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Royaume-Uni: le groupe d'habillement Boohoo accusé de piétiner le droit du travail

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Londres (AFP)

Accusé d'avoir recours à des fournisseurs aux pratiques quasi-esclavagistes et d'avoir contribué à propager le nouveau coronavirus, le groupe d'habillement britannique Boohoo se retrouve dans la tourmente, lâché par ses clients et les investisseurs.

L'association de défense des droits des travailleurs Labour Behind the Label a dénoncé dans un rapport cinglant des conditions de travail et des niveaux de salaires illégaux dans la région de Leicester où la présence de foyers d'infection a forcé la ville du centre de l'Angleterre à se reconfiner.

Ville réputée pour la diversité de sa population, Leicester compte un millier d'ateliers textiles. Le rapport épingle notamment Booho, entreprise fondée au coeur du quartier historique du textile de Manchester en 2006 par Mahmud Kamani et Carol Kane. Spécialisée dans la "fast fashion" éphémère et bon marché, orientée vers les jeunes, elle comprend aujourd'hui plusieurs marques distribuées à l'international pour des ventes annuelles de plus d'un milliard de livres.

"Comment Boohoo peut-elle se targuer d'une croissance de 44% au premier trimestre (...) malgré une pandémie? Les ouvriers dénoncent des violations du confinement, des fraudes aux aides gouvernementales au chômage partiel, et de l'esclavage moderne dans la chaîne d'approvisionnement", a tweeté l'ONG le 1er juillet.

Un article publié dimanche dans le Sunday Times relate qu'un journaliste qui s'est fait passer pour un ouvrier et a travaillé deux jours dans l'usine Jaswal Fashions de Leicester s'est vu promettre un salaire de 3,50 livres l'heure alors que le salaire minimum pour un adulte de plus de 25 ans est de 8,72 livres au Royaume-Uni.

Dès lundi, l'action a piqué du nez, et elle a déjà perdu 43% en moins de trois séances.

La société s'est dite "horrifiée" par ces allégations et a affirmé tout ignorer de ces pratiques, promettant une enquête pour laquelle elle a embauché une experte renommée du contrôle qualité.

- "Cas d'école" -

Le groupe dit aussi avoir trouvé des "inexactitudes" dans l'article de dimanche: Jaswal "n'a jamais été un fournisseur de l'entreprise" et n'est plus en exercice, ses locaux étant occupés par d'autres fabricants, affirme-t-il, cherchant à savoir comment ses produits se sont retrouvés dans ces locaux. "Nos enquêtes internes n'ont pas trouvé de preuves de fournisseurs payant les ouvriers 3,50 livres l'heure", assure-t-il.

Boohoo dit cependant avoir trouvé "d'autres points où les fournisseurs n'ont pas respecté (ses) chartes éthiques et a interrompu sa relation avec eux".

"Le marché n'est pas convaincu" par les justifications de Boohoo, remarque Russ Mould, analyste du courtier AJ Bell, qui fait valoir qu'un "examen de sa chaîne d'approvisionnement aurait dû être fait il y a longtemps".

Les accusations de mauvaises pratiques chez ses fournisseurs et les articles de presse les dénonçant remontent en effet à 2017.

Les distributeurs britanniques Next, Asos - eux aussi parfois épinglés pour les pratiques de leurs entrepôts - ou l'allemand Zalando ont annoncé boycotter au moins temporairement les produits de Boohoo, tout comme des vedettes de télé comme Vas J Morgan.

"Boohoo est un cas d'école de mauvaises pratiques éthiques", déclare Michael Hewson, analyste de CMC Markets, notant que cela invite à "réfléchir à la nature de la +fast fashion+ et de ce qui se cache derrière les petits prix et le fait d'acheter des vêtements, les porter une fois et les jeter, ce qui n'est pas très éthique".

L'analyste ironise aussi sur l'arme à double tranchant des "réseaux sociaux qui peuvent bâtir une marque très vite à l'aide d'influenceurs qui exhibent les produits d'une société, mais peuvent la détruire aussi vite".

Labour Behind the Label fait valoir que "l'esclavage moderne révélé dans la chaîne d'approvisionnement de Boohoo n'est pas unique dans le secteur de la confection", dénonçant notamment les commandes annulées et non payées avec l'excuse du virus, qui se répercutent sur les employés.

Des politiciens s'en mêlent, comme le parlementaire Darren Jones qui a jugé sur Twitter que "Boohoo n'a pas d'excuses" car ses "administrateurs sont obligés par la loi de s'assurer que les fournisseurs n'exploitent pas les travailleurs" et a rappelé que son conseil d'administration avait signé sa "déclaration annuelle contre l'esclavage moderne".

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