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Congo : il y a 60 ans, la sécession du Katanga plongeait le pays dans le chaos

Photo d'archive du 15 août 1960 montrant des soldats suédois sous mandat de l'ONU arrivant dans la capitale du Katanga, Elisabethville, dans un climat de violence après la sécession de cette riche province minière.
Photo d'archive du 15 août 1960 montrant des soldats suédois sous mandat de l'ONU arrivant dans la capitale du Katanga, Elisabethville, dans un climat de violence après la sécession de cette riche province minière. © AFP
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La déclaration d'indépendance de la riche région minière du Katanga il y a soixante ans plongeait le Congo dans le chaos. Ses sous-sols, riches en ressources naturelles, sont aujourd'hui essentiellement exploités par des compagnies chinoises.

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Le 11 juillet 1960, le leader séparatiste Moïse Tshombe proclamait l'indépendance du Katanga depuis Elisabethville, l'actuelle Lubumbashi. Une sécession qui précipita le Congo tout juste indépendant dans une sanglante guerre civile sur fond de guerre froide.

Le gouvernement sécessioniste du Katanga est financé par l'Union minière du Haut-Katanga, une entreprise belge qui redoutait l'indépendance du Congo proclamée le 30 juin.

En janvier 1961, près d'Elisabethville, des responsables katangais et leurs conseillers belges participent à l'assassinat de l'ex-Premier ministre, Patrice Lumumba, jugé trop progressiste et trop proche de l'Union soviétique.

Les grandes puissances suivent de près la sécession du Katanga, dont l'uranium a été utilisé pour fabriquer les bombes atomiques larguées sur Nagasaki et Hiroshima en 1945, selon des spécialistes belges.

La guerre civile prend une dimension internationale, avec l'intervention des Casques bleus contre les Katangais.

Le mystère de la mort de Dag Hammarskjöld

Les médias du monde entier se tournent vers le Katanga à la mort du secrétaire général de l'ONU, Dag Hammarskjöld, dans un accident d'avion le 18 septembre 1961 à l'approche de Ndola en Rhodésie du Nord voisine (actuelle Zambie). Le diplomate suédois venait y rencontrer Moïse Tshombe, alors président de l'État du Katanga.

La thèse du simple accident n'a été écartée que très récemment, au profit d'une possible "attaque ou menace extérieure" à l'origine du crash, selon un rapport au secrétaire général des Nations unies en 2017.

Qui a tué Dag Hammarskjöld ? Des mercenaires étrangers pro-katangais, adversaires des Nations unies, selon une enquête parue en 2019 en France ("Ils ont tué monsieur H - Le Complot des mercenaires français contre l'ONU", par Maurin Picard).

Tout aussi tragique fut le destin de Moïse Tshombe, qui s'exile en Espagne quand les Nations unies mettent fin à la sécession du Katanga en janvier 1963.

De retour au Congo, Moïse Tshombe connaît un bref retour en grâce au poste de Premier ministre.

Il est destitué peu avant le coup d'État du 24 novembre 1965, perpétré par le futur maréchal Mobutu (1965-1997). Le Katangais repart en exil dans l'Espagne de Franco. Il est condamné à mort par contumace par Mobutu pour activités subversives.

En 1967, il tombe dans un piège tendu par un repris de justice français, sans doute à la solde des services de Mobutu. Son avion est détourné au-dessus des Baléares vers l'Algérie, où il mourra en 1969.

Troublant la "pax Mobutu", le Katanga refait parler la poudre en 1978, quand des rebelles séparatistes s'emparent de la cité minière de Kolwezi où ils tuent Congolais et Occidentaux.

"Ils s'en prenaient surtout aux Français, qu'ils accusaient d'être des mercenaires", se souvient un Belge, Willem Boulanger.

Mobutu mobilise ses soutiens étrangers, et la France envoie ses parachutistes de la Légion étrangère pour mater la rébellion.

La bataille de Kolwezi         

Entrée dans la légende de l'armée française, la bataille de Kolwezi a fait plus de 1 000 morts, dont 120 à 170 civils européens, cinq légionnaires et un parachutiste belge, ainsi qu'environ 250 rebelles. 

Les derniers nostalgiques de Tshombe reprennent de loin en loin les armes. En mars 2013, près de 250 combattants du mouvement "Kata Katanga" (détacher le Katanga) ont défié les forces de sécurité à Lubumbashi (une trentaine de morts), avant de se rendre… aux Nations unies.

Grand comme l'Espagne, le Katanga a été démembré en quatre provinces en 2015.

Dans les années 2000, la Chine a négocié avec la RDC un accès préférentiel à ses ressources minières, en l'échange d'infrastructures. Les 90% du cobalt et du cuivre katangais sont exportés vers la Chine.

Les entreprises chinoises ont la mainmise sur les sous-sols de la région. En 2017, l'une d'entre elle, China Molybdenum, a investi 2,6 milliards de dollars dans le gisement à ciel ouvert de Tenke et Fungurume (TFM, cuivre et cobalt) entre Lubumbashi et Kolwezi.

Mais à l'image du reste du pays, la plus grande partie de la population katangaise vit dans la misère.

Les autorités du Katanga n'ont prévu aucune commémoration ce samedi. Elles ont annoncé un confinement de Lubumbashi, non par peur d'un retour des séparatistes, mais pour lutter contre la pandémie de Covid-19.

Avec AFP

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