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Hallucinations, paranoïa, AVC… Le Covid-19 s'attaque aussi au cerveau

Le virus Sars-CoV-2 ne se contente pas d'attaquer les voies respiratoires. Les preuves s'accumulent démontrant qu'il peut causer des dégâts neurologiques sévères.
Le virus Sars-CoV-2 ne se contente pas d'attaquer les voies respiratoires. Les preuves s'accumulent démontrant qu'il peut causer des dégâts neurologiques sévères. © Pool, Reuters

Une étude britannique, publiée le 8 juillet, a permis de mieux comprendre la diversité des dégâts au cerveau que le Covid-19 pouvait causer.  

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Elle venait de quitter l'hôpital après y avoir été traitée pour des symptômes du Covid-19, comme la fièvre persistante, la toux ou encore des problèmes respiratoires. Mais un jour plus tard, cette Britannique de 55 ans a commencé à avoir des hallucinations, voyant des singes et des lions dans sa maison. En plus de quoi, la quinquagénaire avait l'impression d'être persécutée et se sentait obligée d'enlever et de remettre plusieurs fois d'affilée son manteau. 

Cette femme fait partie des 43 patients gravement atteints par le Covid-19 ayant connu des complications neurologiques, qui ont été étudiés par des chercheurs britanniques. Leurs conclusions, publiées mercredi 8 juillet dans le magazine scientifique Brain, renforce la conviction du monde scientifique que le virus Sars-CoV-2 ne s'attaque pas qu'aux voies respiratoires. Et que ce virus peut causer des lésions sévères tout particulièrement au cerveau.

Un virus un peu neurotrope sur les bords

"Il nous a fallu attendre que le virus migre de Chine et vienne en Europe pour que des scientifiques en Italie commencent à nous alerter sur ses effets neurologiques", rappelle Pierre-Marie Lledo, directeur du département de neurosciences de l'Institut Pasteur, qui dirige la "task force" pour étudier les conséquences sur le cerveau du coronavirus, contacté par France 24. La perte simultanée du goût et de l'odorat faisait partie des premiers indices sur cet aspect encore méconnu de la pandémie. 

"Cette étude permet d'y voir plus clair sur les catégories de dommages neurologiques que le Sars-CoV-2 peut causer", précise Pierre-Marie Lledo. Et ils sont nombreux. Les scientifiques britanniques ont constaté différents types d'encéphalites, des ADEM (une maladie inflammatoire aiguë du système nerveux central qui touche généralement les enfants), des cas de syndromes de Guillain Barré (une affection qui attaque le système nerveux et entraîne une paralysie) ou encore des AVC (accidents vasculaires cérébraux). Ces complications, qui semblent ne toucher qu'une petite minorité des personnes contaminées, peuvent survenir jusqu'à 6 jours avant et 14 jours après l'apparition des symptômes plus classiques du Covid-19.

Ces constatations suggèrent que le Sars-CoV-2 a "une tendance au neurotropisme, c'est-à-dire qu'il a une appétence pour les neurones", note le chercheur de l'institut Pasteur. Le plus célèbre des virus neurotropes est celui de la rage, qui s'attaque presque exclusivement au système neuronal. Pourtant, le coronavirus actuel demeure un virus respiratoire avant tout. Mais l'un n'empêche pas l'autre. "On sait que le récepteur qui permet au Sars-CoV-2 de rentrer dans les cellules est présent dans les voies respiratoires, mais il l'est aussi sur les cellules d'autres organes, comme le cerveau ou le foie", explique Nicolas Locker, professeur de virologie à l'université de Surrey, contacté par France 24. Ce chercheur ne serait, d'ailleurs, pas surpris d'apprendre que le coronavirus laisse aussi des séquelles dans le foie. 

Symptômes pulmonaires moins sévères que ceux au cerveau

La longue histoire des virus prouve d'ailleurs que ces agents pathogènes ne sont pas exclusifs dans leur cible. La grippe espagnole de 1918 a laissé derrière elle des malades qui ont, par la suite, développé des complications au cerveau. Le virus Zika, qui passe par le sang, a démontré qu'il pouvait entraîner des lésions cérébrales comme des microcéphalies. Même lors des précédentes épidémies de coronavirus – celles du Sras en 2002 et du Mers en 2012 –, "il existait des signes indiquant des effets sur le cerveau, mais pas d'éléments suffisants pour établir un tableau clinique neurologique", souligne Pierre-Marie Lledo. "Il est assez commun qu'un virus puisse migrer, et ce n'est donc pas étonnant que le Sars-CoV-2 provoque des dégâts secondaires au cerveau", résume Nicolas Locker.

Ce qui a paru plus surprenant pour les chercheurs britanniques, c'est que, pour certains des patients hospitalisés, "les symptômes pulmonaires étaient relativement faibles, tandis que les symptômes neurologiques, eux, étaient sévères", remarque Pierre-Marie Lledo. C'est notamment le cas pour une sexagénaire, souffrant déjà depuis deux ans d'un déclin des capacités cérébrales, qui a été admise à l'hôpital après des épisodes d'hallucinations, des troubles de la vision et de la parole. Les dégâts du virus au cerveau étaient, dans son cas, plus importants qu'aux voies respiratoires.

Mais cette étude ne permet pas de conclure que des personnes contaminées asymptomatiques ou présentant seulement des symptômes légers risquent de développer des complications neurologiques graves. "Les chercheurs ont regardé spécifiquement ce qui se passait chez des patients déjà très malades", rappelle Nicolas Locker. Surtout, il y a trop peu de cas pris en compte dans cette étude pour permettre de faire des généralisations. 

Conséquences neurologiques chroniques ?

En revanche, le fait que certains de ces malades aient développé des complications neurologiques jusqu'à deux semaines après l'apparition des symptômes du Covid-19 "suggère qu'il va falloir adapter le suivi des patients après leur sortie d'hôpital pour mieux prendre en compte ce risque", estime le virologue de l'université de Surrey. 

Cette étude appelle aussi à creuser davantage la question des effets du virus Sars-CoV-2 sur le cerveau, d'après les deux spécialistes interrogés. Pour Nicolas Locker, il faudrait notamment déterminer "si les symptômes du Covid-19 vont être plus importants pour les personnes qui sont susceptibles de développer des maladies neurodégénératives". En d'autres termes, est-ce qu'il faut inclure ces individus dans la population à risque aux côtés des diabétiques ou des personnes qui souffrent déjà d'affections respiratoires ?

L'autre crainte soulevée par cette étude est que "le Sars-CoV-2 puisse avoir des conséquences neurologiques chroniques", souligne Pierre-Marie Lledo. Le chercheur de l'Institut Pasteur rappelle que "pour une raison qui nous échappe encore, des personnes semblent avoir des versions récurrentes de certains symptômes du Covid-19". L'un des principaux risques, actuellement étudié au niveau européen, est que le coronavirus puisse déclencher des syndromes de fatigue chronique.

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