire aux employées de maisons migrantes qui ont perdu leur emploi". 

Le Liban est fréquemment accusé de laxisme face à l'exploitation des domestiques étrangères, dénoncée de longue date par les associations de défense des droits humains. Elles demandent notamment la suppression du système de la "kafala". Il permet à un employeur de devenir le parrain légal de son employé au Liban et ce dernier ne peut démissionner sans son autorisation. Rien n'empêche par ailleurs l'employeur de confisquer son passeport, le laissant entièrement à sa merci.

Actuellement, quelque 250 000 travailleurs immigrés, souvent des Éthiopiennes, Philippines et Sri-Lankaises, mais aussi des Sierra-Léonaises et des Ghanéennes, sont employés selon ce système, qui les prive des dispositions du droit de travail. Certains sont payés à peine 150 dollars par mois.

Objet de sévères critiques, la kafala ouvre la porte à d'autres graves abus. D'après Médecins sans Frontières, six des employées éthiopiennes qui se trouvaient devant le consulat ces dernières semaines ont dû être hospitalisées pour des problèmes psychiatriques, certaines ayant subi des violences physiques ou sexuelles.

Un "Black Lives Matter" à la libanaise

Les autorités libanaises ont récemment durci le ton, menaçant de sanctions les employeurs qui ne respectent pas le contrat signé avec leurs employées, en confisquant leur passeport ou en ne leur versant pas de salaire. 

Mais pour Diala Haidar, "ça n'est pas suffisant s'il n'y a pas de mécanismes d'inspection". "Le Liban doit supprimer la kafala et intégrer les travailleurs immigrés au droit du travail", estime-t-elle. 

Avec la mondialisation du mouvement "Black Lives Matter", les appels à mettre fin à la kafala se sont multipliés dans le pays. Une pétition en ligne pour réclamer l'abolition de ce régime, qualifié par ses auteurs de "néo-esclavagisme", a déjà récolté plus de 30 000 signatures.

Poussé par la mobilisation générale, le ministère du Travail libanais a été forcé de réagir en organisant, le 19 juin, une réunion avec l'Organisation internationale du travail et des ONG, dont Amnesty international.

"La Ministre a exprimé son intention de présenter un projet de modification du droit du travail, afin d'y inclure les employées de maison étrangères", indique Diala Haidar, pour qui il faut maintenant des mesures concrètes. Ce projet, s'il aboutit, garantirait aux employées de maison étrangères le droit à des congés, à un salaire minimum, ou encore à la liberté de mouvement mais aussi celui de quitter son emploi en cas d'abus. 

Deux suicides par semaine

Pour celles qui campent devant leur ambassade, les autorités libanaises ont annoncé que des rapatriements allaient avoir lieu, sans donner de date, ni communiquer de chiffre. L'Ethiopie pourrait y participer. Jusqu'ici le pays a rapatrié quelque 650 Éthiopiennes avant la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19.

Un vol retour vers le Ghana a déjà eu lieu la semaine dernière. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, on y voit des passagères ravies, danser de joie dans l'avion. Une libération pour ces femmes dont la situation est parfois proche de l'esclavage. 

En 2008, l'ONG Human Rights Watch avait indiqué qu'en moyenne plus d'une employée de maison mourait chaque semaine au Liban, victime de suicide ou alors "en tombant d'un immeuble, souvent en essayant de s'échapper". Depuis, ce nombre aurait doublé, selon des militants des droits humains.

Pas plus tard que le 18 juin, une employée de maison éthiopienne a été retrouvée pendue chez son employeur à Temnine el-Tahta, dans la Békaa, selon l'Agence nationale d'information et le quotidien libanais L'Orient Le Jour.

Avec AFP

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