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MÉMOIRE

Les restes de 24 combattants tués lors de la colonisation française sont arrivés en Algérie

L'arrivée des restes de 24 insurgés algériens tués au début de la colonisation française et remis par la France, lors d'une cérémonie militaire solennelle vendredi 3 juillet à Alger.
L'arrivée des restes de 24 insurgés algériens tués au début de la colonisation française et remis par la France, lors d'une cérémonie militaire solennelle vendredi 3 juillet à Alger. AFP - ROY ISSA

Recouverts du drapeau national et salués par une longue haie d'honneur, les restes de 24 combattants algériens tués au début de la colonisation française ont été accueillis, vendredi, lors d'une cérémonie militaire solennelle, à Alger.  

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L'État algérien a organisé, vendredi 3 juillet, une cérémonie militaire solennelle à l'arrivée des restes de 24 combattants tués lors de la colonisation et rendus par la France. 

L'Hercules C-130 transportant des crânes a atterri à l'aéroport international d'Alger en début d'après-midi, accompagné par trois chasseurs de l'armée algérienne. Une fois sur le sol algérien, les 24 cercueils des "martyrs", recouverts du drapeau national, ont été salués par une longue haie d'honneur. Ils ont été lentement portés par des soldats, munis de masques sanitaires, sur un tapis rouge et au son de 21 coups de canons.

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune s'est incliné devant chaque cercueil. Un imam a prononcé une prière avant un discours du chef d'état-major, Saïd Chengriha Les cercueils seront ensuite transférés au Palais de la Culture, où ils seront exposés pendant toute la journée de samedi. Les restes doivent être enterrés dimanche, jour anniversaire de l'Indépendance, dans le carré des Martyrs au cimetière d'El Alia à Alger

Il s'agit "des dépouilles de 24 chefs de la Résistance populaire, qui ont été privés de leur droit naturel et humain d'être enterrés depuis plus de 170 ans", avait expliqué, jeudi, Abdelmadjid Tebboune à l'annonce du retour des dépouilles.

Le président algérien avait salué "ces héros qui ont affronté l'occupation française brutale, entre 1838 et 1865, et que l'ennemi sauvage a décapités en représailles, avant de transférer leurs crânes outre-mer, afin que leurs sépultures ne soient pas un symbole de la résistance".

"Une démarche d'amitié et de lucidité"

Cette restitution par la France est un signe fort d'un dégel dans les relations entre l'Algérie et l'ancienne puissance coloniale, marquées depuis l'indépendance en 1962 par des polémiques récurrentes des crispations et des malentendus. "Ce geste s'inscrit dans une démarche d'amitié et de lucidité sur toutes les blessures de notre histoire", a ainsi déclaré, vendredi, la présidence française.

"C'est le sens du travail que le Président de la République a engagé avec l'Algérie et qui sera poursuivi, dans le respect de tous, pour la réconciliation des mémoires des peuples français et algérien", a-t-elle ajouté.

Selon l'historien Benjamin Stora, interrogé par l'AFP, la France redécouvre son Histoire à travers ce genre de geste : "Cela contribue à sortir de l'oubli des pages sombres de notre histoire. On avait le sentiment que la conquête coloniale avait été brève. Mais la construction de grandes villes haussmanniennes comme Alger ou Oran, de routes, d'hôpitaux... s'est édifiée sur des massacres, sur des choses terribles".

"Cette histoire terrible s'est transmise de génération en génération dans les familles algériennes. Le rapport à la France est très douloureux. Ça ne peut pas passer comme une lettre à la poste. Il y a un mouvement mondial de réappropriation de l'histoire des peuples et la France ne peut pas passer à côté de ça", insiste ce spécialiste de l'Algérie.

D'illustres combattants algériens "trophées de guerre"

Ce n'est qu'en janvier 2018 que l'Algérie avait demandé officiellement à la France la restitution des crânes et des archives coloniales. Lors d'une visite à Alger en décembre 2017, le président français Emmanuel Macron s'était engagé à restituer les restes humains algériens entreposés au Musée de l'Homme, un des sites du Muséum national d'histoire naturelle.

À l'époque, le président du Muséum, Bruno David, avait fait savoir que l'institution était "prête pour accompagner le processus de restitution". "Ces restes humains sont entrés dans nos collections d'anthropologie à la fin du XIXe siècle après différents épisodes liés à la conquête française de l'Algérie", avait-il expliqué.

Parmi les combattants algériens des débuts de la colonisation les plus illustres figure cheikh Bouziane, le chef de l'insurrection des Zibans, dans l'est de l'Algérie, en 1849. Capturé par les Français, il avait été fusillé puis décapité. Il y aussi le célèbre Mohammed Lamjad ben Abdelmalek, dit chérif "Boubaghla" ("l'homme à la mule"), initiateur d'une révolte populaire, tué en 1854. Ces crânes étaient considérés comme des "trophées de guerre" par les militaires français.

La question mémorielle au cœur des relations entre l'Algérie et la France

C'est un historien algérien, Ali-Farid Belkadi, qui a soulevé en 2011 la question de ces crânes après avoir mené des recherches au musée. Il déplorait alors que les crânes soient "calfeutrés dans de vulgaires boîtes cartonnées, qui évoquent les emballages de magasins de chaussures". Une critique réfutée par la direction du musée.

Ces dernières années, des pétitions, signées notamment par les historiens Benjamin Stora, Pascal Blanchard et Mohammed Harbi, ont réclamé le retour de ces restes en Algérie.

À la veille du 58e anniversaire de l'Indépendance, célébré dimanche, ce geste manifeste une volonté d'apaisement après la récente brouille diplomatique à propos de la diffusion d'un documentaire français sur la jeunesse algérienne antirégime, qui a fortement déplu à Alger.

La question mémorielle reste au cœur des relations volatiles entre l'Algérie et l'ancienne puissance coloniale. Les députés algériens viennent d'adopter à l'unanimité une loi "historique" instaurant une journée de la Mémoire, le 8 mai, en souvenir des massacres de 1945 commis par les forces françaises à Sétif et dans le Constantinois.

Les autorités algériennes veulent aussi remettre sur la table le dossier des "disparus" pendant la guerre d'indépendance (1954-1962) – plus de 2 200, selon Alger – et celui des essais nucléaires français dans le Sahara algérien qui "ont fait et continuent à faire des victimes", selon elles.

En février 2017, alors qu'il était candidat à la présidentielle, Emmanuel Macron, en visite à Alger, avait qualifié la colonisation de l'Algérie de "crime contre l'humanité".

Avec AFP

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