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Démantèlement d'un réseau de téléphonie crypté utilisé par le crime organisé

Le réseau Encrochat, démantelé par la France et les Pays-Bas était utilisé par des criminels du monde entier.
Le réseau Encrochat, démantelé par la France et les Pays-Bas était utilisé par des criminels du monde entier. © AFP (Archive)
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Après avoir surveillé des millions de messages cryptés échangés depuis 2018 par des groupes criminels sur le réseau mondial Encrochat, les gendarmes français et la police néerlandaise ont procédé à des perquisitions et des arrestations d'ampleur dans plusieurs pays européens. L'enquête a fait ressortir des affaires de corruptions policières.

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Trafic de drogue, assassinats, blanchiment d’argent, extorsion de fonds, enlèvements… Une opération conjointe des autorités judiciaires et policières françaises et néerlandaises a conduit à de "multiples arrestations" dans plusieurs pays européens. Elle a empêché que ne soient perpétrés de nombreux actes criminels, a-t-on appris lors d’une conférence de presse aux Pays-Bas, jeudi 2 juillet au siège d’Eurojust, l’organisme de coopération judiciaire entre pays européens.

L'opération a permis le démantèlement d’un réseau mondial de communications cryptées, appelé EncroChat, utilisé quasi exclusivement par des groupes criminels.

"Plus de 100 millions de messages" de criminels interceptés

Les policiers sont parvenus à infiltrer Encrochat, a expliqué Janine van den Berg, cheffe de la police néerlandaise. "C’est comme si nous étions à la table de discussions des criminels, en direct", a-t-elle résumé. "On a utilisé le fait que les criminels font confiance aveuglément à la crypto-communication et parlent librement", a renchéri son collègue Andy Kraag, comparant ces informations à "une mine d’or nous fournissant des preuves qui nous auraient coûté des années en temps normal".

La France avait décidé de saisir Eurojust en 2019 avec le soutien d’Europol, l’agence européenne de police criminelle. L'enquête franco-néerlandaise a permis ces derniers mois d’intercepter et de déchiffrer en temps réel, à leur insu, "plus de 100 millions de messages" échangés via EncroChat entre criminels à travers le monde.

Cette intrusion d’envergure a pris fin le 13 juin lorsque le réseau s’est rendu compte, selon un message "d’alerte" adressé à tous ses clients, qu’il avait été "infiltré illégalement par des entités gouvernementales et leur a alors conseillé de se débarrasser immédiatement "de leurs téléphones". Mais c’était "trop tard pour eux, car nous avions déjà eu accès à des millions de messages", s’est félicité Andy Kraag.

Enlèvements, meurtres et fusillades évités

Selon les autorités, la quasi-totalité des clients d’EncroChat ("de 90 % à 100 %") sont liés au crime organisé. Quelque 50 000 de ces téléphones étaient en circulation en 2020.

Dès 2017, l’utilisation de ces téléphones cryptés par des criminels a été détectée en France lors d’opérations conduites contre le crime organisé par l’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale, qui a travaillé depuis sur le fonctionnement de ces communications chiffrées.

L’enquête a été menée à partir de 2018 par le parquet de la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Lille, en raison de la localisation de serveurs assurant le fonctionnement d’EncroChat sur le territoire de son ressort. Une information judiciaire a été ouverte le 28 mai dernier.

Si la France ne souhaite pas pour l’heure communiquer de détails sur les opérations en cours, les autorités néerlandaises assurent que l’infiltration d’EncroChat a permis d’empêcher la commission de "dizaines d’actes criminels violents", parmi lesquels enlèvements, meurtres et fusillades.

"Il est choquant de voir avec quelle facilité et sans le moindre scrupule ce type de graves actes criminels sont débattus et planifiés [sur EncroChat], insistent-elles. 

"Fuites" au sein des forces de l’ordre

Pour les seuls Pays-Bas, l’enquête a permis l’arrestation de "plus de 100 suspects", la saisie de "plus de 8 000 kg de cocaïne et d’1,2 tonne de méthamphétamine en cristaux", le démantèlement de "19 laboratoires de drogues synthétiques", la saisie de "dizaines d’armes à feu automatiques", de "montres de luxe", de "25 voitures, certaines comprenant des compartiments secrets" ainsi que de "près de 25 millions d’euros en liquide".

Mais les enquêtes, dont les résultats seront encore exploités "pendant des années", ont aussi révélé "des indices de fuite au niveau des services de police", qui sont pris "extrêmement au sérieux", a souligné la cheffe de la police néerlandaise. Elles ont démontré "clairement le rôle de la corruption tout au long de la chaîne de trafic illicite", a corroboré Wil van Gemert, directeur-adjoint des opérations à Europol.

Avec AFP

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