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A Aix-en-Provence, le "making of" d'un festival qui n'aura pas lieu

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Aix-en-Provence (AFP)

Le metteur en scène Simon Stone donne des instructions, la compositrice Kaija Saariaho révise sa partition, Susanna Mälkki dirige la répétition: les stars sont à l'oeuvre au prestigieux festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence, même si, pour le public, il n'y a pas d'édition 2020.

Au Grand théâtre de Provence, une quarantaine de personnes - dont des techniciens masqués et distanciés - s'activent sur le plateau durant la répétition de l'opéra "Innocence". On aurait envie de croire que la première de cette création mondiale aura lieu comme prévu.

Véritable "laboratoire" de créations, le festival d'Aix, qui devait se tenir du 30 juin au 18 juillet, espère pouvoir reprogrammer en 2021 cet "opéra-thriller" sur des fantômes du passé qui viennent hanter un banquet de mariage.

"Après l'annulation, j'étais très déçue. Je ne pouvais pas me vider de la musique avant qu'elle n'existe sur scène", explique Kaija Saariaho à l'AFP, qui a assisté fin juin à une partie de la répétition, une des premières d'un opéra en France depuis le déconfinement.

"Quand j'ai commencé à l'entendre, ça s'est concrétisé et ça m'a donné confiance", ajoute l'éminente compositrice finlandaise qui a créé des opéras contemporains à succès comme "L'Amour de loin" (2000) et "Only the Sound Remains" (2016).

Paradoxe: si "écrire cette oeuvre pendant des années a été très stressant", elle travaille aujourd'hui sans la pression de la première. "On se demande pourquoi on travaille si intensément... mais tout le monde est tellement content de revenir!".

Revenir, avec des gestes barrière pas évidents dans un opéra, notamment avec des interprètes sans masques mais à deux mètres de distance pour chanter.

Pour éviter d'être en grand nombre dans un studio, le filage musical a débuté le 18 juin directement au plateau.

Le festival a réussi à faire venir la quasi-totalité des artistes impliqués dans cet opéra chanté en neuf langues, de la République tchèque à l'Espagne. Quelques exceptions toutefois: "la scénographe et l'éclairagiste sont encore à Londres", explique Marion Schwartz, productrice. "Par visioconférence, nous leur montrons la scène avec une tablette", sourit-elle.

- "Rester debout" -

Quant à la costumière, qui est en Australie, elle avait déjà terminé ses dessins et une assistante travaille sur place.

Cette production très internationale a connu d'autres rebondissements: la chorégraphe a jeté l'éponge en raison de la difficulté de travailler à distance et une remplaçante a été trouvée pour la chanteuse Lucy Shelton, bloquée aux Etats-Unis.

"Je reçu la partition il y a une semaine; j'ai eu le temps de l'apprendre vu que tous mes contrats ont été annulés", explique Fiona McGrown, mezzo-soprano basée à Paris.

"Déjà en temps normal, une production d'opéra, c'est assez acrobatique", affirme Mme Shwartz qui a travaillé dans le passé à l'Opéra de Paris.

"Normalement, nous avons une liste d'+imprévus prévisibles+: quand un chanteur qui tombe malade ou qui se désiste au dernier moment; on sait quels sont les remplaçants proches géographiquement ou qui connaissent le rôle. Là c'est toute une autre dimension".

D'autres stars se trouvaient à Aix pour participer aux récitals et débats diffusés sur Arte et France Musique dans le cadre d'une édition numérique du festival (6-15 juillet), comme le baryton allemand Christian Gerhaher ou encore le chef d'orchestre britannique Simon Rattle.

"Il y a une adhésion des artistes, nous sommes là pour dire qu'on ne doit pas s'arrêter", affirme Philippe Delcroix, directeur technique du festival.

Au Théâtre de l'Archevêché, autre lieu emblématique du festival, il supervise les lumières et le décor d'une nouvelle production du "Coq d'or" de Rimski-Korsakov, montée par Barrie Kosky, metteur en scène parmi les plus demandés au monde.

Sur les 300 techniciens intermittents, la moitié est revenue avec cette "volonté de rester debout". "On a décalé les horaires pour que les machinistes ne travaillent pas aux côtés des électriciens". "C'est plus lent, mais même avec des masques, c'est le bonheur".

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