Accéder au contenu principal

Projet d'accord sur le Ségur de la santé : "La réponse du gouvernement est lamentable"

Les internes en médecine manifestent devant le ministère de la Santé, jeudi 9 juillet à Paris, pour dénoncer leur manque de moyens et l'accord pour les personnels hospitaliers, jugé insuffisant.
Les internes en médecine manifestent devant le ministère de la Santé, jeudi 9 juillet à Paris, pour dénoncer leur manque de moyens et l'accord pour les personnels hospitaliers, jugé insuffisant. © Ludovic Marin, AFP

"Échec", "déception" et "inquiétude". La plupart des représentants syndicaux ne mâchent pas leurs mots jeudi après l'annonce des mesures gouvernementales pour les personnels hospitaliers non médecins. Ils prévoient de descendre dans la rue le 14 juillet pour faire entendre leur colère.

Publicité

Que ce soit la prime de 180 euros nets mensuels, les 15 000 créations de postes ou l'enveloppe de 7,5 milliards d'euros promises par le gouvernement, le compte n'y est pas pour les représentants syndicaux. Ils ont du mal à se satisfaire des mesures avancées par le gouvernement jeudi 9 juillet dans le cadre du Ségur de la santé. "La réponse du gouvernement est lamentable", dénonce Thierry Amouroux, le porte-parole du Syndical national des professionnels infirmiers (SNPI), contacté par téléphone.

Les propositions qui concernent les infirmiers, les aide-soignants, les brancardiers mais aussi les personnels administratifs, sont "complètement décalées par rapport aux attentes des professionnels", estime-t-il.

"On ne demande pas la lune, mais un salaire au niveau des pays de l'OCDE"

Les infirmiers réclamaient une hausse de salaire de 300 euros. Cette somme correspond au différentiel entre le salaire moyen de l'infirmier en France avec la moyenne de ceux de l'Union européenne. "Les infirmiers français font partie des moins biens payés de la zone", rappelle Thierry Amouroux. Selon les données de l'OCDE, ils arrivent en 26e position sur 29. "On ne demande pas la lune mais un salaire au niveau moyen", renchérit le collectif de paramédicaux urgentistes Inter-Urgences depuis son compte Twitter.

Tweet d'Inter Urgences.
Tweet d'Inter Urgences. © France24

Non seulement la prime annoncée, qui s'échelonne en deux temps (90 euros en septembre et 90 euros à une date ultérieure), ne vient pas compenser le retard mais elle vient ajouter une dose de désespoir du côté des soignants. "On a donné sans compter pendant la crise du Covid-19, et maintenant le gouvernement joue au marchand de tapis", déplore le porte-parole du SNPI. Toutes les blouses blanches n'ont pas oublié les mots du président Emmanuel Macron à la mi-mars, lorsqu'il affirmait que "la santé n'a pas de prix" et que "le gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires pour porter assistance, pour prendre en charge les malades, pour sauver des vies. Quoi qu'il en coûte".

"Échec du Ségur de la santé"

Mais ces mots ont aujourd'hui un goût amer pour le médecin urgentiste Patrick Pelloux, interrogé sur France 24. Il dénonce "une utopie politique" du gouvernement alors que les négociations concernant les médecins n'ont, elles pas abouti. "Les propositions sont insuffisantes, voire même désespérantes", écrit-il également dans un tweet, en parlant d'un "échec" du Ségur de la santé.

Patrick Pelloux : le Ségur de la Santé est "une utopie politique"

La Confédération des praticiens des hôpitaux pointe également du doigt "l'État [qui] refuse de faire un effort pour garder les médecins dans les hôpitaux", préférant les "sacrifier".

"Ce n'est pas avec un pansement qu'on soigne une gangrène"

Ce "désespoir" laisse craindre une vague de démissions dans la profession, voire de fuites à l'étranger. "Ce n'est pas avec un pansement qu'on soigne une gangrène, commente Thierry Amouroux. Mais c'est comme cela qu'on risque une hémorragie de soignants."  Beaucoup ont déjà rejoint la Belgique, la Suisse ou le Luxembourg pour des salaires plus élevés. Et, parmi tous ceux qui restent, 30 % des jeunes diplômés infirmiers abandonnent leur métier après cinq années de pratique. 

La France pâtit déjà d'un manque d'infirmiers. Dans l'Hexagone, on en compte 10 pour 1 000 habitants, contre 13 pour 1 000 en Allemagne, selon un décompte de l'Insee. "En revanche, on compte 35 % de personnels administratifs en plus", déplore Thierry Amouroux.

Sur ce point, la question d'équité se pose dans la revalorisation des salaires entre infirmiers et personnels administratifs. "Il ne faut pas oublier que pendant le Covid-19, certains ont risqué leur peau et celles de leur famille pendant que d'autres étaient en télétravail", insiste-t-il.

Mais la prime n'est pas le seul dossier auquel se heurtent les syndicats. La création des 15 000 postes annoncée jeudi est loin de combler le manque de personnel. Il faut distinguer les 7 500 nouvelles créations de postes des 7 500 autres qui sont en fait vacants. "Ceux-là, personne ne veut les occuper en raison des conditions de travail trop difficiles", précise le porte-parole du SNPI.

Moins de lits d'hôpitaux en juillet

Au final, même les 7,5 milliards d'euros promis dans le projet d'accord pour revaloriser les métiers du soin apparaissent insuffisants pour les représentants syndicaux. Ils estiment à 11,3 milliards les moyens amputés aux hôpitaux ces dix dernières années. "On veut récupérer cet argent", poursuit-il.

Depuis plusieurs mois, le personnel soignant alerte sur la dégradation de la qualité des soins en France. En terme de lits de réanimation, le pays, qui en compte 5 000, est encore loin derrière l'Allemagne (25 000). Pis, le nombre de lits dans les hôpitaux en juillet a diminué par rapport au mois de janvier, bien avant le début de la pandémie en France. "On nous a fait miroiter un monde d'après, mais le monde actuel est pire que le monde d'avant", déplore Patrick Pelloux.

Les syndicats ont jusqu'à lundi pour consulter leur base et faire valider le projet d'accord ou le rejeter. Si certains pourraient être amenés à l'accepter, beaucoup ont directement appelés à descendre dans la rue mardi 14 juillet pour crier leur mécontentement.

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.