Dupond-Moretti et Darmanin, deux nominations qui passent mal chez les féministes

Les nominations au gouvernement de Gérald Darmanin et d'Éric Dupond-Moretti ne passent pas chez les militantes féministes.
Les nominations au gouvernement de Gérald Darmanin et d'Éric Dupond-Moretti ne passent pas chez les militantes féministes. © Thomas Samson et Gérard Julien, AFP

De nombreuses féministes ont vivement réagi dès lundi soir aux nominations d’Éric Dupond-Moretti au ministère de la Justice et de Gérald Darmanin à l’Intérieur, le premier étant accusé de propos sexistes et le second ayant une plainte pour viol en cours d’investigation.

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Leur nomination a fait l’effet du bombe dans les milieux féministes. Dès l’annonce de l’arrivée d’Éric Dupond-Moretti au ministère de la Justice et de Gérald Darmanin au ministère de l’Intérieur, lundi 6 juillet, les féministes ont fait part de leur consternation sur les réseaux sociaux.

"Comment imaginer un instant que la lutte contre les violences sexistes et sexuelles avance avec un violeur à l’Intérieur et un masculiniste à la Justice ? Ce gouvernement est une honte", a tweeté le réseau Osez le féminisme! avant de publier un communiqué titrant : "Nous féministes, nous ne pouvions imaginer pire scénario". 

"Darmanin à l’Intérieur. Dupond-Moretti à la Justice. Je la sens moyen la Grande Cause du quinquennat", a lancé de son côté l’activiste féministe Caroline de Haas, dans le premier d’une dizaine de tweets rappelant notamment des propos jugés sexistes d’Éric Dupond-Moretti.

Accusé de viol, de harcèlement sexuel et d'abus de confiance en 2009, Gérald Darmanin a bénéficié d’un non-lieu en 2018, mais la Cour de cassation a ordonné en novembre 2019 le réexamen de la validité de cette décision. Depuis, la Cour d’appel de Paris a demandé le 11 juin la reprise des investigations. Entendu en audition libre le 12 février 2018, Gérald Darmanin a confirmé avoir eu une relation sexuelle avec la plaignante, mais, selon lui, librement consentie.

Manifestations féministes à Paris 

Mardi matin, une vingtaine de militantes féministes ont tenté de perturber la passation de pouvoir entre Christophe Castaner et Gérald Darmanin, place Beauvau. Venues avec fumigènes et pancartes "Darmanin à l'Intérieur, vous vous torchez avec nos plaintes", scandant "Darmanin démission" et "Darmanin violeur", elles ont été stoppées par les forces de l'ordre qui quadrillaient le quartier.

Dans l'après-midi, c'est un groupe de trois Femen qui a fait irruption devant l'Elysée, peu avant le conseil des ministres, aux cris de "remaniement sexiste", "réponse sextrémiste". Les femmes qui manifestent les seins nus ont rapidement été interpellées par les forces de l’ordre.

La leader du mouvement français, Inna Shevchenko, avait tweeté sa colère dès lundi et prévenu que les Femen réagiraient rapidement. "Un ministre de l'intérieur accusé d'agression sexuelle et un ministre de la justice qui a présenté des excuses aux violeurs ? Le message est bien reçu. A très vite...", a-t-elle tweeté lundi soir. "Les activistes #femen sont venues devant le conseil des Ministres pour exprimer leurs sincères condoléances à la République française", a-t-elle poursuivi mardi.

À l'appel d'Osez le féminisme, une dizaine de femmes ont également manifesté pendant le conseil des ministres, mardi à 15h. Tout en pointant leurs doigts vers l'Elysée, elles scandaient "l'accusé c'est lui, le complice c'est lui", en référence à Gérald Darmanin et Eric Dupond-Moretti. 

"Une formidable claque"

Le célèbre avocat s’est quant à lui farouchement opposé à la création du délit d’outrage sexiste. Les associations féministes lui reprochent également ses propos lors du procès de l’ancien secrétaire d’État et maire de Draveil, George Tron, accusé de viol et d'agressions sexuelles, mais acquitté en novembre 2018. "C’est bien beau que la parole des femmes se libère, mais vous préparez un curieux mode de vie aux générations futures", avait-il lancé à l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT).

"Ce qui était autrefois un râteau est aujourd'hui un délit", "À 30 ans, on n'est pas une potiche incapable de dire non à un homme", certaines femmes "regrettent de ne plus être sifflées" : les nombreuses petites phrases du nouveau garde des Sceaux ont soigneusement été ressorties des archives lundi soir dans de nombreux tweets de militantes ou d'anonymes.

Ces deux nominations sont "une formidable claque qu’Emmanuel Macron lance au visage de toutes celles et ceux qui se sont mobilisés contre les violences sexuelles et sexistes", a également réagi l’ancienne ministre déléguée à la Famille et sénatrice socialiste, Laurence Rossignol, mardi 7 juillet, sur franceinfo. "C’est un très gros problème, parce qu’a minima ces deux hommes n’ont aucun engagement sur ces sujets", a-t-elle ajouté.

L'entourage d'Emmanuel Macron a toutefois estimé lundi soir que l’accusation de viol contre Gérald Darmanin n’était "pas un obstacle" à sa nomination comme ministre de l’Intérieur.

Marlène Schiappa, qui portait jusqu'ici l'ambition affichée du chef de l'État de faire de l'égalité femmes-hommes la grande cause du quinquennat, a hérité du nouveau portefeuille de la Citoyenneté. Ironie du remaniement: elle travaillera désormais sous l'autorité de Gérald Darmanin.

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