Accéder au contenu principal

En Turquie, Erdogan ravit son extrême droite en transformant Sainte-Sophie en mosquée

Une prière musulmane devant Sainte-Sophie à Istanbul pour célébrer la décision de la justice turque de donner son feu vert à la reconversion du lieu en mosquée, le 10 juillet 2020.
Une prière musulmane devant Sainte-Sophie à Istanbul pour célébrer la décision de la justice turque de donner son feu vert à la reconversion du lieu en mosquée, le 10 juillet 2020. © AFP
Texte par : Bahar MAKOOI
4 mn

Si la décision de rouvrir Sainte-Sophie aux prières musulmanes contente l’électorat islamiste du président turc Recep Tayyip Erdogan, elle lui permet surtout de marquer des points chez les ultra-nationalistes, dont il a de plus en plus besoin pour assurer sa pérennité sur la scène politique.

Publicité

Derrière la reconversion de la célèbre ex-basilique Sainte-Sophie en mosquée, rendue possible par la justice turque vendredi 10 juillet, se cache une longue bataille politique. L'objectif pour le président Recep Tayyip Erdogan : fidéliser l’extrême droite du pays.

"La transformation de Saint-Sophie en mosquée est une vieille litanie de l’islam politique, mais très minoritaire", indique Ahmet Insel, professeur émérite à l’université Galatasaray interviewé par RFI. En revanche, les ultra-nationalistes turcs ont fait de la question du statut de Sainte-Sophie leur cheval de bataille depuis très longtemps.

Convertie en mosquée après la prise de Constantinople par les Ottomans en 1453, le retour de l’édifice à sa fonction de mosquée renvoie à cet épisode de l’Histoire. Il représente un des symboles les plus visibles de la puissance passée de l’empire Ottoman. Ce geste peut donc être perçu comme "une concession à une partie des soutiens électoraux actuels de Recep Tayyip Erdogan qui est moins du côté des milieux islamistes que du côté de l’extrême droite", explique sur France Inter Jean-François Pérouse, spécialiste de la Turquie et ancien directeur de l’institut français d’études anatoliennes.

La décision du président Recep Tayyip Erdogan a provoqué condamnations et regrets en Grèce, France, Russie, États-Unis mais également à l'Unesco, qui avait classé Sainte-Sophie au patrimoine mondial.

Erdogan "joue ses dernières cartouches"

D’une pierre deux coups, Recep Tayyip Erdogan rend là un hommage au passé glorieux de la Turquie et il réaffirme sa souveraineté en répétant aux Occidentaux qu’il fait ce qu’il entend. La presse pro-Erdogan a d’ailleurs utilisé cet évènement à la gloire du chef d’État, voyant en lui le sauveur de Sainte-Sophie, voire de la Turquie toute entière. Une opération de communication qui cache les faiblesses de l’homme fort d’Ankara, dont l’image commence à s’effriter sur la scène politique intérieure.

"Sans le parti ultra-nationaliste [le Parti d'action nationaliste, NDLR] Recep Tayyip Erdogan n’aurait pas sa majorité à l’Assemblée", explique sur France 24 Alexandre Del Valle, professeur de géopolitique. "Pour séduire les nationalistes, qui jadis n’aimaient pas trop les islamistes, le président turc a recours à ce genre de provocation, c’est ce que j’appelle la synthèse nationale islamiste. Ça marche très bien c’est ce qui lui vaut d’ailleurs sa longévité électorale".

Le chef d’État turc se retrouve dans une situation politique délicate avec de récents sondages révélant une "usure de son assise électorale islamiste". "La crise économique est là et elle s’est accélérée avec la pandémie [de Covid-19], à cela s’ajoute un taux de chômage qui dépasse 20 à 22 %", avance Ahmet Insel. "Je crois qu’aujourd’hui, il utilise ses dernières cartouches. Est-ce que ça va avoir un impact positif en termes d’élargissement de sa base électorale ? Je ne crois pas mais ça permet de consolider sa base électorale et d’éviter encore plus l’effritement", ajoute le chercheur turc.

Le néo-ottomanisme, un plan politique de longue date

Depuis l'arrivée de Recep Tayyip Erdogan au pouvoir en 2003, les activités liées à l'islam se sont multipliées à l'intérieur de Sainte-Sophie, avec notamment des séances de lecture du Coran ou des prières collectives sur le parvis du monument.

"Recep Tayyip Erdogan parlait très souvent de Sainte-Sophie avec Ahmet Davutoglu, son ex-conseiller [dès 2003] devenu son ex-Premier ministre. Ils avaient lancé le slogan du néo-ottomanisme. La doctrine néo-ottomane inclut le retour de Sainte-Sophie à l’islam puisqu’elle était devenue une mosquée par volonté d’un empire ottoman", explique Alexandre Del Valle.

Rouverte aux prières à partir du 24 juillet, Sainte-Sophie reste tout de même ouverte aux visiteurs et aux touristes de toutes confessions, a précisé le président turc. Classé au patrimoine mondial par l'Unesco, elle était jusqu’ici l'une des principales attractions touristiques d'Istanbul avec quelque 3,8 millions de visiteurs en 2019.

La basilique Sainte-Sophie, "merveille des merveilles".
La basilique Sainte-Sophie, "merveille des merveilles". © France24 / Studio graphique

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.