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LES OUBLIÉS DE LA CRISE

Covid-19 : en France, les clubs ne voient pas le bout de la nuit

Un DJ mixe au Balrock, à Paris, le 1er juillet 2020, lors d'un événement organisé pour protester contre la fermeture administrative des discothèques en France, en raison de la crise sanitaire du Covid-19.
Un DJ mixe au Balrock, à Paris, le 1er juillet 2020, lors d'un événement organisé pour protester contre la fermeture administrative des discothèques en France, en raison de la crise sanitaire du Covid-19. © Alain Jocard, AFP
5 mn

Alors que les bars et restaurants ont rouvert le 2 juin, les clubs et établissements festifs de nuit sont toujours frappés de fermeture administrative. Exsangues, les professionnels du secteur dénoncent des incohérences tandis que les fêtards continuent, eux, de danser, en toute clandestinité.

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L’été est là, synonyme pour beaucoup de vacances, plages, apéros, et danse jusqu’au bout de la nuit. Mais cette année, pour la fête, il va falloir se contenter d’une enceinte et de trois copains dans un salon. Pas de set électro au Rex, pas de soirée mousse à la Camargue, pas de dancefloors suintant dans la chaleur moite des stations balnéaires. Les clubs et discothèques n’ont pas eu de feu vert pour rouvrir le 2 juin, au même titre que les restaurants, les bars "assis" ou les clubs libertins qui ont toute licence de s’échanger des fluides entre adultes consentants et… allongés.

Motif invoqué : interdiction d’ouvrir des établissements où le public reste debout. "Et on ne va pas en boite – parfois à dix mètres sous terre – pour rester assis. Notre promesse, c’est la danse, on ne peut pas transiger là-dessus", reconnaît Frantz Steinbach, fédérateur du Comité de Filière "Nuit, lieux musicaux festifs & de vie". Le comité a été créé le 15 mai, en plein confinement, pour représenter les intérêts de l’ensemble de l’écosystème de la fête (établissements, producteurs et organisateurs d’événements) auprès du gouvernement.

Parmi les premiers à fermer, les clubs sont donc les derniers à être encore frappés de fermeture administrative, et ce jusqu’à une date encore indéterminée. Aux dernières nouvelles, leur réouverture n’est pas prévue avant septembre.

Lors des questions au gouvernement le 8 juillet, la députée LR de Saône et Loire, Josiane Corneloup, est montée au front pour "alerter le Premier ministre sur la catastrophe économique et financière qui risque de décimer une profession si rien n’est fait". Sans préciser de date butoir, le ministre de la Santé et des Solidarités Olivier Véran a confirmé dans l’Hémicycle que "la France a décidé de ne pas rouvrir les discothèques en l’état, compte tenu de la situation sanitaire et des risques".

Avec le remaniement, "on prend mécaniquement plusieurs semaines dans la vue"

Le remaniement n’a pas aidé la filière. Malgré l’urgence affichée par le gouvernement de Jean Castex, les changements d’interlocuteurs dans les ministères n’ont fait que repousser le dossier des discothèques sous une pile d’autres sujets "TTU" (très très urgents). "Mécaniquement, ça nous met quelques semaines dans la vue", regrette Frantz Steinbach qui jongle entre les ministères de l’Intérieur, de la Santé et des Affaires étrangères, ce dernier étant compétent sur le tourisme. "Les équipes dans les cabinets ne sont pas formées, les prochaines réunions interministérielles (RIM) ne sont pas encore calées et nous avons bien conscience que notre dossier est une urgence parmi d’autres", reconnait-il.

Le Syndicat national des discothèques et lieux de loisir (SNDLL) relevait pour sa part le 7 juillet que lors de sa première prise de parole en tant que ministre la Culture, la veille au soir, "Mme Bachelot (...) a tout évoqué sauf…les discothèques ! Mauvais signe". 

En attendant que de nouveaux interlocuteurs s’emparent du dossier, ce sont près de 1 600 établissements et 120 000 emplois qui sont menacés, rappelle Josiane Corneloup, si "l’autorisation imminente d’ouvrir n’est pas accordée". "Aucune industrie ne peut résister sept mois à la fermeture", souligne la députée qui redoute que ces établissements ne disparaissent de "notre patrimoine culturel, économique et festif".

"On fait des marges brutes de 5 à 7 % par établissement donc sans mesure urgente, la faillite est inévitable. Et ce ne sont pas les aides de l’État – aussi indispensables soient-elles - qui peuvent maintenir une industrie sans activité pendant plus de six mois", abonde Frantz Steinbach qui chiffrait déjà les pertes à une moyenne de 80 000 euros par établissement au 15 mai. Une somme qui peut être multipliée par deux aujourd’hui, estime le porte-parole, également gérant de trois établissements de nuit à Paris et La Rochelle.

Le Comité de Filière demande entre autres la mise en place d’un fonds sectoriel de compensation et la prolongation du régime d’activité partielle jusqu’en septembre 2021. Cette dernière demande a été entendue et le gouvernement a déposé un amendement en ce sens le 9 juillet. 

La fête à tout prix : la multiplication des free parties

Jusqu’à la semaine dernière, certains patrons d’établissements de nuit gardaient encore l’espoir d'une réouverture le 11 juillet, au lendemain de la sortie de l'état d'urgence sanitaire en France. Un protocole sanitaire a même été élaboré par le Comité. "On a eu un retour positif des autorités sanitaires", se félicite Frantz Steinbach. "Organiser des événements festifs, c’est notre métier. On offre un cadre et une obligation de moyens à la fête. Les autorités pourraient s’appuyer sur notre expérience et nous faire confiance, mais personne ne veut prendre le risque, ni la responsabilité de la réouverture", déplore-t-il.

Et comme il est "difficile d’imaginer un été sans fêtes", comme se plaisait à le répéter, d'après nos sources, Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État en charge du Tourisme (et du dossier de la nuit) sous le gouvernement d’Edouard Philippe, les fêtes ont lieu malgré tout. Mais hors cadre. Depuis le déconfinement, des rassemblements festifs dans les rues ou des free parties dans des lieux tenus plus ou moins secrets se sont multipliés en France. Et il ne faut pas chercher longtemps sur les réseaux sociaux pour trouver de nouvelles dates prévues pour ces fêtes techno clandestines durant les mois de juillet et août.

"De la concurrence déloyale", déplore Frantz Steinbach qui souligne aussi tous les dangers encourus par ceux qui fréquentent ces soirées "sauvages" où aucune mesure sanitaire ni sécuritaire n’est respectée. "L’été arrive. Bien sûr que les gens ont envie de faire la fête. Les clubs, c’est comme un phare dans la nuit. Mais en voulant réguler, l’État ne fait que déréguler et il s’en remet à l’aléatoire", prévient-il.

RELAI COMMUNIQUÉ DU COLLECTIF DES FÊTES INTERDITES. « APPEL À LA MOBILISATION GÉNÉRALE LE WEEK-END DU 21 JUIN...

Publiée par Agenda Teuf Free Party sur Mercredi 11 mars 2020

 

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