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MOYEN-ORIENT

La zone C, cette partie de Cisjordanie que la droite israélienne n'a jamais voulu lâcher

Un manifestant brandit un drapeau palestinien devant les forces israéliennes lors d'une manifestation contre le plan d'annexion de certaines parties de la Cisjordanie occupée, près de Tulkarem, le 5 juin 2020.
Un manifestant brandit un drapeau palestinien devant les forces israéliennes lors d'une manifestation contre le plan d'annexion de certaines parties de la Cisjordanie occupée, près de Tulkarem, le 5 juin 2020. © Mohamad Torokman, Reuters
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En principe, depuis le 1er juillet, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu peut dévoiler à tout moment les contours de son projet d'annexion en Cisjordanie. Dans sa ligne de mire se trouvent les blocs de colonies juives et la vallée du Jourdain, situés dans la zone C de la Cisjordanie, qui a toujours été convoitée par la droite dure israélienne.

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Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, peut en principe dévoiler à tout moment, depuis le 1er juillet, sa stratégie concernant l’annexion d’un tiers de la Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967. En particulier les blocs de colonies juives et la vallée du Jourdain, une bande de terre agricole très fertile qui compte pour 30 % du territoire. 

Une promesse électorale controversée qui s'inscrit dans la logique du "plan de paix" présenté par Donald Trump fin janvier. S'il se réalise, il sonnerait le glas de la solution des deux États, et réduirait à néant toute idée d'un État palestinien contigu et viable.

"Benjamin Netanyahu a fait de ce projet une affaire personnelle, il veut rester dans l’histoire comme étant un des Premiers ministres à avoir validé une forme d’annexion comme Menahem Begin avec le plateau du Golan, en 1981, ou encore Levi Eskhol avec Jérusalem-Est, après la guerre de 1967", explique à France 24 David Rigoulet-Roze, chercheur spécialiste du Moyen-Orient, associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), et rédacteur en chef de la revue "Orients stratégiques".

Les territoires convoités par Benjamin Netanyahu, qui semble temporiser dans l'attente d’un feu vert américain, se trouvent dans la zone C de la Cisjordanie. En vertu des accords d'Oslo signés dans les années 1990 par Israéliens et Palestiniens, la Cisjordanie est divisée en trois secteurs.

La zone A est sous contrôle exclusif palestinien, la zone B sous administration palestinienne et contrôle sécuritaire israélien et donc la zone C, sous contrôle sécuritaire et administratif exclusif de l'État hébreu. 

Selon les accords d’Oslo, cette fragmentation du territoire palestinien, qui place 60 % du territoire occupé et la seule bande de terre continue en zone C, devait initialement rester temporaire, le temps que de nouveaux accords débouchent sur la création d’un État palestinien au côté d’Israël. En vain.

La droite considère "la zone C comme israélienne"

"À l’origine, l’idée était que la zone C allait devenir graduellement une partie de l’Autorité palestinienne, puis à terme une partie de (l’État) de Palestine lorsqu’il y aurait un accord permanent", rappelle Yossi Beilin, négociateur israélien pour les accords d’Oslo, interrogé par l’AFP.  Mais la droite considère "la zone C comme israélienne" et "abuse d’Oslo" en tentant de transformer quelque chose "de temporaire" en quelque chose "d'éternel".

Pour la droite israélienne, qui a souvent débattu de l’opportunité de l’annexion de la zone C, sans pour autant franchir le pas malgré les surenchères nationalistes, cette dernière n’est pas un territoire palestinien. Elle n’y voit qu’une zone "disputée" située en "Judée-Samarie", en référence au nom biblique utilisé par le gouvernement israélien pour définir la Cisjordanie occupée.

Ces dernières années plusieurs figures de l'extrême droite israélienne et l’aile dure de la droite classique comme l’ancien ministre de la Défense Naftali Bennett, dirigeant du Foyer juif, un parti nationaliste religieux, ou encore Uri Ariel, ancien ministre de l'Agriculture de Benyamin Netanyahu, et Yuli Edelstein, ténor du Likoud, ont réclamé l’annexion de la zone C.

Certains évoquent même l'annexion de l’ensemble de la Cisjordanie, comme Moshé Feiglin, de l’aile droite du Likoud, qui avait proposé en 2013 de "donner à chaque famille [palestinienne, NDLR] un demi-million de dollars pour encourager l’émigration".

Benjamin Netanyahu était resté à distance de ce débat, avant qu’il ne promette, en septembre dernier, une semaine jour pour jour avant des législatives qui s'annonçaient compliquées pour son camp, de réaliser le rêve de la droite de sa droite et "d'écrire un nouveau chapitre glorieux dans l'histoire du sionisme".

Faisant campagne à droite et courtisant l'électorat des colons juifs favorables à l'annexion de larges pans de la Cisjordanie, il avait évoqué "une opportunité historique et unique" d'appliquer la souveraineté du pays sur les colonies "en Judée et Samarie et en d'autres lieux clés".

Une annexion déjà de facto sur le terrain ?

Toujours est-il qu’en Israël, l’idée divise la classe politique et la société. L'Institut démocratique d'Israël, centre de recherche basé à Jérusalem, a publié, au début du mois de juin, un sondage qui montre que seuls 50 % des Israéliens appuient le projet d’annexion.

De leur côté, un certain nombre de responsables sécuritaires israéliens, en poste ou à la retraite, s'opposent en coulisses à l'annexion, estimant qu'il n'y a rien à gagner à inscrire dans la loi une situation qui, de toute façon, existe déjà de facto sur le terrain.

En effet, d’un point de vue démographique, la colonisation de la Cisjordanie, qui s’est accélérée sous l’impulsion de Benjamin Netanyahu, au pouvoir sans discontinuation depuis 2009, a changé la donne dans la zone C. Selon des chiffres relayés par les médias israéliens, l’essentiel des 450 000 colons y vivent, contre 200 000 à 300 000 Palestiniens.

Capture d'écran
Capture d'écran © France 24

En outre, d’un point de vue administratif, l’État hébreu garde le contrôle sur les questions de sécurité, de planification et de construction, et impose des restrictions de mouvements, d'accès et de construction aux Palestiniens, auxquels Israël accorde rarement des permis de construire dans cette zone.

En 2016, le Bureau du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU avait estimé que la politique israélienne dans la zone C crée un "environnement hautement coercitif qui oblige [les Palestiniens] à partir". Une politique jugée "systématique et générale", qui empêche, selon l'ONU, la population palestinienne de se développer, d’accéder aux ressources en eau, aux pâturages, aux terres agricoles et même aux services de base.

"Toutes ces politiques, qui ont été menées depuis des années, qu’il s’agisse des transferts de Palestiniens, des constructions de colonies, des classements de terrains en zone militaire, avaient pour but de prendre un maximum de terres avec un minimum de Palestiniens", explique à France 24 Majed Bamya, diplomate palestinien auprès de l’ONU.

Reste à savoir si Benjamin Netanyahu optera pour une approche maximaliste avec le rattachement à Israël de la vallée du Jourdain et d'une centaine de colonies, ou une approche minimaliste en visant une poignée de colonies de la zone C.

Quel que soit son choix, il devra, malgré les critiques et les objections internationales, notamment onusiennes et européennes, accélérer le processus car une défaite de Donald Trump en novembre à la présidentielle, pourrait contrecarrer son projet.

 

 

 

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