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En Corse, le mouvement #IWas réclame la "fin de l'omerta pour les victimes" d’agressions sexuelles

Manifestation contre les agressions sexuelles en Corse, à Ajaccio le 5 juillet 2020.
Manifestation contre les agressions sexuelles en Corse, à Ajaccio le 5 juillet 2020. © Pascal POCHARD-CASABIANCA / AFP
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Le mouvement de dénonciation des violences sexuelles #IWas a pris, ces dernières semaines, une ampleur particulière en Corse, avec des dizaines de témoignages sur les réseaux sociaux, même s'il a pour l'instant débouché sur peu de plaintes.

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La "loi du silence" concernant les violences sexuelles en Corse est en train de s'étioler, alors que le mouvement #IWasCorsica prend une ampleur considérable. Dimanche 5 juillet, plusieurs centaines de personnes ont défilé dans les rues d'Ajaccio pour dénoncer les agressions sexuelles visant les femmes. À l'appel du mouvement, les manifestants, principalement des jeunes femmes, ont rallié la préfecture depuis le palais de justice en brandissant des pancartes "Prenez nos plaintes", "La peur change de camp", "Fin de l'omerta pour les victimes". Le 21 juin, quelque 300 personnes avaient déjà manifesté avec les mêmes slogans à Bastia.

Depuis début juin, les témoignages affluent sur la page #IWasCorsica, déclinaison insulaire du mot-dièse #IWas ("J’avais" ou "j'étais âgé(e) de"), né aux États-Unis à la même période qui, suivi de l'âge, permet aux victimes de violences sexuelles de partager sur les réseaux sociaux ce qu'elles ont vécu. Culomba Sicurani, par exemple, 25 ans, a été l'une des premières en Corse à s'en emparer. "#IWas 6 environ. C'était mon cousin. Il en avait 14. Je me suis réveillée la nuit. Il ne dormait pas. Et m'a demandé de l'aider à finir ce qu'il était en train de faire", a-t-elle écrit le 6 juin. Aujourd'hui installée à Dublin, elle explique à l'AFP la difficulté à raconter ces drames : "En Corse, c'est petit, on se connaît tous. On n'ose pas parler parce que le violeur, c'est l'ami, le cousin".

"L'omerta n'est pas un mythe sur l'île"

"Dans l'île, le silence vient de la honte et de la peur de représailles. On n'informe pas ses parents de peur que son père aille tuer l'auteur", explique à l'AFP Laetitia Maroccu, présidente de l'association Done et Surelle, et en charge à Ajaccio de la délégation égalité femmes-hommes.

"L'omerta n'est pas un mythe dans l'île" sur ces questions de violences sexuelles "commises dans la majorité des cas par des proches", confirme un policier longtemps familier de ces dossiers. Sans procès, "les victimes ne sont pas reconnues comme telles".

Le mouvement a obtenu le soutien notamment du maire d'Ajaccio Laurent Marcangeli, présent dans cortège de dimanche, mais aussi des édiles de Bastia et de Bonifacio, et de Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l'Égalité entre les femmes et les hommes sous le gouvernement Philippe.

Le préfet d'Ajaccio, qui a reçu une délégation, "nous a donné son mail et son numéro de portable pour qu'on lui transmette les plaintes qui posent problème", ont précisé à l'AFP Laetitia Maroccu et Anaïs Mattei, l'une des organisatrices des manifestations, regrettant de trop nombreux classements sans suite. La jeune femme de 22 ans assure avoir réuni "les témoignages de 15 personnes prêtes à porter plainte" qui doivent se rendre ensemble mardi au commissariat de Bastia.

Rares dépôts de plainte des victimes

Pour l'heure, une seule "plainte pour un viol qui aurait été commis l'été dernier en Haute-Corse" a été enregistrée, a indiqué à l'AFP la procureure de la République à Bastia, Caroline Tharot. Si les plaintes des victimes restent rares, "48 plaintes en diffamation ont été déposées en Haute-Corse à la suite de la publication de dizaines de noms de potentiels agresseurs sexuels ou violeurs", partagés par messages privés sur les réseaux sociaux, a précisé la procureure. Une 49e plainte a aussi été déposée en Corse du Sud.

Samedi, une opération de collage de messages en langue corse et en français a été menée dans les rues de Paris, en soutien aux victimes de violences sexuelles de l'île. On pouvait notamment lire "mai piu zitte" ("plus jamais silencieuse", en corse), "un si micca sola" ("vous n'êtes pas seules") ou encore, en français, "Corse : île des justes, pas des violeurs".

Avec AFP

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