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ANALYSE

À l'approche du remaniement, le dilemme Édouard Philippe

Le chef de l'État Emmanuel Macron et le Premier ministre Édouard Philippe, dans la cours des Invalides lors de l'hommage à Arnaud Beltramme, le 28 mars 2018.
Le chef de l'État Emmanuel Macron et le Premier ministre Édouard Philippe, dans la cours des Invalides lors de l'hommage à Arnaud Beltramme, le 28 mars 2018. POOL/AFP
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Un remaniement d’ampleur du gouvernement devrait avoir lieu avant le prochain conseil des ministres, mercredi 8 juillet. Emmanuel Macron gardera-t-il Édouard Philippe comme Premier ministre ? La question est délicate, tant le chef du gouvernement a su se rendre indispensable.

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Un remaniement, oui, mais avec ou sans Édouard Philippe à la tête du futur gouvernement ? Emmanuel Macron cogite depuis plusieurs semaines déjà et a beau retourner le problème dans tous les sens, aucune solution ne semble s'imposer d’elle-même.

Lui qui souhaite faire de l’écologie et du social les thèmes forts des deux dernières années de son quinquennat peine à convaincre. Changer de Premier ministre pour marquer une rupture claire et nette pourrait apparaître comme une évidence. Sauf qu’après trois années émaillées de crises, Emmanuel Macron peut aujourd’hui difficilement se passer d’Édouard Philippe.

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Comment, en effet, mettre à la porte un homme qui, lors d’une soirée électorale catastrophique pour La République en marche (LREM), a été réélu maire du Havre avec 58,83 % des voix ? Et comment le remplacer alors que 55 % des Français souhaitent au contraire qu’il poursuive son action à la tête du gouvernement, selon un sondage Harris Interactive publié le 28 juin ?

Après plus de trois mois de crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, une majorité de Français donne crédit à Édouard Philippe pour sa gestion. "Il donne le sentiment d’avoir été pédagogue, d’avoir pris son temps, d’avoir été plutôt à l’écoute, tout en cherchant au maximum à partager avec les Français la manière dont il réfléchissait", analyse Jean-Daniel Lévy, directeur du département Politique et Opinion chez Harris Interactive, contacté par France 24.

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"Comme toujours avec un Premier ministre, sa popularité s’explique aussi en miroir inversé de ce que peut être Emmanuel Macron, ajoute le sondeur. Or, durant la crise, et contrairement à Édouard Philippe, le président a pu donner l’impression d’être parfois éloigné de la réalité des Français et a plutôt eu une communication descendante."

Un Premier ministre apprécié de sa majorité

Très au fait du fonctionnement de l’État et de la coordination entre l’exécutif et le Parlement, Édouard Philippe sait également naviguer au sein d’institutions qu’il connaît par cœur. Contrairement à certains de ses prédécesseurs, il tient relativement bien sa majorité à l’Assemblée nationale et a su traverser les crises sans jamais perdre la confiance de ses députés. Le groupe LREM a certes subi des départs depuis 2017, perdant notamment en mai la majorité absolue au Palais Bourbon, mais toujours à la suite de désaccords politiques et non en raison de différends personnels.

"Édouard Philippe a une très bonne image auprès des députés de la majorité, confirme Sonia Krimi, députée LREM de la Manche, contactée par France 24. Il peut parfois y avoir des divergences politiques, mais vous trouverez peu d’élus pour dire du mal de lui ou de son travail."

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Ce proche d’Alain Juppé est loué pour sa discrétion, son écoute et sa loyauté vis-à-vis du président de la République. Les députés de la majorité apprécient aussi qu’il n’intervienne pas dans la gestion de leur groupe à l’Assemblée nationale.

Enfin, ils lui reconnaissent sa capacité à faire face en tant de crise. "Que ce soit lors de la crise sanitaire, durant les mois de grève contre la réforme des retraites ou lors de la crise des Gilets jaunes, Édouard Philippe a toujours su rester serein", souligne Sonia Krimi.

Celui qui a permis la division de la droite

Mais au-delà de ses qualités bien réelles et de sa cote de popularité auprès des Français, Édouard Philippe est devenu indispensable à Emmanuel Macron car il est celui par qui la division de la droite est arrivée. En le nommant à Matignon au printemps 2017 et en le laissant mener une politique de centre-droit, le chef de l’État a fait venir à lui toute la frange modérée du parti Les Républicains, dont Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Franck Riester, Sébastien Lecornu ou encore Jean-Baptiste Lemoyne sont les représentants au gouvernement.

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Dans le même temps, LR avec Laurent Wauquiez à sa tête se recroquevillait sur lui-même, jusqu’à la débâcle des élections européennes de 2019, où la liste conduite par François-Xavier Bellamy n’a pu obtenir que 8,48 % des voix.

La réélection d’Emmanuel Macron, qui avait fait campagne au centre en 2017 mais qui mène depuis trois ans une politique qualifiée de droite, dépend donc aussi du maintien à son poste d’Édouard Philippe. Ce dernier sécurise en effet le soutien d’une partie de l’électorat de droite : 71 % des sympathisants LR ont une image favorable du Premier ministre, selon un sondage Ifop publié le 22 juin dans le Journal du Dimanche.

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