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ANALYSE

Municipales 2020 : après la vague verte, le retour de la gauche au premier plan ?

De gauche à droite, le secrétaire national d'EELV, Julien Bayou, la candidate du Printemps marseillais, Michèle Rubirola, le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, et le patron du PS à Marseille, Benoît Payan, le 22 juin 2020, en campagne à Marseille.
De gauche à droite, le secrétaire national d'EELV, Julien Bayou, la candidate du Printemps marseillais, Michèle Rubirola, le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, et le patron du PS à Marseille, Benoît Payan, le 22 juin 2020, en campagne à Marseille. © Christophe Simon, AFP

Le second tour des municipales, dimanche, a été marqué par une vague verte à Marseille, Lyon, Strasbourg ou Bordeaux, tandis que les socialistes ont conservé leurs bastions à Paris, Nantes, Lille ou Rennes. Avec de tels résultats, la gauche espère signer son retour sur la scène nationale.

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Et soudain l'espoir est de nouveau permis du côté de la gauche. En l'emportant dans la plupart des grandes villes françaises, dimanche 28 juin, lors du second tour des élections municipales, les candidats issus de cette famille politique ont ravivé la flamme chez leurs sympathisants et fait oublier, l'espace d'une soirée électorale, les défaites historiques de 2017.

Alors qu'Europe Écologie-Les Verts (EELV) ne gérait jusque-là qu'une grande ville, Grenoble, depuis 2014, la liste des vainqueurs en vert n'a cessé de s'allonger dimanche soir : Grégory Doucet à Lyon, Jeanne Barseghian à Strasbourg, Pierre Hurmic à Bordeaux — ville tenue par la droite depuis 73 ans —, Emmanuel Denis à Tours, François Astorg à Annecy, Anne Vignot à Besançon, Léonore Moncond'huy à Poitiers et, peut-être, en attendant le "troisième tour", Michèle Rubirola à Marseille.

Jamais les Verts n'avaient connu pareil succès lors des élections municipales. Un an après leur bon score aux élections européennes, en 2019, leur nouveau statut de force centrale à gauche est désormais pérennisé.

La performance des candidats EELV est d'autant plus spectaculaire qu'ils sont, pour la plupart, inconnus du grand public et qu'ils sont parvenus à l'emporter, le plus souvent, face à des alliances entre Les Républicains (LR) et La République en marche (LREM). Peu de cadres du parti écolo auraient ainsi parié sur une victoire de Pierre Hurmic à Bordeaux face au maire sortant et dauphin d'Alain Juppé, Nicolas Florian, allié au macroniste Thomas Cazenave.

De même à Strasbourg, où les écologistes pouvaient légitimement craindre que l'alliance de dernière minute entre LR et LREM ne leur fasse perdre leur avance du premier tour, surtout en l'absence d'un accord avec l'ancienne maire socialiste Catherine Trautmann. Mais Jeanne Barseghian a écrasé son concurrent avec environ huit points d'avance.

"Ce qui a gagné, c'est la volonté d'une écologie concrète, en action, qui propose des solutions sur les déplacements, le logement, l'alimentation, comment retisser l'économie locale", s'est réjoui sur TF1 Yannick Jadot, député européen et ex-tête de liste EELV aux européennes, voyant "une espérance autour du projet écologiste".

"Continuons de cultiver le commun, davantage que le séparatisme de chapelle"

Mais au-delà de la "vague verte" qui a marqué le second tour des municipales, le détail des victoires obtenues par les écologistes montre que celles-ci ont été possibles grâce aux alliances nouées avec le Parti socialiste (PS), La France insoumise (LFI), le Parti communiste (PCF) et Génération.s. Seul, EELV s'expose à des défaites, à l'image de Stéphane Baly à qui il a manqué quelques voix, dimanche soir, pour déloger la socialiste Martine Aubry à Lille.

>> À lire : Convention citoyenne pour le climat : l'heure de vérité pour Emmanuel Macron

Le secrétaire national, Julien Bayou, ne s'y est d'ailleurs pas trompé. "D'ici à 2022, pour les échéances qui arrivent, continuons de cultiver le commun, davantage que le séparatisme de chapelle", a-t-il affirmé. Le patron d'EELV avait sans doute également en tête l'exemple marseillais de Michèle Rubirola, d'abord suspendue du parti pour avoir refusé la logique indépendante de la direction puis soutenue après être arrivée en tête au premier tour grâce à l'union de la gauche.

Le Parti socialiste a lui aussi connu une très belle soirée. Dans l'ombre des victoires remportées par EELV, Anne Hidalgo a gagné à Paris, Johanna Rolland s'est imposée à Nantes, Michaël Delafosse a ravi Montpellier, Nathalie Appéré a conservé Rennes, François Rebsamen a été réélu à Dijon, Stéphane Le Foll l'a emporté au Mans, etc.

Ardent défenseur du rassemblement de la gauche depuis son accession au poste de premier secrétaire du PS, Olivier Faure sort conforté de cette — longue — séquence des municipales et veut croire à un tournant politique, trois ans après l'élection d'Emmanuel Macron. "Un immense élan se lève sur toute la France, a-t-il déclaré. Toute la gauche et les écologistes sont en train de gagner de formidables victoires. Voilà ce qui se passe, on a dans ce pays quelque chose qui est en train de naître, un bloc social-écologique qu'il faut maintenant consolider."

Les Verts moins performants en dehors des métropoles

L'ensemble des représentants des diverses forces politiques de gauche ont tenu dimanche soir un discours similaire, chacun voulant profiter à son niveau de la lumière.

Pour Benjamin Lucas, porte-parole de Génération.s, le parti fondé par Benoît Hamon, "une nouvelle respiration démocratique est possible avec les écologistes et la gauche pour le climat et la justice sociale. Soyons à la hauteur, préparons ensemble le rassemblement pour le changement en 2022", a-t-il tweeté.

Pour Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, parti qui perd son fief historique de Saint-Denis au profit du socialiste Mathieu Hanotin, "un tournant est pris pour plus de justice sociale et plus d'écologie. Même si l'abstention atteint un record, le signal envoyé au président de la République et à sa majorité est clair : les Français ne veulent pas de sa politique dans leur ville, ni dans le pays."

>> À lire : Face à Macron et Le Pen, la gauche écologiste peut-elle s'unir ?

"C'est la première grande victoire de la gauche depuis huit ans" et la victoire de François Hollande à la présidentielle de 2012, s'est félicité Pierre Jouvet, porte-parole du PS. "L'enjeu aujourd'hui n'est pas de savoir qui des Verts ou des socialistes ont gagné. On a prouvé que rassemblés, on est capable de lever un espoir. Ce doit être la première étape de la reconstruction d'une gauche capable de gagner en 2022", a-t-il ajouté.

Attention, toutefois, à ne pas calquer des résultats locaux sur une éventuelle dynamique nationale. Un récent sondage Ifop-Fiducial pour la présidentielle donnait Yannick Jadot (EELV) à seulement 8 % au premier tour. La performance des Verts est également "beaucoup moins bonne en dehors ou autour des métropoles", souligne auprès de l'AFP Émeric Bréhier, directeur de l'Observatoire de la vie politique à la Fondation Jean-Jaurès.

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