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Pour reprendre la main, Emmanuel Macron place un homme de l'ombre à Matignon

Emmanuel Macron en déplacement à Angers le 31 mars 2020.
Emmanuel Macron en déplacement à Angers le 31 mars 2020. © Loic Venance, AFP
9 mn

Le président Emmanuel Macron a choisi Jean Castex, conseiller du gouvernement sur la stratégie de déconfinement et inconnu du grand public, comme nouveau Premier ministre. Ce dernier succède à Édouard Philippe pour faire appliquer le "nouveau chemin" annoncé pour la fin du quinquennat.

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À deux ans de la fin de son mandat et alors que la France entreprend un retour à la normale après la crise du Covid-19, le président Emmanuel Macron a annoncé la nomination d’un nouveau Premier ministre. Jean Castex, ancien-collaborateur de Nicolas Sarkozy et de Xavier Bertrand, maire Les Républicains de Prades (Pyrénées-Orientales) et conseiller du gouvernement sur la stratégie de déconfinement, succède à Édouard Philippe.

"Un choix macronien, conforme à l'esprit de dépassement porté par le président depuis trois ans", selon l'Élysée, qui présente le nouveau Premier ministre comme un homme qui "vient de la droite mais est un gaulliste social".

Pour Roselyne Febvre, chroniqueuse politique à France 24, le choix d’Emmanuel Macron s’inscrit dans la continuité du chemin tracé depuis le début du quinquennat en incarnant le "en même temps" cher au président. "Cette nomination est pleine de symboles : il s’agit d’un profile techno mais aussi d’un homme de terrain qui peut s’adresser aux territoires et qui a une expérience en tant que directeur des hôpitaux en 2005…C’est une sorte de couteau suisse".

Pour le politologue Emmanuel Rivière, interviewé sur France 24, la particularité de l’annonce tient au fait que Jean Castex soit inconnu du grand public. Pour autant, le fait qu’il ait conseillé le gouvernement sur la stratégie du déconfinement est loin d’être anodin : "Il s’agit d’une page blanche pour les Français. Or, le changement de Premier ministre intervient alors que la crise sanitaire n’est pas finie. Le défi aujourd’hui pour Jean Castex est d’arriver à incarner rapidement une maîtrise et une transparence aux yeux du public sur cette question".

Maintenir le cap

Jean Castex, qui devrait former son gouvernement rapidement, entrera dès vendredi après-midi à Matignon. Il sera l'invité du 20h de TF1, au terme d'une journée où le président de la République a accéléré le remaniement attendu depuis des semaines. 

"Le cap sur lequel je me suis engagé en 2017 reste vrai", a réaffirmé Emmanuel Macron, jeudi, dans une interview à la presse régionale. Mais alors que se profile une rentrée "très dure" sur les fronts économique et social, le prochain gouvernement sera chargé d'appliquer le "nouveau chemin" qu'Emmanuel Macron a commencé à dessiner, avec une priorité sur la politique de santé, le grand âge et un plan pour la jeunesse. Un changement qui s'annonce dans la continuité avec notamment la remise en chantier de la réforme des retraites.

Pour incarner ce "chemin" modifié, plutôt qu'une figure de l'écologie ou un poids lourd politique, le chef de l'État a préféré un profil technocrate, élu local et haut fonctionnaire. Un choix qui lui laisse les mains libres, après trois ans d'entente cordiale avec Édouard Philippe, qui prenait un poids croissant dans la stratégie gouvernementale et dans l'opinion. Avec des dissensions de plus en plus marquées, notamment pour la réforme des retraites.

À cela s'ajoute le fait que le directeur de cabinet de Jean Castex sera Nicolas Revel, un proche d'Emmanuel Macron qui avait tenté, en vain, de l'imposer à Édouard Philippe à son arrivée à Matignon.

À noter que le premier cercle du pouvoir comprendra trois anciens secrétaires généraux adjoints de l'Élysée — Emmanuel Macron et Nicolas Revel sous François Hollande et Jean Castex sous Nicolas Sarkozy — et comme auparavant quatre énarques en incluant Alexis Kohler, bras droit d'Emmanuel Macron en tant que secrétaire général de l'Élysée.

Pour le président des Républicains Christian Jacob, Jean Castex représente un choix "technocratique" mais "à partir du moment où il s'inscrit dans la politique menée par Emmanuel Macron, bien évidemment il n'est plus aux Républicains". "En matière de trahisons, on a donné déjà" a-t-il lancé, allusion à Édouard Philippe, également issu de LR.

"Je connais et j'apprécie les qualités de serviteur de l'État de Jean Castex. Elles seront indispensables dans les moments difficiles que nous allons connaître... Puissent-elles corriger les mauvais choix du président de la République", a commenté le président de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand, tandis que les proches d'Édouard Philippe saluaient son action au gouvernement.

À gauche, on estimait que cette nomination démontrait une poursuite d'une politique "de droite". "Avec la nomination de Jean Castex, le président de la République confirme sans surprise son cap. Le jour d'après sera de droite comme le jour d'avant", a estimé Olivier Faure (PS).

La composition du nouveau gouvernement devrait être connue avant mercredi, date prévue du prochain conseil des ministres.

Nouvelle étape

Au cours d'un entretien jeudi, "le président de la République et le Premier ministre ont établi un constat partagé quant à la nécessité d'un nouveau gouvernement pour incarner une nouvelle étape du quinquennat, un nouveau chemin", avait expliqué l'Élysée lors de l'annonce de la démission d'Édouard Philippe.

"Au cours de cet entretien chaleureux et amical, le président a remercié le Premier ministre pour le travail accompli, en particulier les importantes réformes conduites pour la modernisation du pays et la préservation de notre modèle social".

Le nouveau gouvernement devra "mettre en œuvre la nouvelle étape du quinquennat, le projet de reconstruction sociale, économique, environnementale et locale dont le président a exposé les grandes orientations lors de son allocution du 14 juin et qui s'est précisée au cours du cycle de consultations approfondies conduit au cours des dernières semaines", a souligné l'Élysée.

À l'annonce de la démission du gouvernement, toute activité ministérielle a aussitôt été interrompue. Le Conseil des ministres, prévu vendredi matin, n'a pas eu lieu. À l'Assemblée, où était examiné le troisième projet de budget rectifié, la séance a été suspendue.

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