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CINÉMA

Trop blanche et masculine, l'Académie des Oscars se diversifie à marche forcée

Les statuettes remises lors de la cérémonie des Oscars en février 2019.
Les statuettes remises lors de la cérémonie des Oscars en février 2019. © Getty Images North America / AFP Archives
7 mn

Parmi les 819 nouveaux membres invités à rejoindre l’Académie des Oscars, plus d’un tiers sont issus d’une minorité ethnique et 45 % sont des femmes. Une évolution accélérée par les mouvements sociaux aux États-Unis qui secouent une institution qui reste masculine à 67 % et blanche à 81 %.

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Depuis une décennie, la critique revient tous les ans et chaque fois un peu plus fort. Trop blanche, trop masculine dans sa composition comme dans son palmarès, l'Académie des Oscars contribue à perpétuer la domination patriarcale dans l’industrie du cinéma. Mais cette année, alors que des manifestations contre le racisme se multiplient aux États-Unis avec le mouvement #BlackLivesMatter et que la parole des femmes se libère dans le milieu, l’Académie a compris qu’il était urgent de changer son image.   

Parmi les 819 nouveaux membres invités à rejoindre ses rangs cette année, 45 % sont des femmes et 36 % issus de minorités ethniques, "sous-représentées dans l'organisation". Parmi les nouveaux arrivants figurent notamment 25 Français, dont les cinéastes Ladj Ly ("Les Misérables") et l’actrice Adèle Haenel, incarnation du mouvement MeToo en France, après avoir accusé le réalisateur Christophe Ruggia d'"attouchements répétés". Elle s'était illustrée également en quittant la cérémonie des César après l'attribution du Meilleur film à Roman Polanski, accusé de viol et d'agression sexuelle. 

Une femme et un Noir, donc, tous deux étrangers, et symboles de l’esprit de la diversité et de la parité que tente désormais d’incarner l’Académie.

Une lente progression

Cet élan n’est pas nouveau. En 2016, l’Académie – jusque-là plutôt discrète sur sa composition - avait affronté la critique et révélé que ses 6 000 membres à l’époque (près de 10 000 aujourd’hui) étaient à 93 % blancs et à 76 % des hommes. Dans la foulée, elle avait promis un doublement du nombre de femmes et de membres issus de minorités ethniques d'ici 2020.

Depuis, chaque année, elle coopte des centaines de nouveaux membres plus jeunes, en sélectionnant des représentants des minorités, bien au-delà des frontières du cinéma américain et d'Hollywood. Autrefois limitées à 300 élus par an, ces nouvelles promotions atteignent maintenant plus de 800 recrues, de 68 nationalités différentes cette année.

En 2020, "l'Académie a dépassé les deux objectifs" de 2016, se réjouit-elle dans un communiqué. Et si les nouveaux élus acceptent de rejoindre ses rangs, ce qui est généralement le cas, la proportion de femmes au sein de l'Académie passera à 33% (contre 24 % en 2015) et celle des minorités à 19 % (contre 7 % en 2015).  

Preuve de son engagement, l’Académie a aussi diversifié cette année son comité directeur. La réalisatrice afro-américaine engagée Ava DuVernay, dont le film "Selma" avait pourtant été snobé en 2015 par le jury, a été nommée en juin au sein du corps des réalisateurs, tandis que la star de "Sister Act" Whoopi Goldberg a été reconduite pour représenter les comédiens. Avec 26 femmes et 12 personnes de couleur sur 54 gouverneurs (contre 25 et 11 précédemment), le comité n'a jamais été aussi diversifié.

Ava DuVernay, militante dont la filmographie ne cesse de dénoncer le racisme latent de la société et des institutions américaines envers la communauté noire, a salué cette évolution des mentalités au sein de l'Académie des Oscars.

Les membres, reflet d’un palmarès ?

Sachant que seuls les membres désignent les nommés pour les prix, l’évolution de l’Académie est-il un gage d’ouverture du palmarès ? Certains estiment déjà que le recrutement plus ouvert de ces dernières années a permis le sacre en 2020 de "Parasite", film sud-coréen et premier long-métrage en langue étrangère à remporter le prix du "meilleur film".

Néanmoins, malgré les efforts, le cru 2020 n’a pas échappé à ses vieux démons, comme l’illustre le retour en force du hashtag #OscarSoWhite (Oscars si blancs), émergé en 2015 alors que l’académie n'avait nommé aucun acteur issu de la diversité. Comme l’a fait remarquer le duo comique Chris Rock et Steve Martin lors de la remise des prix en février dernier, seule une personnalité afro-américaine faisait partie des nommés cette année. "En 1929, il n'y avait aucun nommé afro-américain. En 2020, il y en a une [Cynthia Erivo pour son rôle dans Harriet, NDLR].  Quelle progression incroyable", a ironisé Steve Martin.

Matthew A. Cherry, qui a remporté l'Oscar du meilleur court-métrage d'animation pour son film "Hair Love" a quant à lui ironisé sur le fait que tous les Noirs nommés ont dû faire une photo ensemble. Soit cinq personnes.

Quant à la sous-représentation des femmes parmi les prix les plus prestigieux, c’est une constante depuis 1929 et la 92e édition ne l’a pas démenti. L’absence de réalisatrices parmi les "oscarisables" a été dénoncée par le hashtag #OscarsSoMale (Oscars si masculins) sur les réseaux sociaux. Sur le tapis rouge, Natalie Portman a arboré sur une cape brodée des noms des réalisatrices ignorées par les Oscars. 

"L’évolution des Oscars n’est pas un engagement mais une obligation !"

Dans le contexte social actuel, la visibilité donnée à ces inégalités par les stars et par les réseaux sociaux met l’académie des Oscars au pied du mur. Pour le critique de cinéma Alex Masson, moins qu’un engagement, cette évolution est "une obligation". "Si l’Académie pouvait s’en passer, elle le ferait. C’est un système patriarcal et comme dans tout système, les dominants ont peur de perdre le pouvoir", explique-t-il à France 24. "Mais entre 'Black Lives Matter', la résurgence de la 'woke culture' [prise de conscience des injustices qui pèsent sur les minorités, NDLR], l’engagement plus marqué des femmes, l’académie n’a pas le choix de faire évoluer son image".

Selon lui, les raisons sont aussi bien politiques qu’économiques. "Hollywood redoute surtout le boycott. Et si 'Black Lives Matter' appelle à boycotter les salles en raison de l’absence de minorités dans les films, ça lui fera beaucoup de mal, en terme d’image d’abord et en terme financier. Or, il ne faut pas oublier que le moteur d’Hollywood, c’est l’argent !"

Peut-on espérer que le cru 2021 soit au diapason ? "Tout dépend de ce qui va marcher cette année", répond Alex Masson. "Mais l’autorisation dans la sélection des films de plateforme va permettre de mettre en avant des films comme le dernier Spike Lee et le biopic d’Aretha Frankin (productions Netflix)", relève Alex Masson qui estime que ces productions pourraient bien faire recette.  

Parmi les blockbusters américains qui ont marché cette année, le critique rappelle qu'il y a eu "Black Panther", réalisé par Ryan Coogler, film devenu phénomène aux États-Unis. Et "Wonder Woman", de Patty Jenkins, "le plus gros blockbuster réalisé par une femme mettant en scène une héroïne et vue par une majorité de gamines…". "Le cinéma est un bien culturel et industriel. Alors si le politique peut rapporter de l’argent, c’est banco !", conclut Alex Masson.

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